Les révolutions de 1848

Histoire par Christophe Chiclet

L’année 1848 marque un tournant dans l’histoire du mouvement social européen contemporain. Pour la première fois des révolutions ouvrières s’expriment ouvertement en tant que telles. Elles seront également réprimées tant par les régimes monarchistes que par les républicains.

Comme en 1789 et 1830, les révolutions de 1848 sont filles de la crise économique. En 1846 une grave crise agricole touche le pays. En mai-juin 1847, les ouvriers affamés de Paris et de Lisieux pillent les boulangeries. Les nouveaux progrès techniques et une crise financière jettent de nombreux ouvriers à la rue. En 1847, 30% des métallos et 20% des mineurs sont sans emploi. 8 000 des 13 000 ouvriers roubaisiens sont au chômage. Les patrons en profitent pour baisser les salaires qui chutent de 30% à Rouen. On retrouve cette misère dans les œuvres d’Eugène Sue et d’Alexandre Dumas. Les politiciens républicains sentent qu’ils peuvent renverser la « Monarchie de Juillet ». De novembre 1847 à février 1848, ils organisent de grands « banquets républicains » dans toute la France. Point d’orgue, celui qui est prévu à Paris pour le 22 février. Mais Louis Philippe prend peur et l’interdit. Grosse erreur. C’est l’étincelle qui va déclencher l’insurrection. Le 24, le Roi abdique. Le jour même un gouvernement provisoire se met en place et proclame la Seconde République, abolit l’esclavage (pour la deuxième fois) et instaure le suffrage universel, sous la protection des ouvriers parisiens en armes. Le lendemain, ces derniers entrent dans la salle de réunion du tout nouveau gouvernement et exigent le « droit au travail ». Le 27, les « Ateliers Nationaux » sont créés pour employer les chômeurs. En mars, ils sont 20 000 inscrits, touchant deux francs par jour, puis 100 000 en mai, mais ne recevant plus qu’un franc.

Le 28 février, les mêmes ouvriers parisiens en armes avaient investi l’Hôtel de Ville de Paris et imposé la journée de 10 heures dans la capitale. Ils ont aussi demandé la création d’un ministère du travail, sans succès. Les 17 mars et 16 avril suivants, les manifestations populaires reprennent à Paris pour empêcher la tenue des élections prévues pour le 23 avril, mais organisées et manipulées par les républicains modérés et les conservateurs.

La contre révolution bourgeoise

Le 15 mai, les faubourgs parisiens manifestent devant la nouvelle assemblée nationale. Mais le gouvernement s’est ressaisi. Il dispose désormais dans et autour de la capitale de plus de 60 000 hommes bien armés. Il fait arrêter les leaders révolutionnaires (Blanqui, Barbès, Raspail) et donne les pleins pouvoirs au sinistre général Cavaignac pour rétablir l’ordre. Aussitôt 400 barricades sont érigées dans l’Est parisien. Le slogan des insurgés est Du travail ou du pain. Du pain ou du plomb. Du 23 au 26 juin les combats font rage. Il n’y a que 25 000 hommes et femmes sur les barricades, mal équipés. 3 000 d’entre eux y tomberont et 1 500 autres y seront fusillés à leurs pieds. L’armée qui n’a perdu que 1 500 hommes, arrête 25 000 personnes. 11 000 seront finalement jugés et condamnés dont 4 000 aux terribles bagnes du désert algérien. Le 3 juillet, les Ateliers Nationaux sont fermés et en novembre, la nouvelle constitution ne parle plus du « droit au travail » demandé par les ouvriers le 25 février.

C’est la première fois qu’il y a divorce entre la République et le socialisme. Ce ne sera pas hélas la dernière. Drapeau tricolore, contre drapeau rouge. La répression de juin 1848 a été extrêmement féroce. Il s’agit tout simplement de la répétition de la semaine sanglante de la Commune de Paris en 1871. Les Républicains vont payer leur trahison. La « classe ouvrière », qui commence à se reconnaître sous ce terme et à s’organiser, laisse Louis Napoléon Bonaparte se faire élire premier Président de la Deuxième République en décembre 1848 et ne bouge pas le petit doigt lorsque ce dernier fait son coup d’État le 2 décembre 1851. Pourquoi mourir pour une République bourgeoise qui assassine ?

Il ne faut surtout pas croire que le mouvement révolutionnaire de 1848 n’aurait touché que la France, car il a embrasé toute l’Europe, connu dans l’historiographie comme « le printemps des peuples ». [1]

Notes

[1(1) Suisse : Neuchâtel ; Allemagne : Berlin, Constance, Francfort, Cologne ; Italie : Milan, Venise, Palerme ; Autriche-Hongrie : Vienne, Budapest, Prague. D’autres villes se soulèvent en Pologne, Roumanie, Croatie contre l’oppresseur économique et national russe, prussien, austro-hongrois et ottoman. Cette lutte contre la double oppression sera théorisée par les « Austro-marxistes » (frères Adler, Otto Bauer, Karl Renner…).

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