Loin, très loin d’une grande réforme fiscale...

Éditoriaux de FO par Jean-Claude Mailly

Le président de la République et le gouvernement ont annoncé la décision « irréversible » de mettre en place la retenue à la source pour le paiement de l’impôt sur le revenu.

À nouveau, on met la charrue avant les bœufs.

L’urgence c’est d’abord et avant tout de réhabiliter l’impôt progressif sur le revenu, qui est l’impôt le plus juste : on paye en fonction de ce que l’on gagne.

Pour Force Ouvrière, tout le monde doit le payer (d’autres impôts et taxes plus injustes peuvent diminuer) et les niches fiscales concernant les plus aisés doivent être revues ou supprimées. Mais tel n’est pas le cas. Force Ouvrière est opposée à la retenue à la source pour nombre de raisons :

• d’ores et déjà, en 2014, plus de 70 % des contribuables avaient opté pour le prélèvement mensuel de leur impôt ;

• il y aura toujours une déclaration pour justifier de toutes les ressources, sauf à élargir le prélèvement libératoire plus injuste ;

• il y a un risque de divulgation à l’employeur (si c’est l’entreprise qui prélève) d’éléments concernant la vie privée du salarié contribuable ;

• seuls les salariés et retraités seraient amenés à être obligés de payer comptant leur impôt ;

• cela entraînerait de nouvelles suppressions de postes dans l’administration fiscale ;

• cela fournirait à celui chargé des prélèvements (entreprise ou banque) un volant de trésorerie non négligeable.

Pour le moment, le gouvernement acte la décision du président de la République sans avoir pour autant décliné le processus. Il dit ne pas vouloir remettre en cause le système actuel (déclaration par foyer fiscal), mais cherche le moyen d’y parvenir.

Il dit également que les contribuables auraient une année blanche sur les revenus 2017. Certes ils ne paieront pas deux fois en 2018, mais les prélèvements auront lieu « en direct » et le changement de système pourrait bénéficier à ceux qui, en 2017, enregistreraient des revenus exceptionnels (plus-value, par exemple).

Alors, pourquoi un tel changement ? Cela conduirait en fait vraisemblablement à une fusion IRPP/CSG avec toutes les conséquences sur le financement de la protection sociale collective. Au passage, cela confirme à nouveau le caractère fiscal de la CSG !

On est encore dans une opération leurre qui n’avoue pas tous les éléments et conséquences du dossier. Et on est loin, très loin d’une grande réforme fiscale guidée par la justice et l’équité, passage indispensable pour une redistribution et une réduction des inégalités. 

Abonnez-vous à la newsletter « Éditoriaux de FO »

Sur le même sujet

Prélèvement à la source : toujours se méfier de l’eau qui dort

Communiqué de Force Ouvrière par Pascal Pavageau

De nouveau sans concertation, l’objectif affiché du gouvernement vise à transformer le recouvrement de l’impôt sur le revenu en obligeant à l’acquitter dès la perception des salaires. Plus indolore ? Plus pratique ? Moins coûteux ? Il faut se méfier de l’eau qui dort.
Une égalité du citoyen devant la loi (...)

Yves Veyrier : « Face à la crise, FO plaide pour la redistribution des richesses »

Editorial du Spécial Impôts 2021 par Yves Veyrier, Secrétaire général de Force Ouvrière

Alors que les salariés subissent parfois durement les effets de la crise sanitaire, cette nouvelle édition du Spécial impôts pour 2021 présente les principaux changements intervenus lors de l’adoption des dernières lois de finances dont les mesures les plus emblématiques pour la fiscalité des ménages sont la baisse du barème de l’impôt sur le revenu 2020 sur les premières tranches ou la poursuite de l’exonération de la taxe d’habitation pour les 20% des ménages restants jusqu’à sa suppression totale pour tous les contribuables au 1er janvier 2023.

Impôts : FO conteste le prélèvement à la source

Fiscalité par Clarisse Josselin

L’impôt sur le revenu ne sera plus payé avec un an de décalage, mais prélevé directement sur le salaire ou la pension de retraite chaque mois. FO conteste depuis toujours cette réforme, qui vise avant tout à faire des économies sur l’emploi dans la fonction publique.
Techniquement très complexe à mettre (...)