Loi Travail : 23 juin, la démocratie se manifeste

Revue de presse par Michel Pourcelot

Article publié dans le Dossier Loi Travail
Manifestation parisienne contre le projet de loi Travail du 23 juin 2016. Photographie : F. Blanc / FO Hebdo - CC BY-NC 2.0

Nouvel épisode hors norme dans la résistance gouvernementale à toute modification du projet de loi Travail : l’interdiction puis l’autorisation sous conditions de la manifestation parisienne du 23 juin. Les médias se sont interrogés.

L’Express
« La volte-face gouvernementale au sujet de la manifestation parisienne contre la loi travail, finalement autorisée après avoir été dans un premier temps interdite, est jugée sévèrement par la presse de jeudi. La "Valls-hésitation" fait les gorges chaudes des éditorialistes. "Avec ce gouvernement, la vérité du matin n’est pas forcément celle de l’après-midi et on en a eu encore hier la démonstration", constate Hervé Favre dans La Voix du Nord. "Comment Valls a perdu la face", titre sans détour Le Parisien/Aujourd’hui en France, selon lequel "les syndicats font plier Matignon". "Après avoir tenté d’interdire la manifestation à Paris, le gouvernement a dû faire volte-face (...) un cafouillage qui laissera des traces", assure le quotidien. »

Marianne
Car cette crise d’autoritarisme fera date : « pour retrouver trace, dans l’histoire de la Ve République, de l’interdiction d’une manifestation organisée par les syndicats, il faut en effet remonter à… la guerre d’Algérie ! "Le pouvoir avait alors interdit plusieurs manifestations organisées à l’appel de la CGT", nous confirme Danielle Tartakowsky, présidente de l’université Paris VIII et spécialiste des mouvements sociaux. Manuel Valls, premier chef du gouvernement à interdire une manifestation syndicale depuis Michel Debré, la référence a de quoi faire trembler au PS. D’autant qu’en 1961-1962, le préfet de police responsable de la mise en œuvre de l’interdiction n’était autre qu’un certain… Maurice Papon. Quant à l’interdiction d’une manifestation organisée par des syndicats en opposition à une loi sociale, "c’est totalement inédit", selon Danielle Tartakowsky ».

Les Echos
Pourtant « initialement, la mobilisation de jeudi n’était pas censée être une date-clé. Philippe Martinez avait même prévu de défiler à Bordeaux. Mais les menaces d’interdiction des deux têtes de l’exécutif ont changé la donne. (...) Le défilé de jeudi défendra aussi "le droit à manifester, garant de la démocratie", a souligné Philippe Martinez. La CGT et FO concentrent leurs critiques sur Manuel Valls. "A chaque fois qu’on essaie d’apaiser les choses, le Premier ministre remet de l’huile sur le feu (...) en dénigrant les syndicats", a dénoncé Philippe Martinez ».

Le Figaro
Pas avare de provocations, « le chef du gouvernement en avait appelé au "bon sens" des syndicats, leur demandant d’"annuler eux-mêmes" les rassemblements prévus le 24 juin, compte tenu du contexte de fortes tensions et après les incidents en marge des précédentes manifestations. "Le mieux, si Manuel Valls ne veut plus de manifestations, c’est qu’il se montre ouvert. A chaque fois que le premier ministre intervient, prend la parole dans les médias, il se comporte en pyromane au lieu d’apaiser la situation. Cela peut conduire certains à être énervés", réplique M. Mailly ».

La Dépêche du Midi
Peut-être que tel était le but. Quoi qu’il en soit, « huit organisations, dont la CGT, FSU, Solidaires et la Ligue des droits de l’homme, réclament une enquête parlementaire sur les "dysfonctionnements" du maintien de l’ordre ». Qui font désordre.

La Croix
Par ailleurs, Nicolas Comte, d’Unité-police SGP-FO, remarque : « Nous trouvons d’ailleurs qu’il serait étonnant d’interdire une manifestation sous prétexte qu’il y a des casseurs (contrairement au syndicat Alliance Police Nationale, qui demande, lui, le report de toute mobilisation, NDLR). Il y a toujours eu des casseurs dans les manifestations, on a toujours su les empêcher de nuire. Cela avait été le cas notamment lors de la mobilisation contre le CPE en 2005. Cette année, on est confronté à des gens particulièrement organisés mais je n’ai pas de doute : la police sait faire. On ne lui en donne juste pas les moyens ». Comme quoi tout est une question de moyens.


Michel Pourcelot Journaliste

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