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« Le Cerema : première victime d’Action publique 2022 »

, Nadia Djabali

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©HAMILTON/REA

Avis de tempête pour le centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement (Cerema). L’établissement public est confronté à une baisse des effectifs et de son budget. Pire, des rumeurs de démantèlement se font de plus en plus pressantes. FO, qui est partie prenante de l’intersyndicale, réclame le maintien des effectifs et la conservation de l’intégralité de l’établissement.

Le Cerema, sera-t-il démantelé ? Depuis sa création en 2014, à partir d’une douzaine de services techniques de l’État, l’effectif du Centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement continue de dégringoler. Il est passé de 3 300 à 2 764 agents. Et ce n’est pas fini, la réduction du nombre de salariés est programmée jusqu’en 2022 à raison de 105 postes par an.

Établissement pluridisciplinaire avec un fort ancrage territorial, le Cerema propose des expertises en appui des politiques publiques dans des domaines aussi variés que l’aménagement et la cohésion des territoires, les stratégies urbaines, la transition énergétique et le climat, l’environnement et les ressources naturelles, la prévention des risques, les infrastructures de transport et l’habitat.

Des garanties non respectées

À l’origine, à FO, nous étions contre la création de cet établissement public, a rappelé lors du Congrès confédéral de Lille, Sylvain Guerrini, directeur d’étude au Cerema et délégué du Syndicat national des ingénieurs des travaux publics de l’État et des collectivités territoriales (Snictpect). Nous étions en faveur d’un grand organisme qui reste un service de l’État, et qui reste dans le giron de l’État.

Finalement, FO a accepté la création du nouvel organisme après avoir obtenu des garanties importantes. Notamment le partage de la gouvernance avec les collectivités territoriales et surtout une sanctuarisation des moyens humains et financiers pendant deux ans, précise le délégué FO.

Où en est-on trois ans et demi plus tard ? Sylvain Guerrini évoque une entreprise de démolition. Les effectifs ont été amputés et la dotation de l’État est passée de 228,8 millions d’euros à 204,2 millions d’euros. L’accord signé [au moment de la création] par deux ministres a été piétiné, c’est pourquoi Jean Hédou, le secrétaire général de la FEETS a retiré la signature de FO.

Démissions en cascade

En octobre dernier, ne souhaitant pas devenir le fossoyeur du Cerema, le président du conseil d’administration a démissionné. Quelques semaines plus tard, c’est le directeur général qui a claqué la porte. En réalité l’objectif du gouvernement était purement mercantile, ajoute le délégué FO. Il s’agissait de réduire la subvention de l’État coûte que coûte. Le Cerema est la première victime d’Action publique 2022.

Cette année le budget d’investissement s’élève à 6 millions d’euros. Une enveloppe bien éloignée des 11 millions d’euros nécessaires uniquement pour maintenir en état les bâtiments et les matériels.

Un courrier de la FEETS-FO

Dans un courrier aux ministres de l’Écologie, des Transports et de la Cohésion des territoires, Jean Hédou, secrétaire général de la fédération FEETS-FO, fait état d’une rumeur qui se fait de plus en plus insistante : celle du démantèlement du centre d’étude. Il est question d’un éclatement du Cerema bénéficiant à une hypothétique agence des routes, à l’agence de cohésion des territoires annoncées par le président de la République, voire à d’autres structures qui se sont déjà montrées intéressées par quelques morceaux issus de cet éventuel dépeçage.

Des rumeurs qui inquiètent les agents d’autant que, rappelle la FEETS-FO, la création de cet organisme est également le fruit de leur investissement personnel et la mise en œuvre du Cerema, a nécessité un effort massif des agents et du management pour qu’il puisse fonctionner dans de bonnes conditions.

Pour la FEETS-FO les trois ministres doivent démentir publiquement tout projet de démantèlement et mettre un terme dans les plus brefs délais aux diminutions d’effectifs qui frappent le Cerema depuis plusieurs années.

L’action paye

Après avoir envoyé des courriers tous azimuts l’automne dernier et avoir rencontré une dizaine de parlementaires au moment du débat budgétaire. Après avoir fait grève et envahi en décembre une réunion du conseil d’administration, agents et délégués réunis en intersyndicale ont obtenu que l’administration renonce à des fermetures de sites telle que la direction territoriale d’Île-de-France. Comme quoi, l’action paye. Et, il y a encore les succès à venir, faire reculer le gouvernement sur les projets de dépeçage du Cerema, déclarait Sylvain Guerrini à la tribune du Congrès confédéral de Lille.

Un nouveau directeur général a été nommé début mai. Pascal Berteaud a déjà annoncé que la priorité pour lui serait de respecter la trajectoire budgétaire en termes d’effectifs.

Dans ce climat incertain FO rappelle ses principales revendications : préserver l’intégrité du Cerema et maintenir ses effectifs, cesser immédiatement le jeu de mécano institutionnel conduit sans la moindre concertation avec les organisations syndicales. La FEETS-FO dénonce également une politique qui risque de détruire un organisme qui capitalise plus de 50 ans d’expertise au service de la nation.

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