Le climat change, FO maintient son cap et passe à la vitesse supérieure

Protection de notre environnement par Evelyne Salamero

© Benoît DECOUT/REA

La protection de notre environnement, contre le réchauffement et les dérèglements du climat, passe par la justice sociale, déclarait Yves Veyrier le 21 septembre, à l’occasion de la mobilisation contre la réforme des retraites.
La question du climat ne peut être dissociée de celle des politiques économiques et du rôle des pouvoirs publics. Elle ne peut être, elle aussi, comme le social, laissée à la main invisible du marché, soulignait-il quelques jours plus tard lors du dernier Comité confédéral national (CCN). Un CCN dont la résolution adoptée à l’unanimité conteste les décisions unilatérales prises (réduction du nucléaire dans la production électrique, arrêt à terme de la production des moteurs thermiques…) sans considération des inquiétudes légitimes des travailleurs concernés.

La confédération porte depuis déjà plusieurs années la volonté d’allier urgence climatique et urgence sociale, et les revendications qui en découlent, notamment avec la Confédération syndicale internationale (CSI) en marge des conférences des États sur le climat, les fameuses COP  [1]. Elle l’a fait aussi à de multiples autres occasions : au Conseil économique, social et environnemental, au moment de la consultation lancée par le gouvernement dans le cadre de la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) et de la mise en œuvre de la Stratégie nationale bas-carbone (SNBC), ou encore dans les comités exécutifs de la CES (Confédération européenne des syndicats).

Mais aujourd’hui, la confédération FO a décidé de passer à la vitesse supérieure. Il nous faut avancer, a résumé Yves Veyrier au CCN.

Création d’un groupe de travail et demande de concertation

Cela ne peut se limiter à adopter une posture de façade en s’associant pour solde de tout compte aux marches sur le climat, a précisé le secrétaire général de la confédération lors du CCN. Il est également exclu de soumettre les revendications sociales à des considérations sociétales ou écologiques, en s’inscrivant dans un pacte social sur l’urgence climatique, a réaffirmé la résolution du CCN.

C’est pourquoi, la confédération FO va mettre en place un groupe de travail interne associant les fédérations, unions départementales et syndicats les plus concernés pour, au-delà des messages sur la justice climatique et la justice sociale, détailler les questionnements, les échéances, les revendications et appeler à ce que des réponses soient apportées avant que des décisions soient prises unilatéralement, parfois plus symboliques qu’efficaces ou fondées.

Elle va également demander l’ouverture d’une concertation large avec les interlocuteurs concernés, a indiqué le secrétaire général. L’objectif est de concrétiser une reconquête industrielle qui favorise le développement des emplois en France, mette l’accent sur la nécessité d’anticiper les conséquences de la transition énergétique sur les métiers et les emplois, et réponde à l’exigence de garanties attendues par les salariés.

 

Incendie de Lubrizol : le climat n’y est pour rien…
L a protection de l’environnement ne se limite pas à la lutte contre le réchauffement climatique et nécessite bien plus que de grands discours. L’explosion de l’usine chimique Lubrizol (entreprise américaine) près de Rouen le 26 septembre l’a rappelé de façon dramatique. S’agissant d’un site classé Seveso, il est impensable d’entendre dire que les produits ayant brûlé sont inconnus, réagissait la fédération FO de la Chimie le 3 octobre, rappelant que très souvent les accidents industriels majeurs sont le résultat de déréglementations, absence de contrôles et recours abusifs à la sous-traitance. Autre problème soulevé par la FEETS-FO (Équipement, environnement, transports et services) : la baisse programmée de 10 % des effectifs du ministère de l’Écologie d’ici à 2020.

 

Quelques revendications

Opposée à la fiscalité dite écologique qui ne prend pas en compte les situations subies, le plus souvent par les salariés et les ménages, FO revendique en revanche la généralisation de la prime de transport, avec un cadrage minimum au niveau des branches professionnelles, un relèvement préalable du plafond et une indexation sur l’inflation.
Elle demande aussi une revalorisation du chèque énergie à hauteur des besoins essentiels, considérant qu’il faut concilier la politique de neutralité carbone avec la lutte contre la précarité énergétique, l’accès à l’énergie étant une nécessité vitale.
FO défend également un service public du gaz et de l’électricité porteur d’égalité et de solidarité, fondé sur le principe de péréquation tarifaire et garantissant un prix identique tant en métropole que dans les outre-mer (y compris dans les DROM et les COM).
FO met aussi en avant la nécessité de soutenir et de renforcer les systèmes de transports publics, notamment ferroviaire, à l’inverse de ce que fait le gouvernement français qui, de manière totalement incohérente avec ses discours à l’international, supprime des petites gares et des trains au profit d’autocars beaucoup plus polluants.

Le devenir des emplois au cœur des préoccupations

Le devenir des emplois dans le cadre de la transition énergétique est bien sûr au cœur de ses préoccupations. FO revendique notamment que soient identifiés les besoins et qualifications nouvelles à développer en s’appuyant sur les branches et les filières professionnelles, notamment industrielles, et que soient compensées les mobilités imposées, les changements d’organisation du travail et les nouvelles pénibilités.

La confédération considère aussi qu’il est fondamental de parler d’énergies décarbonées plutôt que d’énergies renouvelables, afin d’y inclure notamment les travailleurs du secteur du nucléaire, représentant 220 000 emplois en France. Une position réaffirmée lors du comité exécutif de la Confédération européenne des syndicats (CES) de juin dernier.

Evelyne Salamero Journaliste à L’inFO militante - Rubrique internationale

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