[Livre] La littérature de jeunesse

Culture par Corinne Kefes, L’Info Militante

S’il vous plaît... dessine-moi un livre !

La littérature de jeunesse est un genre à part : d’abord, il est assez récent ; ensuite, sa définition pose de nombreuses questions car sa nature en fait un entre-deux fluctuant, aux délimitations floues ; enfin, il semble échapper à toute lecture critique.

Il faut attendre le 17e siècle pour voir émerger une littérature explicitement destinée aux jeunes. Au départ, c’est surtout à vocation de formation, morale d’abord : il s’agit d’éduquer les esprits, il n’est alors pas question de plaisir ou d’imaginaire. C’est seulement à partir de 1970 que se développe une véritable culture littéraire de jeunesse.
Cette littérature ne se définit pas par ce qu’elle représente, mais par le public qu’elle vise. Se pose alors la question de la double destination : le lecteur n’est souvent pas l’acheteur voire le lecteur premier, l’adulte est présent. De fait, il existe parfois une double lecture, avec des niveaux de compréhension différents qui évoluent avec le lectorat qui grandit.

L’étude critique de cette littérature reste difficile : d’une part, il y a le préjugé tenace que c’est une littérature simple, adaptée à son public, donc de moindre qualité ; d’autre part, cette production est très disparate dans la forme même du livre (livre-objet, livre sans texte,...), quand l’objet livre n’est pas tout simplement nié en disparaissant derrière l’histoire. Enfin, la critique ne peut émaner du lecteur, comment alors parler à sa place ?

La littérature de jeunesse est donc par essence une littérature singulière qui entretient une relation intime avec son lecteur, à tous les âges de sa vie. Elle marque nos esprits, construit notre imaginaire et notre mythologie interne, parle à l’enfant, qui s’identifie aux personnages, et à l’enfant en chacun de nous, qui se souvient.

La littérature de jeunesse de Nathalie Prince. Éditions Armand Colin, 311 pages, 23,90 euros.