Les grandes figures du syndicalisme féminin international

Histoire par Christophe Chiclet, journaliste L’inFO militante

Noura Borsali lors d’une manifestation contre la violence politique. Tunis, le 9 Mars 2013 Omegatak / CC BY-SA

Sur tous les continents, les femmes ont eu et ont un rôle important dans le syndicalisme. Mais elles restent largement sous représentées dans les directions.

Noura Borsali
19 août 1953-14 novembre 2017
Cette syndicaliste, féministe, journaliste et universitaire tunisienne est devenue syndicaliste dans son berceau. En effet, c’est la fille de Tahar Borsali, l’un des fondateurs de l’UGTT (Union générale des travailleurs tunisiens) en janvier 1946 et membre de son Bureau exécutif jusqu’en 1954, et de Saïda Ben Hafidh, cadre de l’organisation des femmes de la centrale syndicale. Noura obtient une maîtrise de littérature française de l’université de Tunis en 1977, puis un DEA de sémiologie de Paris VII deux ans plus tard. Au lieu de faire carrière en France, elle choisit de rentrer en Tunisie où elle devient professeur de lycée. Elle adhère aussitôt au Syndicat de l’enseignement secondaire au sein d’une UGTT qui s’oppose régulièrement au père de l’indépendance, Habib Bourguiba. À partir de 1980, en parallèle, elle débute une carrière de journaliste, collaborant aux journaux indépendants Le Phare, Réalités, Le Maghreb. Devenue professeur d’université, elle est membre du Club culturel Tahar Haddad, s’occupant spécialement de la condition féminine et du cinéma libre. C’est ainsi qu’en 1991, elle fonde le magazine féminin La Maghrébine qui sort sans autorisation officielle. La condition de la femme au travail y est régulièrement abordée. Membre de la Ligue tunisienne des droits de l’Homme et d’Amnesty international Tunisie, elle est à la fin de sa vie présidente de la Fondation tunisienne Femmes et Mémoire. Avec la révolution de jasmin de 2011 qui chasse Ben Ali, elle lance le Forum Citoyen Tunisiens Indépendants. Elle entre aussi en tant qu’indépendante sans parti à la « Haute instance pour la réalisation des objectifs de la révolution, de la réforme politique et de la transition démocratique » de mars à octobre 2011. En mai 2014, elle est élue à l’instance « Vérité et Dignité » de l’Assemblée constituante, dont elle claque la porte avec fracas dès novembre.

 

Madeleine Parent
23 juin 1918-12 mars 2012
Cette syndicaliste et féministe québécoise commence en 1936 des études de sociologie à l’université McGill et milite pour le droit de vote des femmes canadiennes. Le 1er mai 1942, elle adhère au syndicat « Unions Ouvrières » où elle organise le syndicat des ouvriers et ouvrières du textile (les femmes étant majoritaire dans ce secteur). Elle y organise les grandes grèves de 1946. Elle est arrêtée le 13 août 1946, puis une deuxième fois avec son compagnon, Kent Rowley, pour conspiration communiste ayant entraîné des grèves, le 19 mai 1947. Après moult recours, elle est acquittée en 1955. En 1952, elle quitte le Québec pour l’Ontario où avec Rowley, ils fondent la Confédération des syndicats canadiens en 1965, une confédération beaucoup plus revendicative que les syndicats historiques du pays.
À la mort de son compagnon en 1978, elle revient au Québec où elle appelle à voter « Oui » au référendum sur l’indépendance de 1980. Retraitée depuis 1983, elle va continuer son combat pour le droit des femmes dans le monde du travail, la reconnaissance des Amérindiens et l’aide aux immigrés.

 

Fanny Perkins

10 avril 1880-14 mai 1965
Fanny-Frances Perkins n’est pas à proprement parler une syndicaliste, mais les syndicats américains et la classe ouvrière lui doivent beaucoup. La révolution sociale du New Deal, c’est elle !
En 1929, la folie spéculative des banquiers et autres financiers a plongé le pays, puis le monde, dans une des plus graves dépressions et préparé le terrain à la Seconde Guerre mondiale. En février 1933, le Démocrate F. D. Roosevelt est élu président. Pour sortir le pays de l’ornière, il va lancer le plus grand plan de relance de l’histoire : le New Deal. Mais pour ce faire, il doit museler le capitalisme sauvage le plus débridé à l’origine de la crise. Il décide donc de s’appuyer sur les syndicats. Il organise et facilite la liberté de se syndiquer et combat les syndicats « jaunes » mis en place par le patronat et bien souvent la mafia. En 1933, le taux de syndicalisation américain est de seulement 9%, en 1945, il avoisine les 35%. Il décide de nommer au ministère du Travail F. F. Perkins, une première dans l’histoire du pays. Il s’agit d’une femme à poigne, titulaire d’un master de sciences politiques, suffragette engagée, ayant longtemps travaillé dans le milieu associatif pour l’amélioration des conditions de travail et l’aide aux femmes et enfants pauvres. À 50 ans passés, elle débarque à la Maison blanche pour son premier entretien avec le nouveau président, son programme à la main, qu’elle tend à Roosevelt : assurance chômage, salaire minimum, réduction du temps de travail, protection de la santé au travail, service public de retraite, abolition du travail des enfants, grands travaux publics.
Roosevelt lui aurait répondu : Rien de comparable n’a jamais été fait avant aux États-Unis. Vous le savez n’est-ce pas ?. Et, en grande partie, ils l’ont fait !

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