L’Éditorial de Jean-Claude Mailly

Les affres du pacte de responsabilité

, Jean-Claude Mailly

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Dans une seule branche, la chimie, un accord découlant du « pacte de responsabilité » a été signé par deux syndicats (pas FO). Or les créations d’emplois annoncées correspondent aux créations habituelles dans ce secteur !

De fait, comme nous ne cessons de l’expliquer, demander des contreparties aux entreprises sur des aides fiscales et sociales de caractère général est illusoire, voire impossible.

En effet, qui dit contreparties dit aides ciblées (pour un investissement technologique, par exemple). De ce point de vue les faits nous donnent raison, neuf mois après le lancement du « pacte » par le président de la République. Qui plus est, comme l’explique fort bien l’économiste et homme politique Pierre-Alain Muet, « mener une politique de l’offre pour sortir d’une récession est le comble de l’absurdité économique ».

Par ailleurs, rappelons que les 41 milliards d’aides vont de pair avec les 50 milliards de réduction des dépenses publiques et sociales.

Concrètement, cela signifie que deux des moteurs de l’activité économique (la consommation et la demande publique) ne sont pas au rendez-vous, expliquant la croissance zéro.

C’est aussi pourquoi les revendications en matière de salaires, de réforme fiscale, de soutien du service public républicain et des régimes sociaux sont prioritaires.

Aujourd’hui, le gouvernement s’est mis dans une impasse ; la croissance, l’investissement et la consommation sont en panne, l’activité ralentit et la dette publique augmente !

Pour en sortir, il doit réorienter sa politique économique et sociale.

Le pacte de responsabilité est une erreur et une faute. C’est une soumission.

Faire les yeux doux au Medef et à ses revendications est révélateur de la ligne économique et sociale.

Dire qu’en France il y a un problème d’offre et qu’en Europe il y a un problème de demande est quelque peu schizophrène.

Dans un tel contexte, il convient de construire progressivement le rapport de forces. Le développement syndical en fait partie.

Face au deal entre le Premier ministre et le président du Medef, il nous faut développer notre cahier revendicatif. À noter, d’ailleurs, qu’interrogé par le journal L’Opinion sur le couple Valls-Gattaz, le président de la CGPME y adjoint le secrétaire général de la CFDT.

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Éphéméride

20 octobre 1876

Le congrès de la salle de la rue d’Arras
Sept ans après la constitution de la Chambre fédérale des sociétés ouvrières de Paris, huit ans avant la loi Waldeck Rousseau autorisant les syndicats, une étape très importante dans la formation du mouvement syndical moderne. Les ouvriers se remettent doucement de la tragédie de la Commune. En 1872, (...)

Sept ans après la constitution de la Chambre fédérale des sociétés ouvrières de Paris, huit ans avant la loi Waldeck Rousseau autorisant les syndicats, une étape très importante dans la formation du mouvement syndical moderne.

Les ouvriers se remettent doucement de la tragédie de la Commune. En 1872, le gouvernement dissout la Chambre fédérale des sociétés ouvrières de Paris. Un an plus tard, une restauration monarchiste échoue de très peu. Mais aux élections législatives de février-mars 1876, royalistes et bonapartistes n’obtiennent que 155 sièges contre 360 aux républicains. Or, ces derniers ne sont pas hostiles au mouvement ouvrier. Les travailleurs de Besançon en profitent et créent le premier syndicat de l’horlogerie en 1876, en liaison avec le puissant mouvement suisse.

C’est dans ce contexte qu’a lieu le congrès de la salle d’Arras, à Paris, le 20 octobre 1876. Les chambres syndicales parisiennes réussissent à organiser un congrès réunissant 360 délégués dont 255 de Paris. D’entrée le Comité d’initiative se démarque du politique. Il déclare, avec des accents qu’on qualifierait aujourd’hui d’ouvriéristes : « Tous les systèmes, toutes les utopies que l’on a reprochés aux travailleurs ne sont jamais venus d’eux. Tous émanaient de bourgeois, bien intentionnés sans doute, mais qui allaient chercher les remèdes à nos maux dans des idées et des élucubrations, au lieu de prendre conscience de nos besoins et de la réalité ».

Le congrès réclame la liberté de réunion et d’association, le droit au travail, un salaire décent et les assurances chômage, vieillesse et maladie. Il affirme sa volonté d’indépendance vis-à-vis de l’État, des partis et de l’idéologie socialiste pour se pencher sur l’étude pratique des revendications citées en introduction par le Comité d’initiative. Il est remarquable que, durant la réunion, seuls les ouvriers eurent le droit de s’exprimer. Ce congrès, où se côtoient des mutualistes, des coopérateurs et des syndicalistes, est, à sa manière, un pas vers la construction du syndicalisme autonome.

Les communards socialistes en exil, par la plume d’Édouard Vaillant, critiquent violemment cette autonomie d’action, traitant les délégués de « syndicaux de formation versaillaise, auxiliaires et point d’appui du monde bourgeois ». Cette forme d’indépendance syndicale dérange, dans les rangs des militants marxistes comme Vaillant et Chabert. En revanche, proudhoniens et positivistes résistent à la propagande politique. Les collectivistes repassent à l’offensive lors du troisième congrès de Marseille en octobre 1879. Ils réussissent à faire voter un texte demandant « la collectivité du sol, du sous-sol, des instruments de travail et des matières premières ». Ils tentent, sans succès, d’affirmer la primauté du politique sur le social. Leur but ultime : la création d’un parti des travailleurs. Mais le syndicalisme français résista à cette tendance, contrairement à ses homologues allemands, belges et hollandais.