Les grèves de 1947

Histoire par Christophe Chiclet, L’Info Militante

Cette année-là, le monde bascule dans la Guerre froide. Les Alliés d’hier deviennent des ennemis. C’est dans ce contexte international et national qu’est née la CGT-FO.

Officiellement l’historiographie date la Guerre froide avec la déclaration de la doctrine Truman en mars 1947 et son volant économique, le plan Marshall, en juin. En réalité Churchill l’avait prévue dès mars 1946 lors de son fameux discours de Fulton où il avait déclaré qu’un rideau de fer était tombé « de la Baltique à l’Adriatique ». En effet les guerres civiles venaient de reprendre en Grèce et au Kurdistan iranien. Et petit à petit, l’Europe de l’Est est communisée.

La France reste exsangue. Le rationnement est toujours de mise pour le pain (200 grammes par jour), le chocolat, le sucre, le lait, et le vin. En janvier, le socialiste de la SFIO, Vincent Auriol (1884-1966) est élu président de la IVe République et Paul Ramadier, lui aussi de la SFIO, remplace Léon Blum. Les gouvernements Blum, puis Ramadier ont baissé d’autorité les prix de 5% car l’inflation ronge le pouvoir d’achat des travailleurs.

Deux ans après la victoire, la colère gronde dans les usines, les ateliers, les bureaux. Début février, des grèves éclatent dans la Fonction publique, les docks et la presse. Un mois plus tard la doctrine Truman est proclamée, le Fonds monétaire international créé. Les ministres communistes belges sont exclus du gouvernement avec plus d’un mois d’avance sur leurs « collègues » italiens (3 mai) et français (4 mai).

L’étincelle Renault

Suite à la collaboration de Louis Renault, ses usines ont été nationalisées pour devenir la « Régie Renault » où les communistes sont très présents. En 1945-46, les communistes membres du gouvernement, sur ordre de Moscou, jouent la paix sociale tandis que sur les chaînes de montages, la colère gronde. Le 24 avril, une poignée de militants syndicaux appellent à la grève. Le lendemain, les dirigeants communistes de la CGT dénoncent cette grève venue de la base.

La demande d’une véritable augmentation des salaires fait boule de neige dans les chaînes de montage. La direction de la CGT finit alors par accepter la grève et s’y rallier le 30 avril.

Le 4 mai, Ramadier renvoie les cinq ministres communistes. Face au blocage des salaires et à la reprise de l’inflation, les grèves se multiplient en juin : 1-5, les boulangers ; 2-12, les cheminots ; 9-11, les électriciens-gaziers, 19-30, les employés de banque et 23-30 les mineurs.

À l’automne, les grèves reprennent, mais cette fois avec des arrière-pensées politiques de la part de la majorité communiste de la CGT.

Le 13 novembre, la Confédération réclame un salaire minimum de 10 800 francs mensuels et aussitôt les mineurs entrent en grève. Le 19, la grève générale est proclamée dans la métallurgie. Le 27, la France est paralysée : grève totale dans les mines, les ports, la métallurgie, le bâtiment ; partielle à la SNCF, les PTT et EDF-GDF. Les manifestations deviennent de plus en plus violentes. Le PC est à la manœuvre pour faire tomber le gouvernement et y revenir en force.

Comme Léon Jouhaux et ses amis de la minorité du Bureau confédéral le notent, à l’évidence ces grèves prennent un caractère purement politique. Le nouveau gouvernement de Robert Schuman ne cède pas et finalement même s’il porte le salaire minimum à 10 500 francs. Le travail reprendra le 9 décembre.

Le vendredi 19 décembre, dans l’après-midi, Léon Jouhaux, Robert Bothereau, Albert Bouzanquet, Pierre Neumeyer et Georges Delamarre remettent leur démission au deuxième secrétaire de la CGT, le communiste Benoît Frachon. Les dés sont jetés. L’histoire de la CGT-FO va commencer.

Premier Congrès de Force Ouvrière en avril 1948

Christophe Chiclet Journaliste à L’inFO militante

L’Info Militante

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