Le Smic augmentera en 2019 mais moins que prévu

Emplois et salaires par Nadia Djabali

1,5% au lieu de 1,8%, c’est le pourcentage d’augmentation du Smic qui devrait être annoncé lundi 17 décembre. Pour FO, les annonces du gouvernement ne sont pas suffisantes. Ce sont tous les salaires qu’il faut augmenter.

En 2019, le Smic n’augmentera que de l’inflation constatée chez les ménages les plus pauvres. Sa formule de revalorisation automatique inclut cette inflation et la moitié du gain de pouvoir d’achat du salaire horaire moyen des ouvriers et des employés (SHBOE). Problème, cette année les salaires des ouvriers et employés ont progressé moins vite que l’inflation avec pour conséquence la baisse de leur pouvoir d’achat. Une situation inédite depuis 2008.

Résultat : alors que l’augmentation du Smic était estimée jusqu’à ces derniers jours à 1,8 %, elle dégringole à 1,5 %, c’est à dire sous le niveau de l’inflation estimée à 1,9% pour 2018. Le salaire minimum passera donc de 1 498,50 euros bruts à 1 521 soit 22,5 euros de plus par mois. Le Smic net mensuel est lui estimé à 1 204 euros. Le Smic horaire brut passera quant à lui de 9,88 à 10,03 euros. Tous ces chiffres restent à confirmer et devraient être annoncés par Muriel Pénicaud lundi 17 décembre lors de la réunion de la Commission nationale de la négociation collective.

Une baisse de pouvoir d’achat qui n’est pas une surprise

Cette baisse du pouvoir d’achat des ouvriers et employés avait été anticipée par l’Observatoire français des conjonctures économiques qui, dans le cadre de l’analyse du budget 2018, avait prévenu : les nouvelles mesures pour les ménages seront en 2018 largement au bénéfice des 2 % de ménages les plus riches. Pour les ménages les plus pauvres, les revalorisations en fin d’année des minima sociaux ne compensent pas les hausses de la fiscalité indirecte. Pour les classes moyennes, ces mesures devraient avoir un impact net nul.

Si l’État n’a pu rien faire pour les « petites » classes moyennes, que s’est-il passé du côté des employeurs ? Du côté du privé, les salaires ont crû de 1,5 % en un an mais comme l’inflation durant cette période a été supérieure en atteignant 1,9 %, le pouvoir d’achat des salariés du privé a baissé, tout comme celui des employés et ouvriers.

Côté fonction publique, rien de glorieux non plus dans la mesure où les salaires sont quasiment gelés depuis 2010. Les agents ont juste reçu une petite augmentation en juillet 2016 (+ 0,6 %) et février 2017 (+ 0,6 %).

Puiser dans le budget de l’État

Fin 2018, le CICE aura coûté aux finances publiques près 100 milliards d’euros... pour un impact très flou sur l’emploi : de 10 000 à 200 0000 emplois sauvegardés ou créés. Les entreprises ont préféré rétablir leurs marges et, pour celles qui ont décidé d’augmenter les salaires, elles ont plutôt favorisé les cadres et les professions intellectuelles supérieures.

Après les 100 milliards du CICE, Emmanuel Macron a de nouveau décidé de puiser dans le budget de l’État pour compenser le manque d’entrain des entreprises à augmenter les salaires. Mais pas si simple de compenser l’absence de coup de pouce au Smic par 80 euros à 100 euros de prime d’activité. Le gouvernement essaie de trouver la formule magique pour que toutes les personnes payées au Smic puissent les toucher. Mais pour le moment cette prestation sociale n’est perçue que par 27 % des Smicards. Nombreux sont ceux qui sont exclus du dispositif compte tenu de la composition de leur foyer et les revenus de leur conjoint. Et 30% des personnes qui pourraient la toucher n’en n’ont pas fait la demande auprès de la Caf ou de la MSA.

Il aurait été plus simple d’augmenter le Smic

La solution, bien plus simple de donner un coup de pouce significatif au Smic, comme le revendique FO, a d’emblée été exclue par le gouvernement. Avec une conséquence notable : l’augmentation de la prime d’activité n’aura pas d’impact sur le calcul des indemnités chômage ou sur le montant de la retraite.

Autre conséquence de l’absence de coup de pouce : cela ne poussera pas les entreprises à augmenter les salaires situés juste au-dessus du salaire minimum.

Réunie le 13 décembre, la commission exécutive de FO a d’ores et déjà confirmé que les annonces récentes du président de la République et du gouvernement ne répondaient pas à la revendication d’une véritable revalorisation du Smic. FO revendique de porter le Smic à 80 % du salaire médian, soit 1 450 € net. Elle revendique également la revalorisation de la valeur du point d’indice dans la Fonction publique. FO entend agir pour l’engagement, partout, de négociations dans les branches en vue de relever l’ensemble des grilles de salaires.

Nadia Djabali Journaliste à L’inFO militante

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