[Livre] La lectrice disparue

Culture par Corinne Kefes

Le yin et le yang

Entre l’Islande et New York, nous voici emportés dans une partie de cache-cache entre un frère et une sœur : la sœur a disparu et son frère part à sa recherche.
Au fil des pages, on découvre la vie de cette famille pour le moins atypique. Ce qui est marquant, c’est la façon dont l’auteur déroule la narration, par un entrecroisement de chapitres qui ont trois sortes d’intitulés uniques : ici, jadis et jour.

« Ici » représente le point de vue d’une mère, qui se retrouve enfermée en elle-même à la suite d’un AVC. C’est en quelque sorte le point d’ancrage du récit qui scande l’évolution de l’intrigue, un regard particulier sur les événements.

« Jadis », c’est l’histoire familiale, l’enchaînement des faits, la liste des ingrédients qui mènent au point de départ du livre, la part d’explication.

« Jour », c’est ici mais maintenant, c’est la quête menée par le frère pour retrouver sa sœur.

L’alternance de ces points de vue rend la lecture prenante, comme une respiration ou le ressac de la mer, un va-et-vient qui berce. L’utilisation du style indirect libre renforce cette impression intimiste : on se sent spectateur privilégié, à la fois extérieur mais impliqué.

Si ce livre questionne en filigrane sur le rôle de l’écrit, la place des mots, les difficultés de communiquer et de construire des relations, c’est avant tout un récit sur l’enfance, les liens fraternels, la construction d’un individu qui démontre que l’essentiel reste les sentiments et le rapport à l’autre.

 

La lectrice disparue de Sigridur Hagalin Björnsdottir. Gaïa – Actes Sud, 324 pages, 22,50 euros.