Colloque sur le salaire minimum

Le Smic, entre moteur économique et garde-fou social

, Mathieu Lapprand

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Marie-Alice Medeuf-Andrieu, Secrétaire confédérale FO, Secteur Conventions collectives

Quelques semaines avant la revalorisation annuelle du Smic, un colloque sur le salaire minimum, initié par Marie-Alice Medeuf-Andrieu, Secrétaire confédérale, s’est tenu à Paris le 24 novembre dernier. Animées par le journaliste et fondateur de Mediapart, Laurent Mauduit, deux tables rondes, suivies d’échanges avec la salle, ont précédé l’intervention du ministre du Travail, François Rebsamen, et la conclusion de Jean-Claude Mailly.

Philippe Askenazy (CNRS) a tout d’abord déploré le décalage entre la France, où la notion même de salaire minimum est parfois remise en cause, et l’Europe, où il constate globalement un renforcement de cette idée. C’est le cas en Allemagne mais également au Royaume-Uni, où bien que créé en 1999 le minimum salarial a rapidement progressé, jusqu’à devenir l’un des plus élevés au monde. Michel Husson (IRES) a rappelé qu’en Allemagne le salaire minimum a longtemps été perçu par les syndicats comme une réduction de leur champ d’intervention. Mais face à de fortes baisses de salaires dans les services, le syndicat VerDi en est venu à le revendiquer car c’était devenu le « seul moyen d’éviter de précipiter nombre de salariés dans la pauvreté salariale ». Le chercheur a par ailleurs rappelé que l’austérité salariale cumulée avec une austérité budgétaire ne pouvait que générer de la récession.

« Tout travailleur a droit à un niveau de vie suffisant sans recourir à l’assistance »

Sur la question d’un Smic européen, Frédéric Homez, Secrétaire général de la Fédération FO de la Métallurgie, a rappelé les difficultés, non résolues, du groupe européen Airbus pour la reconnaissance des équivalences des niveaux de qualification entre la France, l’Espagne, l’Allemagne et la Grande-Bretagne. Pour Henri Sterdyniak (OFCE), dans les pays développés les emplois de service sous-payés se substituent aux emplois d’ouvriers qualifiés, entraînant de graves conséquences sociales, économiques et politiques. Remettant en question le principe de la prime pour l’emploi ou du RSA activité, il a rappelé celui sur lequel repose le salaire minimum : « tout travailleur a droit à un niveau de vie suffisant sans recourir à l’assistance ».

Si le Smic est un salaire horaire, la mesure du niveau de vie s’effectue au niveau du ménage. Ainsi, concernant la dimension sociale du salaire minimum, Pierre Concialdi (IRES) a rappelé que « même avec deux Smic à temps plein pour un couple avec deux adolescents, on reste dans la pauvreté ».

Jean-Claude Mailly, Secrétaire général de Force Ouvrière

François Rebsamen, ministre du Travail, a défendu le salaire minimum, « un modèle d’avenir »… mais a fermé la porte à une hausse du Smic au-delà de l’inflation, rappelant le choix du gouvernement de « rétablir la compétitivité de l’entreprise ». Le ministre a tout de même écarté l’idée de tout Smic dérogatoire, sous-Smic ou adaptation régionale. En conclusion du colloque, Jean-Claude Mailly a rappelé le rôle de cohésion sociale joué par le Smic et indiqué que, pour FO, sa valeur devait être de 80 % du salaire médian. En cette période d’inquiétude quant à une possible déflation, il a rappelé au ministre que l’augmentation du salaire minimum est un moyen simple de faire repartir l’inflation et a plaidé pour un coup de pouce au Smic, « élément dynamique sur l’ensemble des salaires ».