Culture

[Livre] « Hollywar : Hollywood, arme de propagande massive » ou l’art des mauvais rôles

, Michel Pourcelot

Recommander cette page

Une « machine à fabriquer des ennemis ». Tel est Hollywood décrypté par un spécialiste de la géopolitique. Mais on pourrait tout aussi bien étendre cette étude à certaines chaines de TV qui spectacularisent les infos...

Plus de trois mille films analysés pour montrer comment Hollywood est à la fois une usines à rêves mais aussi à cauchemars dirigés. L’auteur s’attache à démontrer comment sont façonnés des stéréotypes, figure majeure de l’idéologie selon Roland Barthes cité par l’auteur. L’industrie hollywoodienne les distribuent ensuite aux quatre coins de la planète, servant ainsi la politique de domination mondiale économique et idéologique du pays. Les films étudiés sont des objets cinématographiques de consommation courante, ceux qui forgent l’opinion publique bien plus que les chefs-d’œuvre. Avec dans le rôle des « méchants » des représentations bien tranchées. Au début était le Noir, représenté comme un illettré, un paresseux obsédé par la femme blanche, puis l’Indien, sauvage et agressif, le Chinois cruel autant que sournois, le nazi, le communiste, sans oublier les latinos basanés, qu’ils soient bandit mexicain, gras et transpirant, ou trafiquant colombien. Les séries-TV nous renseignent même sur les orientations des objectifs stratégiques : le paramilitaire serbe, les espions nord-coréens, les mafieux russes plus ou moins liés au pouvoir, et bien évidement les Moyens-orientaux, dont l’Iranien, qui pouvait néanmoins présenter quelques facettes humaines, à l’époque de la signature du traité sur le nucléaire, comme vu dans la série NCIS. Le Français a connu une sérieuse disgrâce quand son pays n’a pas intégré la coalition qui a envahi l’Irak. Dans la catégorie Sud-américains, le Vénézuélien commence à truster la première place du podium. Le « soft-power » a ses icônes...

Le meilleur des mondes

La CIA a même en 1996 officiellement étalé ses liaisons avec Hollywood, en y installant un agent de... liaison en 1996. En 2010, on a même pu voir le directeur de la CIA, Leon Panetta, participer à l’émission de téléréalité « Top Chef », tourné dans sa salle de réception privée, au sein des locaux de l’agence. Des relations intimes et une drôle de cuisine. Mais ce n’est pas la seule agence à être intervenue, de manière plus ou moins avouée, le FBI en tête. L’auteur d’Hollywar, Pierre Conesa, est connu comme un spécialiste des questions géopolitiques, à qui l’on doit déjà des ouvrages aux titres significatifs tels que La Fabrication de l’ennemi (2011) et Dr Saoud et Mr. Djihad (2016). Pour lui, dès ses débuts, Hollywood, s’est inscrit dans la propagande et la publicité, nées en même temps. Cette véritable industrie, car elle ainsi considérée aux États-Unis, a toujours fonctionné avec ses leitmotivs : l’individualisme forcené, bien sûr, et, martelé, l’Américain vit dans la meilleure société actuellement sur cette planète, soit le meilleur des mondes, que ne cesse de chercher à détruire les fameux « méchants », mis en vedette par cet ouvrage.

Hollywar - Hollywood, arme de propagande massive, de Pierre Conesa, paru aux éditions Robert Laffont le 3 mai 2018. 224 pages. Prix autour de 18 euros.