Loi Travail : « Non, ce n’est pas un baroud d’honneur », assure Jean-Claude Mailly

Interview L’Obs par Jean-Claude Mailly

Photographie : F. Blanc / FO Hebdo - CC BY-NC 2.0

« Pourquoi manifester encore contre la loi El Khomri votée en juillet ? Jean-Claude Mailly, secrétaire général de Force ouvrière, espère encore obtenir l’abrogation des dispositions qu’il juge les plus contestables et contraires au droit européen du travail. » L’Obs

La loi Travail a été promulguée au mois d’août. Qu’attendez-vous de ces manifestations ?

Nous avions décidé au début de l’été de ne pas laisser tomber. Y compris si la loi était publiée au journal officiel. Nous demandons l’abrogation de certaines dispositions du texte et il n’est, pour nous, pas question de renoncer. Un système de veille a été mis en place à FO pour examiner les possibles recours juridiques que l’on est en train de boucler.


Quels sont, selon vous, les points les plus contestables ?

Les recours envisageables portent sur la question du temps de travail par rapport aux directives européennes et à l’Organisation internationale du travail, ainsi que sur les critères de licenciement ou encore le référendum auprès des salariés dès lors que des syndicats refuseraient de signer un accord d’entreprise. Notre réflexion porte aussi sur l’inversion de la hiérarchie des normes qui accorde aux entreprises un pouvoir de négociation dans des domaines qui étaient jusque-là réservé aux branches professionnelles. Ce dispositif signe la fin des conventions collectives de branches par le transfert de pans entiers de droit du travail aux entreprises.


La manifestation de jeudi n’est-elle pas un « baroud d’honneur », visant à ne pas décourager les militants à trois mois des élections professionnels dans les TPE/PME ?

Non, ce n’est pas un baroud d’honneur. Nous allons poursuivre la contestation sous des formes diverses car les salariés vont rapidement se rendre compte des problèmes posés par cette loi. FO est une organisation responsable et réformiste. D’ailleurs nous n’étions pas seuls à dénoncer le fait de fragiliser les conventions collectives, même la CGPME [Confédération générale des petites et moyennes entreprises, NDLR] était contre.


Quels sont vos rapports aujourd’hui avec le gouvernement ?

Je n’ai jamais coupé les ponts. Même au plus fort de nos désaccords. J’ai rencontré la ministre du Travail à la fin du mois d’août et j’ai un nouveau rendez-vous avec elle le 21 septembre. Comme d’ailleurs chacune des organisations syndicales.


Que vous inspire l’annonce de la quasi-fermeture de l’usine Alstom à Belfort ?

C’est un raté de plus. Je ne peux pas croire que les pouvoirs publics n’étaient pas au courant de ce qui se profilait. Cela fait des années que la Fédération FO de la Métallurgie attire leur attention sur ce dossier. Ils se réveillent aujourd’hui parce qu’il y a les élections dans huit mois.


Propos recueillis par Denis Demonpion

 Voir en ligne  : L’Obs

Sur le même sujet

FO et la CGT saisissent l’OIT contre des dispositions de la loi travail

Communiqué de FO

La CGT et FO ont saisi l’OIT ce jour. En effet, la loi Travail comporte de nombreuses dispositions contraires aux textes fondamentaux et aux textes internationaux auxquels la France est liée. Cette loi porte atteinte à la liberté syndicale, au droit à une négociation collective libre et progressiste (...)

Loi travail : autoritarisme social versus liberté de négociation

Emploi et Salaires par Yves Veyrier

L’analyse de la loi Travail sur la question du principe de faveur (article 2 du projet de loi) en regard de la situation actuelle, qui résulte de la loi de 2004 et d’un accord interprofessionnel de 2001, montre en quoi elle constitue une rupture majeure. Un rapport commandité par la DARES en 2008, sur l’évolution des accords dérogatoires révèle aussi nettement les réelles intentions que recouvre la loi Travail aujourd’hui.
Le processus d’élaboration de la loi comme son contenu vont enfin à l’encontre de la négociation libre et volontaire établie comme principe fondamental de la liberté syndicale par l’OIT.