Réformes

Le gouvernement aurait tort d’ignorer la détermination des fonctionnaires

, Valérie Forgeront

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Manifestation des agents de la fonction publique, à Paris, le 22 mars 2018. Photographie : F. Blanc (CC BY-NC 2.0)

Après la journée de grève et de manifestations massivement suivie le 22 mars, la balle est dans le camp du gouvernement. Entendra-t-il enfin les revendications, notamment salariales, des agents, qui par ailleurs rejettent les réformes qu’il voudrait imposer ? Les fonctionnaires sont plus que jamais mobilisés, décidés à obtenir l’ouverture de véritables négociations.

Qu’en est-il de l’agenda des syndicats de fonctionnaires en ce début de printemps ? Il déborde. Ainsi le 27 mars se tenait un Conseil commun de la fonction publique. Le gouvernement y a notamment présenté une mesure (droits à l’avancement maintenus pendant cinq ans au maximum pour une mise en disponibilité) censée faciliter la réintégration des agents qui ont fait un passage dans le secteur privé. Le gouvernement compte intégrer cette disposition au projet de loi (traitant de la réforme de la formation professionnelle, de l’apprentissage et de l’Assurance chômage) intitulé « La liberté de choisir son avenir professionnel ». Il sera présenté fin avril en Conseil des ministres. Les fonctionnaires FO (UIAFP FO) ont demandé le retrait de cette mesure qui introduirait une inégalité entre les agents, notamment en confondant les modalités relatives au détachement avec celles relatives à la disponibilité. Le 27 mars avait aussi lieu une réunion entre les sept organisations, dont l’UIAFP FO, qui appelaient à la grève du 22 mars. Une grève pour les salaires, le respect du statut général de la fonction publique ou encore le maintien des missions et des emplois statutaires. La mobilisation « particulièrement forte » a fait la démonstration d’une vive contestation des mesures décidées par le gouvernement, analyse l’intersyndicale. Les manifestations ont réuni « 50 % de personnes de plus que pour le 10 octobre », et le taux moyen de grévistes se situait lui « aux environs de 30 % avec de nombreuses pointes à 50 % voire au-delà de 60 % ».

+ 50 %

C’est l’augmentation du nombre de participants aux manifestations du 22 mars 2018 en comparaison de celles du 10 octobre 2017.

« Rester mobilisés pour créer un rapport de forces »

Les organisations, qui conseillent au gouvernement de ne pas « minimiser le mécontentement » des personnels, demandent toujours l’ouverture de négociations sur tous les thèmes de revendication : l’augmentation du pouvoir d’achat, la titularisation des précaires, l’amélioration des carrières, le devenir des missions... Le gouvernement est-il disposé à cela ? On peut en douter. Le 23 mars, le ministre de l’Action et des Comptes publics, M. Gérald Darmanin, repoussait l’idée d’une augmentation générale des salaires, évoquant la seule possibilité d’examiner en juin, lors du rendez-vous salarial, une revalorisation « pour les plus mal payés ». Or les agents, qui ont perdu 16 % de pouvoir d’achat depuis 2000, demandent une augmentation générale du point d’indice. Un point que le gouvernement a décidé de geler en 2018. Autre date de l’agenda syndical, le 29 mars, avec le lancement de la concertation pour « Refonder le contrat social avec les agents publics ». Cette réunion, présidée par M. Darmanin et le secrétaire d’État chargé de la fonction publique, M. Olivier Dussopt, visait à présenter les quatre axes des réformes voulues par le gouvernement : le développement de l’emploi contractuel et de la part de mérite individuel dans la rémunération ; la restructuration des instances représentatives des personnels (IRP) et l’élaboration de mesures de mobilité, notamment pour faciliter les départs volontaires. Ces projets sont intégralement contestés par les sept organisations qui, le 29 mars, ont lu une déclaration unitaire faisant état de leur opposition. Le 3 avril, elles se réunissaient une nouvelle fois en intersyndicale. Il faut « définir un plan d’action nécessaire au regard de la situation », estiment les syndicats, qui ont déjà averti qu’en l’absence « de signaux forts de la part du gouvernement », ils appelleront « à mettre partout en débat avec les personnels toutes les formes d’actions et d’interventions envisageables ». Pour l’UIAFP FO, « il y a une volonté évidente des agents de rester mobilisés, de créer un rapport de forces qui permette de faire entendre les revendications ». 

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Valérie Forgeront

Journaliste à FO Hebdo

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