Emploi - FO Hebdo

Le salariat de plus en plus prisé par les Français

, Clarisse Josselin

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Une large majorité de la population préfère être salariée qu’à son compte, selon une récente étude du Crédoc. Ce taux progresse depuis quinze ans. Seuls les plus jeunes, qui aspirent à plus de liberté, sont davantage attirés par le travail indépendant.

Alors que l’uberisation prend de l’ampleur et que l’emploi indépendant progresse de 1 % par an depuis le début des années 2000, près de sept Français sur dix estiment que le statut de salarié est le plus enviable. Ils n’étaient que 55 % à le penser en 2002.

C’est ce qui ressort d’une étude publiée en avril 2017 par le Crédoc (centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie), et basée sur une enquête menée début 2016. Ce taux monte à 72 % pour les 25-39 ans, et à 74 % pour les 40-59 ans.

Plus de sécurité et de protection sociale

Pour un tiers des plus âgés, le travail indépendant signifie avant tout beaucoup de travail et moins de temps pour sa vie privée. Il est aussi synonyme de moins de sécurité et d’une plus faible protection sociale.

En revanche le travail indépendant attire 45% des 18-24 ans. Près de la moitié de ces jeunes y voit plus de liberté. Pour un tiers d’entre eux, c’est aussi un moyen d’adapter son travail à sa vie privée. Davantage touchés par la précarité, ils associent moins que leurs aînés le salariat à la sécurité et à la protection.

Stress lié à l’incertitude économique

L’étude se penche aussi sur le développement d’une « zone grise » entre le statut de salarié et d’indépendant par le biais du numérique. Le travailleur, indépendant en théorie, est en réalité soumis à de nombreuses règles, sans réelles marges de manœuvre.

Le Crédoc pointe les préjudices pour les nouveaux indépendants, « par exemple sur la santé, quand ces travailleurs ont une faible latitude décisionnelle et des contraintes élevées ». Elle souligne aussi un stress lié à une incertitude économique plus élevée que pour les salariés. Elle rappelle enfin qu’ils ne sont pas toujours bien couverts pour la retraite ou le chômage.

Une tendance européenne L’attrait pour le salariat progresse dans quasiment tous les pays de l’Union européenne, selon une étude de la Commission européenne. En 2012, en moyenne, 58 % des Européens y étaient plus favorables, contre 50 % en 2002. En 10 ans, ce taux a bondi de 36 % à 62 % en Espagne, pays particulièrement touché par la crise. En Allemagne il est passé de 59 % à 65 %. Même aux États-Unis, la tendance se confirme : sur cette période, le nombre de personnes favorables au salariat a progressé de 29 % à 46 %.