Interview

Marc Goblet, secrétaire général de la FGTB : « si le gouvernement et le patronat ne veulent pas de concertation, nous devrons prendre nos responsabilités »

, Evelyne Salamero

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Marc Goblet, secrétaire général de la FGTB. © FGTB

La Belgique va connaître une nouvelle journée de mobilisation interprofessionnelle ce jeudi 29 septembre, avec une manifestation nationale qui partira à 11h30 de la Gare de Bruxelles-Nord, à l’appel des organisations syndicales belges. Marc Goblet, secrétaire général de la FGTB, en rappelle ici les principales motivations.


Quels sont les mots d’ordre de la manifestation d’aujourd’hui ?

Marc Goblet : Nous manifestons évidemment contre le projet de loi Peeters qui imposerait notamment l’annualisation du temps de travail partout, de façon automatique. Le 13 septembre, nous avons rencontré les employeurs et leur avons fait des propositions, mais ils les ont rejetées d’un revers de la main. Nous avons en particulier proposé que les dispositions de la loi [durée du travail hebdomadaire moyenne au-delà de la limite actuelle des 38 heures, augmentation du nombre d’heures supplémentaires autorisée, NDLR] ne puisse s’appliquer que si un accord de secteur, ce que vous appelez un accord de branche, l’autorise. Ils ont refusé ce verrou. Nous allons aussi manifester pour le maintien de la loi de 1996 qui garantit l’indexation des salaires sur les prix, pour la défense des services publics remis en cause par la politique d’austérité et pour la défense de notre protection sociale.


En quoi votre protection sociale est-elle attaquée ?

Marc Goblet : Du côté des pensions, le gouvernement a décidé de reporter l’âge de la retraite à 67 ans d’ici 2030. Depuis, nous ne parvenons pas à obtenir une définition précise des critères de pénibilité qui permettraient un départ anticipé. De plus, la musique du gouvernement est aussi d’harmoniser le mode de calcul des pensions du secteur privé, du secteur public et des indépendants, ce qui est injuste pour les salariés du public qui avaient jusqu’ici de meilleures conditions d’accès à la retraite grâce à une cotisation supplémentaire. Sur le front de l’allocation chômage, le principe de dégressivité des allocations a été introduit, les conditions d’accès à l’allocation d’insertion pour les plus jeunes ont été durcies et celle-ci ne concerne plus les moins de 30 ans mais seulement les moins de 25 ans. Le gouvernement veut aussi revoir le mode de calcul des indemnités maladie et augmenter les contrôles des malades de longue durée.


Vous dites avoir des alternatives à la politique économique du gouvernement. Quelles sont-elles ?

Marc Goblet : Oui, nous appelons à l’ouverture d’une véritable concertation pour pouvoir présenter ces alternatives. Pour l’emploi, nous proposons de réduire le temps de travail hebdomadaire de 38 heures à 32 heures, avec maintien du salaire, en tenant compte des réalités, c’est-à-dire pas de façon automatique mais par la négociation. Cela pourrait être financé par les réductions de cotisations sociales qui pour l’instant vont directement dans les poches des actionnaires. En 18 ans, sur 11 milliards 900 millions d’euros perçus par les actionnaires, 9 milliards 900 millions provenaient des réductions de cotisation ! Notre deuxième alternative porte sur une fiscalité plus progressive et une taxation des plus-values et de l’évasion fiscale sur les dividendes versés aux actionnaires. Nous voulons aussi un renforcement des services publics, car c’est la première redistribution des richesses, le premier pouvoir d’achat des travailleurs. Nous en appelons enfin à davantage d’investissements, notamment, au moment du défi climatique, dans le secteur de l’Energie.


Comment analysez-vous le fait que les réformes du travail se multiplient en Europe, et même au-delà ?

Marc Goblet : On est dans une logique d’austérité, de compétitivité et de réduction des droits. Il faudrait une mobilisation d’ensemble à l’échelle européenne. En attendant, nous devons partout où nous le pouvons, comme nous ici et vous en France, tout mettre en œuvre pour faire changer les choses. Ce qui est inquiétant, c’est que l’on est confronté à la même logique avec un gouvernement de gauche qu’avec un gouvernement de droite. Nous allons vérifier s’il y a encore une volonté de concertation de la part du gouvernement et du patronat, mais s’il s’avère qu’ils n’en veulent pas, nous devrons prendre nos responsabilités.

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Evelyne Salamero

Journaliste - Rubrique internationale

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