Le Québec s’élève contre la déconstruction de son modèle social

La lettre électronique @ ctualités Europe – International n°24 par Secteur Europe - International

Elus en avril 2014 à la tête du Gouvernement québécois pour s’occuper « des vraies affaires » comprendre le retour au fameux « équilibre budgétaire », le gouvernement n’a pas traîné à lancer d’importantes coupes budgétaires. Au menu, des économies de 6 milliards de dollars (équivalent en euros) prévues sur deux ans, principalement dans les secteurs de la santé et de l’éducation, et un assèchement des fonds dévolus aux organismes communautaires (associations). Un projet de trop pour les organisations syndicales, après les projets de déconstruction des caisses de retraite des employés municipaux. 

Le 29 novembre, d’impressionnantes manifestations ont eu lieu dans le pays : plus de 100 000 manifestants sont descendus dans la rue à Montréal et 25 000 à Québec -, à l’appel du Collectif « Refusons l’austérité ».

Le collectif se définit comme « un mouvement concerté d’acteurs du progrès social » réunissant notamment les deux grandes organisations syndicales québécoises : Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ) et Confédération des syndicats nationaux (CSN) aux côtés d’associations étudiantes et des organisations de la société civile. Ils exigent « un gouvernement d’abord au service de la population et non des grandes compagnies ».

Une déclaration commune dénonce les coupes dans les services publics et les programmes sociaux, qui engendrent des pertes d’emplois et la hausse de la pauvreté (les femmes étant les premières touchées). Les syndicats rejettent des mesures d’équilibre budgétaire de court terme, au détriment du développement social, et, plus largement, le transfert des responsabilités sociales de l’État vers le secteur privé. Pour Daniel Boyer, président de la FTQ, la politique du Gouvernement libéral coupe à « grands coups de hache » dans les programmes sociaux québécois, et détruit les acquis historiques de la Province. Pour le collectif, « d’autres choix sont possibles comme ceux de lutter contre les paradis fiscaux et d’imposer justement les grandes entreprises et les banques ». Sur la forme, elles dénoncent des coupes décidées de façon unilatérale, sans aucune concertation avec les organisations représentatives des travailleurs. La FTQ dénonce un « monologue antisocial » en lieu et place du dialogue social promis par la majorité au lendemain de son élection.

Plus d’un mois plus tard, la mobilisation reste forte. Le débat reste particulièrement intense sur la possibilité d’une « grève sociale » – c’est-à-dire illégale au Québec, car non conforme au Code du travail qui prohibe le débrayage en dehors de la période de négociation des conventions collectives d’entreprise. La mobilisation pourrait potentiellement aboutir sur des peines d’emprisonnement pour désobéissance civile, ce qui c’était déjà produit en 1972 pour le leader syndical Louis Laberge. Le collectif souhaiterait néanmoins fédérer l’ensemble de la population contre l’austérité. Dans ce contexte, il est peu probable que le gouvernement veuille laisser s’installer un second « printemps érable » (grèves étudiantes de 2012, fortement réprimées) dont le souvenir est encore vif.

Dans le même temps, et dans le cadre de la renégociation des accords collectifs dans le secteur public, le gouvernement a suggéré fin décembre de nouvelles mesures aux fonctionnaires québécois : un gel des salaires pendant 2 ans, puis une augmentation annuelle de 1% pour les 3 années suivantes. Ces propositions auraient pour effet de doubler l’écart salarial entre le secteur public provincial et les autres secteurs. Elles sont clairement opposées aux revendications des salariés du secteur public : une augmentation de 4,5% par an, pour combler l’écart déjà existant avec le privé. La détermination des syndicats à faire reculer les réformes gouvernementales n’en a été que plus solide. 

En 2015, les dirigeants de la FTQ et des syndicats affiliés ont la ferme intention de maintenir la mobilisation qui est en cours contre le programme d’austérité du gouvernement Couillard. « Ce gouvernement a annoncé vouloir continuer en 2015 sa croisade idéologique pour réduire la taille de l’État québécois. Nous, nous formulons plutôt le vœu que cesse ce qui prend les allures d’un grand dérapage. Nous nous attendons à un changement d’attitude de sa part, nous espérons passer d’un dialogue de sourds à un véritable dialogue social dans le but de créer des emplois et d’améliorer les services publics, » a déclaré Daniel Boyer, secrétaire général de la FTQ.

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