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Les livreurs à vélo de Just Eat à la conquête de leurs droits

InFO militante par Fanny Darcillon, L’Info Militante

Article publié dans le cadre de la campagne Du 9 au 16 mai : élection des travailleurs des plateformes
F.Blanc

Malgré leur statut de salariés en CDI, une rareté dans le secteur de la livraison de repas à vélo, les livreurs de Just Eat ne bénéficient pas pour autant de conditions de travail si enviables. Après une manifestation devant les bureaux de la société, avec le soutien de l’UD de Paris et de la Fédération FO des transports, la lutte redouble, tournée vers sera bientôt favorisée par les premières élections professionnelles CSE dans l’entreprise qui se tiendront mi-février.

Pédaler pendant 45 minutes pour une seule livraison, risquer l’accident pour tenir la cadence, et finir un shift, comme ils appellent leur créneau horaire de travail, à 40 km de chez soi : pour les livreurs à vélo de Just Eat, la coupe est pleine. Le ras-le-bol est général, assène Jérémy Graça, délégué FO de la plateforme de livraison de repas. Alors, le 19 janvier, ils étaient une quinzaine à manifester devant les bureaux de Just Eat, que la direction avait choisi de fermer pour l’occasion. Et la direction est restée silencieuse, regrette Jérémy Graça, qui déplore un manque de considération envers les salariés.

Car la lutte sociale des livreurs vient égratigner l’image de chevalier blanc dont Just Eat cherche à se parer depuis un an. Fin 2020, la société avait annoncé à grand renfort de marketing tourner le dos à l’uberisation jusqu’alors caractéristique du milieu des plateformes de livraison de repas, connu pour sa précarité structurelle. En septembre dernier, la directrice générale de Just Eat France, Méleyne Rabot, se targuait auprès de France Bleu Hérault de vouloir professionnaliser le métier de livreur.

Salariés, mais...

Salarier ses livreurs dans un secteur où les deux grands concurrents, Uber Eats et Deliveroo, travaillent avec des auto-entrepreneurs, a permis à Just Eat de s’acheter une réputation éthique. Au point de décrocher un score favorable dans le rapport dévoilé en décembre par le député Mounir Mahjoubi, ancien secrétaire d’État chargé du Numérique, qui classe les plateformes numériques de travail selon de nombreux critères. Uber Eats y obtient pour sa part un pâle score moyen, quand Deliveroo s’y classe même défavorable.

Sur le papier, les avantages du CDI face à l’auto-entreprenariat sont innombrables : cotisation retraite, congés payés, arrêts maladie, facilité pour la recherche d’un logement ou l’obtention d’un prêt… Sans parler du salaire, mensuel donc et non soumis à un nombre d’heures effectuées, souvent aléatoire. C’est d’ailleurs ce qui a séduit Jérémy Graça, comme des centaines d’autres. Mais le délégué FO a vite déchanté : Nos conditions de travail sont assez désastreuses, confie-t-il. L’employeur nous permet de louer des vélos auprès d’un partenaire, mais 36 euros sont prélevés chaque mois sur notre salaire pour ça, et s’il y a des dégâts, ils sont à notre charge. Les dimanches et les heures de nuit ne sont pas majorées.

Une convention collective non respectée

Dernier illustration en date dans cette déconsidération des salariés : un changement “surprise“ des conditions de travail à Paris. Les zones de livraison qui découpaient la capitale et structuraient le partage des commandes ont été fusionnées. On m’a averti une semaine avant, raconte Jérémy Graça. La DRH m’a dit que le logiciel serait plus efficace et que ça améliorerait le service général. Mais désormais, les livraisons peuvent aller jusqu’à 15 km ! En-dessous de 8 km, ce qui est déjà beaucoup, on n’a pas le droit de refuser plus de deux commandes, sous peine d’être convoqué en entretien préalable à un licenciement.

Pourtant, la convention collective des transports routiers est bien plus protectrice. Selon ce texte, l’employeur devrait prendre en charge notre moyen de transport, et fournir un vélo de remplacement en cas d’accident, avance Jérémy Graça. Problème, explique-t-il : un accord d’entreprise bien moins avantageux pour les salariés a été signé fin 2020, alors que la société ne comptait pas encore de délégués syndicaux ni de représentants du personnel.

Des élections professionnelles qui pourraient changer la donne

Mais beaucoup de choses pourraient changer d’ici deux semaines. Le 17 février se tiendront les premières élections professionnelles de l’histoire de Just Eat, qui pourraient voir émerger une équipe syndicale capable de peser dans les négociations.

L’exemple de Just Eat en Espagne est parlant : mi-décembre, une première convention collective d’entreprise a été négociée avec les syndicats pour les droits de 2 000 salariés, leur promettant un tarif horaire à 8,5 euros, avec majoration de 25% la nuit, des tarifs doublés les jours fériés, et un 13e et 14e mois.

Nous voulons faire respecter la convention collective ou créer un nouvel accord contenant des éléments favorisant les salariés, pour améliorer le service et attirer plus de livreurs, expose Jérémy Graça. Car si Just Eat affichait début 2021 son ambition d’embaucher 4 500 travailleurs en CDI en un an, les effectifs sont loin du compte selon le délégué FO, qui dénombre un millier de salariés, dont 513 à Paris le mois dernier. Peut-être qu’ils en ont engagé 4 500, nuance-t-il, mais tant d’entre eux sont partis. Tantôt par démission, tantôt parce que Just Eat a mis fin à leur période d’essai, estime-t-il.

Dialogue rompu avec les managers

Dans l’attente des élections professionnelles (au CSE), la direction semble craindre le changement que celles-ci pourraient apporter, perçoit Jérémy Graça. On a l’impression qu’ils font le ménage parmi les salariés, parfois par intimidation, en demandant qui est syndiqué ou en convoquant les gens en entretien préalable avant licenciement dès qu’ils émettent un avis contradictoire.

Au-delà de la lutte pour les droits des salariés, le délégué espère donc que cette occasion permettra de renouer le dialogue entre le management et les livreurs. Il y a une vraie cassure avec les encadrants, on a l’impression d’être traités comme des objets ou des esclaves. Quand on a un accident de travail, ils ne nous appellent même pas et mettent très longtemps à nous envoyer les papiers. Avec la mobilisation prochaine des salariés aux élections, Just Eat pourrait bientôt être forcé de respecter les règles, se rapprochant ainsi du standard de livraison éthique qu’elle a voulu incarner, mais auquel elle fait pour l’instant défaut.

F.Blanc

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