Le Panthéon

Histoire par Christophe Chiclet, L'Info Militante

Cabby, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons

Aux grands hommes, la patrie reconnaissante, et enfin aux grandes femmes aussi, en revanche en dehors de quelques résistants et écrivains, les grandes figures du mouvement ouvrier n’ont toujours pas droit aux honneurs de la République.

Louis XV passé à deux doigts de la mort, une fois remis, décide de construire une grande église dédiée à Sainte Geneviève sur la butte au milieu de la capitale, le futur 5e arrondissement de Paris, dès 1758. Il pose lui-même la première pierre en 1764 et confie les travaux à l’architecte Soufflot. La dernière partie des travaux va encore durer dix ans, de 1780 à 1790. Soufflot mort en 1782, ce seront ses deux assistants qui finiront cet édifice religieux. Mais le 4 avril 1791, l’Assemblée constituante décide de désacraliser l’église pour en faire un Panthéon à la gloire des grands hommes de la patrie.

Les Constituants ont simplement copié l’exemple italien. En effet, à Rome, le vieux Panthéon antique a été transformé au XVIe siècle en tombeau des hommes illustres de l’Italie. À noter que le mot Panthéon, repris par les Romains, vient du grec « pan-théoi », « tous les dieux ». Avec la restauration absolutiste, le Panthéon redevient une église de 1816 à 1830.

Mais l’édifice massif est lourd, très lourd, car Soufflot a choisi le plomb comme mortier entre les pierres et il a tendance à écraser la butte Sainte Geneviève. Des campagnes de restauration ont commencé en 1991 et devraient s’achever en 2022, tant à l’extérieur qu’à l’intérieur. Aujourd’hui, le Panthéon est la dernière demeure de 75 hommes et de 6 femmes.

Les personnalités

Chaque période historique a voulu honorer ses héros : la Révolution, l’époque napoléonienne puis les trois dernières Républiques. Parmi les 81 cercueils, il y a essentiellement des hommes politiques et des militaires (époque napoléonienne pour ces derniers), mais aussi des scientifiques, des hommes de lettres, des artistes, des juristes et même trois ecclésiastiques. Il y a aussi deux étrangers qui ont participé aux guerres de la Révolution, le génois Girolamo-Luigi Durazzo et le hollandais Jan Willen de Winter.

Les deux philosophes, frères ennemis, y reposent : Voltaire dès 1791 et Rousseau trois ans plus tard. Victor Hugo y est entré en 1885, Émile Zola en 1908 et Alexandre Dumas, seulement en 2002. Le seul représentant du mouvement ouvrier est Jean Jaurès entré le 23 novembre 1924. La IVe République a fait entrer en 1949 deux figures du combat contre l’esclavagisme Victor Schoelcher et Félix Éboué, le premier Africain à rejoindre la France Libre. Certains sont entrés au Panthéon mais en sont ressortis : Mirabeau, Lepeltier de Saint Fargeau, Picot de Dampierre et Marat.

Il y a aussi nombre de grands résistants : Jean Moulin entre au Panthéon en décembre 1964 avec le célèbre discours historique d’André Malraux qui le suivra en novembre 1996. Mais aussi René Cassin, père de la constitution (1987), Jean Monnet, l’homme de l’Europe (1988), Pierre Brossolette, Geneviève de Gaulle-Anthonioz, Germain Tillon, Jean Zay en mai 2015. Sans oublier bien sûr Simone Veil qui y repose aux côtés de son époux Antoine depuis le 1er juillet 2018.

Résistante elle aussi Joséphine Baker (1906-1975), américaine devenue française, résume à elle seule le combat anti-raciste, le féminisme et la résistance anti-nazie, elle qui devint espionne, puis lieutenant dans l’aviation des forces de la France Libre. Elle est entrée au Panthéon le 30 novembre dernier.

Christophe Chiclet Journaliste à L’inFO militante

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