Le Tour : une bonne affaire

Histoire par Christophe Chiclet, journaliste L’inFO militante

Le Grand départ_Nice_la ville pavoisée aux couleurs du Tour
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Outre son succès populaire, la grande boucle c’est aussi un succès financier et une machine à cash dont les retombées, bien que difficiles à apprécier, sont bien réelles dans les territoires visités.

Amaury Sport Organisation (ASO), l’organisateur du Tour et d’une trentaine d’autres événements sportifs, ne communique pas sur cet aspect mais on estime que le chiffre d’affaires de la grande boucle est de l’ordre de 150 millions d’euros. En 2014, les bénéfices d’ASO s’élevaient à 32 millions d’euros, avec un taux de rentabilité de 17%, ce qui en fait une entreprise florissante.

Le Tour n’a pas été rentable jusqu’au milieu des années 1970. Mais depuis, les recettes des droits de retransmission télé ont été multipliés par 65, dopées par l’apparition de chaînes privées payantes et aussi par la présence de plus de 140 TV du monde qui retransmettent tout ou partie dans 190 pays. Si bien qu’aujourd’hui les recettes pour l’organisateur proviennent à environ 10% des villes-étapes, 30% de la publicité et du sponsoring et 60% des droits de retransmission. Un changement plus que notable puisqu’en 1960, c’était 40% des villes-étapes, 58% de la pub et 2% des droits TV !

Les villes se battent pour être villes-étapes départ, ou arrivée, ou les deux quand l’étape fait une boucle, et le Graal : ville du grand départ. Chaque année 250 villes sont candidates pour seulement une trentaine de retenues. Sauveterre de Guyenne, petite bourgade de moins de 2.000 habitants au fin fond de l’Entre-deux-Mers viticole bordelais, en est à sa troisième demande. Mais être choisi a un coût : les droits d’entrée sont pour une ville départ de 80 000 euros, 120 000 pour une ville arrivée.

Quant aux villes grand départ, les chiffres font tourner la tête. Cette année Nice a déboursé 3,5 millions. Il y a deux ans, Noirmoutier avait payé pour sa part 700.000 euros. Mais le jackpot vient des départs à l’étranger. Vainqueur toute catégorie, Londres en 2007 avec un paiement de 10 millions d’euros sans compter 12 millions de frais annexes (voirie, sécurité, nettoyage, accueil…), suivie dix ans plus tard par Düsseldorf (5+11), Bruxelles 2019 (5+6), Rotterdam 2010, plus économe (2,5).

Retours sur investissements

Pour toutes ces villes, il s’agit d’abord d’une affaire de notoriété, de communication, mais aussi, en quelque sorte, de retours sur investissements. Les frais annexes sont encore plus importants que les droits d’entrée : comptant réparation des routes, asphaltages, embellissement des espaces verts et des façades, sécurité par des agents publics et privés, nettoyage… Mais les municipalités savent compter. Ainsi les villes moyennes françaises peuvent compter sur des subventions importantes de la région, du département..., et par ailleurs c’est l’État qui bien sûr assure les salaires des 20 000 fonctionnaires (gendarmes, policiers) chargés de la sécurité tout au long des parcours. Par ailleurs encore, les frais pour les centaines, voire des milliers de kilomètres de routes restaurées (départementales, nationales) sont pris en charge par les départements.

Le Tour attire comme la lumière des papillons de nuit. La caravane sportive et publicitaire c’est 4 500 personnes qui paient leurs nuitées et leurs restaurants. Il y a aussi tous les touristes fans du Tour, donc beaucoup d’étrangers de l’Europe du Nord au fort pouvoir d’achat, qui viennent dépenser sans compter. L’exemple le plus souvent cité est celui de la ville de Gap qui en 2011 fut une ville départ et arrivée. Le Tour lui a coûté 160 000 euros, mais lui a rapporté 1,8 million car elle a bénéficié de 63 000 nuitées à cette occasion (hôtels-campings). Beaucoup de personnes qui viennent voir le Tour en profitent pour rester quelques jours dans la région.

Quant aux bénéfices sociaux, ils sont extrêmement difficile à mesurer. Mais devant un surcroît de travail pour les employés municipaux, souvent les mairies signent des CDD de quelques jours pour aider au barriérage, au nettoyage…Elles embauchent les jeunes démunis, chômeurs ou précaires de leurs communes. La présence du Tour dans une ville étape est aussi une bonne nouvelle pour les saisonniers, serveurs dans les bars, les restaurants…Enfin, n’oublions pas la caravane publicitaire du Tour qui, s’étalant sur plus de 20 kilomètres de long, distribuant 15 millions de cadeaux, de la casquette aux petits saucissons, permet à des centaines de jeunes de trouver un job d’été agréable quand la météo est de la partie. Il s’agit certes d’une goutte d’eau, mais pour tous ces précaires, une goutte d’eau salutaire.

Cette année, la crise sanitaire et les mesures qu’elle induit vont modifier profondément les rituels. Le Tour 2020 sera différent. Il reste toutefois très attendu par des millions d’afficionados.

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