Médico-social : les salariés d’un établissement des Côtes d’Armor en lutte pour leurs conditions de travail

InFO militante par  Maud Carlus, L’Info Militante

Une trentaine de salariés du centre médico-social La Villeneuve Sainte-Odile spécialisé dans l’accompagnement des jeunes déficients visuels âgés de 12 à 20 a ont cessé le travail le 8 juin dernier à l’appel du SDAS FO (Syndicat Départemental Action Sociale). Depuis plusieurs années, leurs conditions de travail se détériorent à mesure que sont imposées les directives du gouvernement via l’ARS.

Chef de service au centre La Villeneuve Sainte-Odile à Plénée-Jugon dans les Côtes-d’Armor, Jean-Pierre Le Fèvre, 61 ans et militant FO, compte vingt-trois années d’ancienneté. Il est en arrêt maladie depuis le 14 septembre 2020. Une situation résultant entre autres de plusieurs années de mal-être au travail. Ses relations avec la hiérarchie se sont dégradées à l’arrivée de la nouvelle direction en 2016, jusqu’à atteindre un point de non-retour.

La situation au travail est aussi dégradée pour la majorité des salariés exerçant au sein de cet établissement médico-social à but non lucratif. Il est spécialisé dans l’accueil des jeunes déficients visuels de 12 à 21 ans. Il s’agit du pôle enfance de l’association d’utilité publique « Voir Ensemble » sous l’autorité de l’ARS (Agence Régionale de Santé), et qui accueille actuellement une vingtaine de jeunes répartis dans quatre classes.

Une ambiance de travail étouffante

La quasi-totalité des trente-deux employés ont cessé le travail le 8 juin dernier lors d’une journée de grève, exprimant leur profond désarroi vis-à-vis d’un management qualifié de toxique et strictement comptable, cela visant à répondre aux directives de l’ARS.

Jean-Pierre, résume les raisons pour lesquelles les conditions de travail sont devenues très difficiles : Il y a un interventionnisme agressif, des remarques et réflexions constantes et la mise en place d’une politique de restriction budgétaire stricte, en accord avec les directives de l’ARS. Bilan : l’ambiance est devenue étouffante, à mesure que les activités et la dynamique du centre sont réduites au nom d’économies à réaliser.

Une action pour faire entendre le mal-être

Pour le militant et chef de service, la goutte d’eau déborde lorsqu’un rapport commandé en 2018 par le CREAI (Centre Régional d’Etudes d’Actions et d’Informations) est remis aux salariés. Pour l’équipe en place, c’est le choc. Cela a été un désaveu total de notre travail. Cette étude très orientée nous reprochait le manque d’activités du centre, alors même que la direction en avait supprimé pour faire des économies. Tout le monde s’est senti dévalorisé et découragé, raconte Christophe Kerlaouëzo, professeur technique spécialisé au sein de la Villeneuve Sainte Odile depuis 26 ans et également syndiqué FO.

A la suite de ce rapport très négatif, les arrêts maladies se multiplient. Il y en six actuellement (dont la DS FO) et deux démissions. Nathalie Brouazin, exerçant comme AMP (aide médico-psychologique) à Villeneuve Sainte-Odile confie également que les salariés ont craqué, et c’est ce qui a conduit les neuf militants FO au sein de ce centre à mener une action pour faire entendre leur mal-être, soutenus par le SDAS FO 22.

Gestion financière au détriment des jeunes

Ils protestent avant tout contre l’injonction de l’ARS à mettre en place une politique d’inclusion, soit une scolarisation privilégiant les établissements classiques pour les jeunes en situation de handicap, dictée par les directives gouvernementales. Cette politique soulignent-ils est non seulement excessive mais détachée des réalités du terrain. Selon l’ARS, 80% des jeunes handicapés doivent être scolarisés en école normale, mais dans les faits c’est difficile, explique le chef de service. Je suis pour l’inclusion, mais à condition que l’on y mette les moyens. Or, délocaliser des jeunes avec des besoins spécifiques pour les répartir dans des écoles pas équipées pour les recevoir est une aberration. Ce que nous dénonçons c’est avant tout une gestion financière au détriment des jeunes.

La grève du 8 juin n’a pas apporté les réponses attendues, pour l’instant. Les salariés ont en effet reçu une réponse qu’ils estiment bien insuffisante par rapport au cahier de revendications. Et pendant ce temps, un directeur adjoint a été nommé qui assure les fonctions des deux chefs de service en arrêt maladie. Sa mission semble d’aller vers la délocalisation, explique Christophe. L’ARS veut mettre en place des unités d’enseignements externalisées, en résumé les jeunes en situation de handicap vont se retrouver en ville en internat, dans des bâtiments dont je doute que l’ARS va financer les infrastructures pour les accueillir.

Crainte de la fermeture de l’établissement

Et l’enseignant de poursuivre : Nous craignons la fermeture de notre établissement, et que l’on nous retire nos jeunes. Cette directive d’inclusion va réduire l’accompagnement individuel d’un public qui en a pourtant besoin. Nous accueillons des jeunes issus de toute la Bretagne. Et nous avons d’excellents résultats : ainsi environ 84% des élèves de la section d’orientation professionnelle, donc en rupture scolaire, reprennent leurs études ou une formation. La logique que le personnel dénonce explique Christophe Kerlaouëzo c’est une démarche commerciale, un oubli total des jeunes, tout ça pour faire des économies. Et dans cet établissement ou FO est majoritaire, le personnel qui craint par ailleurs des attaques contre la syndicalisation, ne compte pas abandonner le combat pour faire aboutir les revendications.

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