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Laurent Mauduit lance un avis de tempête sur la liberté de la presse

, David Rousset

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© Denis ALLARD / REA

Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, le pluralisme n’a jamais été aussi menacé qu’aujourd’hui car un petit nombre de milliardaires contrôlent la quasi-totalité des principaux organes de presse, qu’elle soit écrite ou audiovisuelle.

Main basse sur l’information,
de Laurent Mauduit,
aux éditions Don Quichotte,
442 pages, 19 euros.

« Le temps est venu de se révolter contre l’état de servitude dans lequel sont placés la presse et tous les grands médias d’information, radios et télévision. » La première phrase du dernier livre du journaliste économique Laurent Mauduit, cofondateur de Mediapart, claque comme un drapeau dans le vent. Depuis qu’une poignée d’hommes d’affaires se sont accaparés les principaux médias, on assiste à la multiplication de procédés tels que « censures, autocensures, normalisations éditoriales, information low cost, javellisée ou aseptisée ». Pire encore, tout cela se déroule sous les yeux des pouvoirs publics qui, dans le meilleur des cas, laissent faire voire soutiennent ou participent à cette prise en main.

Pour arriver à une telle conclusion, Laurent Mauduit dresse la liste des principaux oligarques à la manœuvre et de leurs méthodes.

À commencer par Vincent Bolloré, qui s’est rendu célèbre en prêtant son yacht à Nicolas Sarkozy après son élection en 2007. Bolloré, après avoir mis la main sur Canal +, s’est efforcé de décapiter l’état-major de la chaîne et les animateurs des émissions les plus prestigieuses – à commencer par Les Guignols de l’info –, tout en ayant garanti préalablement au locataire de l’Élysée qu’il n’y aurait pas de purge.

Petit rapt entre amis

Dans la même veine, Patrick Drahi, le propriétaire de SFR, détient aussi Libération, L’Express, BFM et RMC, ce qui ne l’empêche pas de recourir aux paradis fiscaux tout en résidant en Suisse. Et chaque fois qu’il acquiert une nouvelle société, il procède à des réductions d’effectifs d’ampleur, comme chez SFR où la direction a annoncé la suppression de 5 000 emplois, soit plus d’un tiers des postes. Enfin, l’ancien directeur adjoint de la rédaction du Monde dresse un portrait peu flatteur mais hélas empirique du trio d’hommes d’affaires qui possède le quotidien du soir ainsi que l’ex-Nouvel Observateur : entre Xavier Niel, le patron de l’opérateur Free qui a fait fortune dans le Minitel rose, Mathieu Pigasse, qualifié d’« Alain Minc en plus jeune », et Pierre Bergé « vieil oligarque ombrageux et arrogant », la messe est dite.

Si le ton employé par Laurent Mauduit relève parfois du pamphlet, le livre est avant tout une enquête qui rassemble de nombreuses informations disparates afin de constituer le puzzle du paysage journalistique français.

Enfin, l’auteur analyse les raisons pour lesquelles ce putsch rampant se déroule dans une relative indifférence. Elles sont notamment d’ordre historique mais aussi d’ordre structurel, à l’instar des spécificités du capitalisme français, « vivant en consanguinité avec l’État », et dans lequel détenir un organe de presse est un moyen d’accès aux dirigeants politiques. Elles expliquent le jugement, sévère mais souvent mérité, que portent les citoyens sur la presse actuelle, même si une société sans liberté de la presse porte un nom : une dictature.


Scoop : Le ver était dans le fruit
À l’automne 2010, les journalistes du Monde doivent choisir qui va prendre le contrôle du quotidien. D’un côté, l’homme d’affaires Claude Perdriel, propriétaire du Nouvel Observateur, soutenu par Alain Minc, un proche de Nicolas Sarkozy. De l’autre le trio Bergé, Niel, Pigasse (BNP), qui l’emportera finalement.
Les journalistes sont épaulés par un avocat ainsi que par un jeune associé de la banque Rothschild, qui les assiste bénévolement depuis le printemps.
Las ! Ils s’aperçoivent que ce dernier est en fait de mèche avec Perdriel et Minc et le congédient brutalement, sans se douter qu’il allait devenir ministre de l’Économie quatre ans plus tard et donner son nom à la loi Macron...