Grande distribution

Le 31 mars, les salariés de Carrefour sont en grève pour dire non au plan Bompard

, Nadia Djabali

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Les salariés de Carrefour manifestaient dans l’hyper des Ulis (91) le 31 mars 2018. Photographie : F. Blanc (CC BY-NC 2.0)

Précédés vendredi 30 mars par ceux qui travaillent dans les entrepôts, les salariés de Carrefour, épaulés par la FGTA-FO et les organisations syndicales manifestent aujourd’hui dans toute la France. Ils font face à un plan de licenciement sans précédent qui laissera sur le carreau au moins 5 000 personnes. Ils disent non à un plan de réduction des coûts de 2 milliards d’euros par an qui touche tous les secteurs du géant de la grande distribution.

Le 31 mars risque bien d’être inscrit dans les annales de l’histoire de Carrefour. La FGTA-FO, qui suit les préparatifs dans les magasins comme le lait sur le feu, s’attend à une très forte mobilisation. La journée a été précédée par des rassemblements tout le long du mois, depuis celui du 1er mars devant le siège de Massy du géant mondial de la grande distribution.

En formation à Amboise, plus de 80 délégués FGTA-FO des hypermarchés se sont rendus le 27 mars dans le magasin de Saint-Pierre-des-Corps. Leur mission : soutenir deux délégués de ce magasin menacés par la sécurité du magasin, alors qu’ils distribuaient quelques jours plus tôt des tracts appelant à la grève.

Un plan explosif

Le 20 mars, ce sont les salariés de l’hypermarché de Givors qui ont manifesté leur mécontentement. Le même jour, ceux de l’hypermarché de Toulon se sont rassemblés pour signifier leur désaccord. L’objet de leur ressentiment : le plan d’Alexandre Bompard, P-DG du groupe, qui prévoit un certain nombre de mesures explosives. Parmi elles, la suppression de 5 000 emplois dans les sièges et dans les magasins de proximité ; la vente ou la fermeture de 273 magasins ; la réduction des coûts logistiques et la réduction des coûts de structure ; la réduction de la surface des hypermarchés d’au moins 100 000 m2. Cinq d’entre eux passeront en location gérance. Le groupe prévoit par ailleurs la vente dans les trois prochaines années d’une partie de son parc immobilier d’une valeur de 500 millions d’euros. Au total, une réduction des coûts de 2 milliards d’euros en année pleine est programmée dès 2020.

Boycott du CCE

Jeudi 26 mars, FO et les trois autres organisations syndicales représentatives du personnel de Carrefour Hyper SAS ont boycotté la réunion du comité central d’entreprise dont l’ordre du jour prévoyait l’examen du plan Bompard. Les syndicats ont demandé son report en mai 2018. Les raisons invoquées : l’inexistence d’un volet social concernant tous les travailleurs en situation de handicap ; les expertises non finalisées ; la non application du volet mobilité externe anticipée des salariés au projet de simplification des stations-services.

La direction a par ailleurs soufflé sur les braises du mécontentement lorsqu’elle a annoncé en mars une baisse du montant de la participation perçue en 2018. Elle a d’abord informé les salariés que le montant de la participation s’élèverait en moyenne à 57,62 € puis s’est ravisée et a proposé 350 €. Une somme encore bien éloignée des 610 € versés en 2017. La proposition a été rejetée par l’ensemble des organisations syndicales.

La direction écrit aux salariés

Une semaine avant la grève du 31 mars, les salariés ont reçu un mail annonçant le versement de ce supplément de 350 €. Une décision unilatérale de la direction qui n’a pas prévenu les organisations syndicales. Ils essaient de nous squeezer, déplore Dominique Moualek, délégué national FGTA-FO des hypermarchés. Mais la journée d’action et de grève du 31 mars risque bien d’être le plus gros mouvement qu’ait connu Carrefour, poursuit le délégué FO.

Le 27 mars 2018 s’est tenue l’ultime réunion, programmée par la direction de l’enseigne, consacrée au projet de plan de départs volontaires (PDV) qui touche 2 400 salariés des sièges. Les délégués FO n’ont guère apprécié la méthode utilisée par Jérôme Nanty, le DRH du groupe. Ils estiment qu’un mois c’est court pour négocier un PDV, d’autant que ce dernier laisse de côté de nombreux points encore en suspens. Le syndicat FO Carrefour annonce d’ores et déjà indiqué qu’il lui était impossible de valider le plan de départ en l’état.

Le dialogue social porté disparu

La grève débutera vendredi 30 mars dans les entrepôts pour se poursuivre samedi 31 mars dans les hypermarchés. Les magasins de proximité, Carrefour Contact et Carrefour Market devraient, eux aussi, soit fonctionner au ralenti, soit être fermés. Les délégués FO ont demandé aux salariés de ces magasins de rallier les hypers marchés les plus proches de chez eux.

Pour la FGTA-FO, le 31 mars sera un tournant pour l’avenir du modèle social de l’entreprise. Il faut absolument trouver des solutions pour les 5 000 salariés qui se retrouveront à la rue, s’emporte Dominique Moualek. Avant l’arrivée d’Alexandre Bompard, il y a toujours eu du dialogue social chez Carrefour, se souvient-il. Même si une adaptation est nécessaire pour l’avenir de Carrefour, elle ne se fera pas sans nous.

Voir en ligne : Mobilisation : Grève générale chez Carrefour le 31 mars 2018