Le long cheminement des délocalisations

Histoire par Christophe Chiclet, L’Info Militante

© Xinhua/ZUMA/REA

Initiées dès le début du XXe siècle, les délocalisations font des ravages depuis la fin des années 1970 et touchent désormais tous les secteurs de l’économie, de l’industrie aux services.

La délocalisation c’est l’abandon d’une activité de production nationale, le transfert de cette activité vers une unité de production à l’étranger et l’importation de cette production vers le marché national du pays de départ. Pour l’économiste Philippe Villemus,  la délocalisation est la séparation entre les lieux de production et de consommation. Autrement dit, les produits sont fabriqués dans un lieu différent de celui où ils sont consommés  [1]. Pour le sénateur Francis Grignon, il s’agit de formes de substitution de la force productive étrangère à celle nationale, qui ont pour caractéristique commune d’avoir théoriquement une incidence négative directe sur l’emploi national  [2]. En clair, la délocalisation est utilisée par le patronat pour quatre grandes raisons : elle apporte bas salaires, droit du travail plus souple, monnaie faible et fiscalité plus légère. Cela permet aussi aux industriels de se positionner sur les nouveaux marchés émergents des pays en voie de développement.

Du textile aux services

Si les Anglo-Saxons ont été les premiers à délocaliser, les patrons français n’ont pas été à la traîne. Dès 1974, l’industriel français Bidermann fait fabriquer ses pantalons en Hongrie puis au Portugal. À la fin des années 1970, ce roi du textile a délocalisé 30 % de sa production. Dix ans plus tard ce sera 70 % (Vietnam, Maroc, île Maurice). Renault commence à faire de même avec la Turquie (Oktay) et la Roumanie (Dacia). Déjà à la fin des années 1970, les délocalisations font perdre 6,5 millions d’emplois aux États-Unis et dans la CEE. Dans les années 1980-1990, après le textile vient le tour de la maroquinerie, dont la fabrication des chaussures, puis de l’électroménager, de la vaisselle, des arts de la table, de la décoration, des jouets et des articles de sport. Dans les années 1990, l’électronique française subit le même sort. En 1993 elle n’employait plus que 220 000 personnes contre 500 000 auparavant. Après l’électronique et l’informatique, les centres de recherche et développement ont pris le chemin de l’Europe de l’Est, de la Chine, de l’Inde et de Singapour. Et depuis quelques années, ce sont les centres d’appels téléphoniques et les laboratoires pharmaceutiques qui ont pris eux aussi la poudre d’escampette. Autant de départs d’entreprises qui se payent au prix fort, par le chômage notamment, et cela bien avant la crise sanitaire.

 

Les premières délocalisations
C’est le fabricant de machines à coudre américain Singer qui inaugure la première délocalisation en installant une unité de production en Écosse dès 1867. Henri Ford, pour ses fameuses voitures Ford T produites à la chaîne, ouvre deux usines de montage en 1911, au Canada et au Royaume-Uni, puis l’année suivante en Italie. Suivront dans les années 1920 des usines en Allemagne, France, Australie et Inde.

Christophe Chiclet Journaliste à L’inFO militante

L’Info Militante

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