[Livre] Le tu et le vous – L’art français de compliquer les choses

Culture par Corinne Kefes

Dis-moi tu ou vous, je vous dirai qui tu es

Dans de nombreuses langues il n’existe pas de distinction entre le Tu et le Vous (comme en anglais). Pour celles qui utilisent des pronoms différenciés, c’est le Tu qui est le plus souvent employé. Néanmoins, le français est un cas à part : dire Tu ou Vous s’inscrit dans un protocole symbolique et social qui énonce un modèle de relation. Il s’agit donc de ne pas se tromper dans l’usage qu’on fait de l’un ou de l’autre de ces pronoms. Cette obligation d’ajustement entre certaines règles de distanciation à l’autre et des situations particulières provoque une certaine insécurité linguistique. Le choix du Tu ou du Vous est donc en partie le reflet de ce que nous sommes, de la société et de son évolution.

À l’origine, le Vous est la marque de respect au prince, c’est un signe de soumission. Ainsi, pendant longtemps, le parent tutoie l’enfant qui le vouvoie. Le Vous symbolise la hiérarchie, la distance, la froideur, le désamour. Le Tu est réservé à la familiarité, à la proximité, à la tendresse, à l’amour.

Pour autant, passer de l’un à l’autre peut signifier le contraire : le Vous peut exprimer la distinction, la place particulière, la complicité données à l’autre et le Tu peut être une mesure d’éloignement.

Au travers de nombreux exemples savoureux liés à des personnalités ou à des événements historiques, l’auteur nous convie à une étude des nuances de notre langue et de notre personnalité qui font la richesse de l’humanité.

Aujourd’hui, le Vous tend à perdre du terrain : c’est le règne du Tu, solidaire, égalitaire.

Pour autant, sans le Vous, que devient le Tu ? Avoir le choix, c’est conserver sa liberté.

 

Le tu et le vous – L’art français de compliquer les choses d’Étienne Kern, éditions Flammarion, 206 pages, 19 euros.