Le Tour Focus : Ça bosse dur

Tour de France 2015

Article publié dans le cadre de la campagne Tour de France 2015

Mur de Huy, Mûr-de-Bretagne, Mende ou encore Plumelec : jamais le Tour n’avait proposé autant d’arrivées au sommet de courtes côtes que sur cette édition 2015. Un choix délibéré de l’organisateur pour diversifier et dynamiser la course.

C’est une petite révolution, en tout cas une sacrée évolution. Le Tour de France n’a jamais connu autant d’arrivées « en bosse » que sur cette édition 2015. Une manie qui faisait jusqu’ici plutôt l’identité du Tour d’Italie, et plus encore du Tour d’Espagne, qu’ASO, l’organisateur de la Grande Boucle, a donc décidé de prendre à son compte pour cette édition 2015. Ce n’est pas un hasard. Depuis un peu moins d’une dizaine d’années, l’équipe qui dessine le parcours du Tour a en effet décidé de changer les habitudes, de dynamiter un tracé qui avait longtemps ronronné, autour des Alpes, des Pyrénées et des deux longs contre-la-montre individuels, entrecoupés d’étapes toutes plates. Les chronos ont été raccourcis. De nouveaux cols ont été explorés. Les pavés sont réapparus, et pas en petite quantité. L’an dernier, les Vosges, un massif « mineur », étaient largement mises à l’honneur avec trois solides étapes. En 2015, ce sont donc les arrivées en côte qui vont faire parler d’elles.

L’idée sous-jacente reste la même. Pour ASO, l’enjeu est de multiplier les zones où la course peut se jouer. Faire en sorte, dans la mesure du possible, que le Tour puisse se gagner ou se perdre à chaque étape, et plus seulement aux rendez-vous incontournables du contre-la-montre ou de la haute montagne. Une tactique censée avoir deux avantages : rendre moins monotone la première semaine de course, historiquement trustée par les sprinteurs, et les étapes de transition ; et déverrouiller les étapes des Alpes et des Pyrénées en n’en faisant pas les seuls lieux décisifs des trois semaines.

Ce qui est fort sur ce parcours 2015, c’est que ses dessinateurs sont parvenus à trouver des arrivées en bosse un peu partout, un peu tout le temps, ce qui devrait donner des scénarios assez divers. À la troisième étape, l’arrivée sur le célèbre mur de Huy, en Belgique, devrait donner lieu à une énorme bagarre, alors que le peloton est encore tout frais. Huitième étape : à Mûr-de-Bretagne les organismes seront déjà fatigués, mais on n’aura toujours pas vu la montagne et l’on s’écharpera donc encore pour une poignée de secondes. Neuvième étape : la côte de Cadoudal, à Plumelec, est un lieu presque insolite pour clôturer un contre-la-montre par équipes ; il faudra rester collectif et soudé dans ses pentes à 7% pour espérer un bon temps… Treizième étape : même à Rodez, sur une étape de transition, on a trouvé une petite bosse pour pimenter l’arrivée. Quatorzième étape : à Mende, la côte de la Croix- Neuve, dite « montée Laurent Jalabert », s’est depuis longtemps taillée une réputation et ses pentes terribles, à plus de 10 %, seront une sorte de bonus pour les favoris du Tour entre les Pyrénées et les Alpes…

3e ÉTAPE : À HUY, CHACUN SA CROIX

Les locaux l’appellent le « chemin des Chapelles », mais les cyclistes l’ont depuis longtemps rebaptisé « mur de Huy » : 1300 mètres à 9,6% de moyenne, une pente qui ne redescend jamais sous les 10% après la flamme rouge, des hectomètres entiers à plus de 15%, un virage où l’on frise les 20 % : tout est superlatif dans cette côte, définition s’il en est de ce qu’est un « raidard » dans le jargon cycliste. Tous les ans, la Flèche wallonne, l’une des trois classiques « ardennaises » du mois d’avril, se termine à son sommet, mais c’est la première fois que le Tour de France plante sa tente là-haut. Qu’est-ce que ça change ? Bien sûr, course d’un jour et course par étapes ne présentent pas les mêmes enjeux : il n’y a pas que la victoire en jeu sur cette 3e étape et beaucoup s’arracheront pour perdre le moins de temps possible. Mais pour ce qui est de gagner, ce sera la même tactique que sur la classique printanière : se découvrir le plus tard possible. On ne compte plus ceux qui se sont vus trop beaux, trop tôt ici, et que le mur de Huy a invariablement fini par ramener à la raison.

8e ÉTAPE : AU PIED DU MÛR

Connue depuis longtemps parmi les difficultés les plus redoutables d’Armorique, la difficile côte, si bien nommée de Mûr-de-Bretagne est apparue il y a plus d’un demi-siècle au parcours du Tour, mais elle a dû attendre 2011 pour accueillir enfin une arrivée d’étape. Quatre ans plus tard, ses deux kilomètres asphyxiants reviennent et ça va faire mal. L’essentiel se joue en fait dans le premier kilomètre, qui frise les 10 % : c’est là que les meilleurs grimpeurs peuvent faire la différence. Car à la flamme rouge, la pente s’adoucit légèrement, passant à 5-6%, avant de n’être plus qu’un vulgaire faux plat dans les derniers hectomètres. Là, les puncheurs parvenus à s’accrocher peuvent espérer faire parler leur pointe de vitesse et empocher le Graal. Mais c’est un sacré challenge pour eux. En 2011, Evans s’était imposé devant Contador, Vinokourov et Uran : quatre grimpeurs. Quant au puncheur Gilbert, annoncé comme le grand favori, il n’avait pas pu faire mieux que cinquième. Qui aura le dernier mot cette fois ?

14e ÉTAPE : MENDE NE PARDONNE PAS

Trois kilomètres à 10% de moyenne, des pentes qui dépassent allègrement les 12% pendant des centaines de mètres : la côte de Croix-Neuve, rebaptisée montée Laurent Jalabert après la victoire du Français en 1995, lors de la première arrivée du Tour jugée à son sommet, est une trouvaille majeure de la Grande Boucle moderne. Posté au-dessus de Mende –l’arrivée est d’ailleurs jugée sur la piste de l’aérodrome, un gros kilomètre de replat après le sommet–, le raidard lozérien est un trait d’union épicé entre les Alpes et les Pyrénées, et une bonne raison pour le Tour de visiter le département le moins peuplé de France. Mais aussi une bonne occasion, pour les coureurs, de faire des écarts : on ne gagne ni ne perd le Tour ici, mais on peut prendre ou laisser de précieuses secondes susceptibles de faire la différence au bout des trois semaines…

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