Les grandes grèves du XXe siècle... et du XXIe !

Histoire par Christophe Chiclet, L’Info Militante

Manifestation contre le plan Juppé en 1995. Photo : G. Ducrot

Deux dates demeurent irrémédiablement liées aux grands mouvements de grèves : 1936 et 1968. Mais il existe bien d’autres temps forts de la contestation sociale.

Le premier grand mouvement du XXe siècle est sans conteste celui de 1936. Le 3 mai, le Front populaire gagne largement les élections. Mais, constitutionnellement, Léon Blum doit attendre un mois. Les ouvriers de Bréguet et Latécoère n’attendront pas car leurs dirigeants syndicaux venaient d’être licenciés pour avoir fait grève à l’occasion du 1er Mai. Les 11 et 12 mai, les deux usines d’aviation sont occupées, une première dans l’histoire du mouvement ouvrier français. Début juin le pays compte 6 millions de grévistes. Ce fut un des plus grands succès de la classe ouvrière. En avril 1947, FO n’existe pas encore mais les militants sont déjà regroupés autour des « Amis de Force Ouvrière ». Le PCF, qui contrôle la CGT, participe encore au gouvernement et impose une politique d’austérité en collaboration avec le patronat. Le 26 avril, à l’appel notamment des « Amis de FO », les salariés de Renault se mettent en grève, rejoints rapidement par des milliers d’ouvriers. Ils obtiendront l’augmentation de salaire demandée. Deux ans plus tard, la CGT-FO est née. C’est elle et elle seule qui lance, le 25 novembre 1949, la grève interprofessionnelle pour obtenir l’ouverture de discussions sur les conventions collectives. Pour un coup d’essai, c’est un coup de maître. Le 11 février 1950, la loi sur les conventions collectives est votée. En 1963, avec des salaires bloqués depuis 1957, la colère monte dans les mines. Le 29 janvier, la Fédération FO des Mineurs lance un appel à la grève générale. La CGT rejoint le mouvement du bout des doigts. Le gouvernement réquisitionne les mineurs. Il se heurtera à l’inflexibilité de l’intersyndicale. Le 4 avril il accorde une augmentation des salaires de 11 %.

Des réponses d’ampleur à l’attaque des droits

En 1968, alors que le pays connaît une prospérité inégalée, la répartition des richesses reste bloquée par le patronat. Fin mars les universités s’agitent. Fin avril, des grèves dures commencent en province. En mai, le mouvement prend de l’ampleur. Dans les usines et les bureaux ce sont souvent des militants FO qui sont à l’origine des occupations. Le 13 mai, on compte 2 millions de manifestants en France. Le 22 mai, le pays compte 8 millions de grévistes, deux de plus qu’en 1936, pour finir à la fin du mois à quasi 10 millions. Le pouvoir cédera. En novembre-décembre 1995, c’est le « plan Juppé » sur les retraites et la Sécurité sociale qui va fédérer les mécontentements dans un mouvement de grande ampleur. FO lance la grève et en est le fer de lance pendant deux mois. Après être resté droit dans ses bottes, le Premier ministre doit retirer son projet. D’autres attaques sur les retraites suivront, en 2003 ou encore en 2010. Plus récemment, le rassemblement organisé par FO le 21 septembre 2019 sonne le début d’un nouveau combat syndical contre un projet dévastateur de réforme des retraites. Des mois de lutte, des millions de manifestants et de grévistes sur tout le territoire. Le projet est suspendu en mars 2020 puis abandonné. Mais l’exécutif a présenté son nouveau projet le 10 janvier dernier. Tout autant dévastateur de droits. La réponse ne s’est pas fait attendre. Depuis le 19 janvier, par des grèves et des manifestations, les travailleurs luttent, avec FO et dans l’intersyndicale, pour le retrait de cette réforme.

Christophe Chiclet Journaliste à L’inFO militante

L’Info Militante

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