Métiers de la pharmacie, des laboratoires de biologie médicale, du cuir et habillement : cap maintenu sur le développement syndical

Fédération FO Pharmacie par Elie Hiesse, L'Info Militante

Une centaine de délégués ont participé au 42e Congrès de la fédération FO des métiers de la pharmacie, des laboratoires de biologie médicale, du cuir et habillement, les 4-5 décembre à Saint-Malo (Ille-et-Vilaine). Un congrès du renouvellement : Jacques Techer, secrétaire général depuis 14 ans, a passé le relais à Sylvia Veitl, élue à l’unanimité. La fédération, combattive, vise une représentativité moyenne de 20%, dans ses branches, d’ici quatre ans.

C’est de nouveau un week-end que s’est tenu le congrès de la fédération, afin de pouvoir s’assurer de la venue des délégués FO des pharmacies d’officine qui ne bénéficient toujours pas d’heures de délégation. S’il a rassemblé, en présence d’Yves Veyrier, un nombre moindre de congressistes —une centaine de délégués représentant 45 syndicats— en raison de la reprise épidémique, leurs rangs ont été renforcés par la présence notamment de plusieurs secrétaires confédéraux et de nombreux secrétaires généraux d’unions départementales et de fédération.

Autant de témoignages d’amitié à Jacques Techer, secrétaire général depuis 14 ans, soit trois mandats, qui a passé le relais avec émotion à Sylvia Veitl, 45 ans, jusqu’alors secrétaire fédérale LBM (laboratoires de biologie médicale extra-hospitaliers). La militante a été élue à l’unanimité. Et c’est une forme de continuité pour Jacques Techer : A mon arrivée à la fédération en 1983, une militante était déjà aux commandes (Marguerite Adenis, secrétaire générale de 1970 à 1989). La venue de Sylvia Veitl a donné une nouvelle dimension à la fédération. Elle a tout mon soutien, a-t-il expliqué, sous les applaudissements.

Pharmacie d’officine : quel dialogue social ?

Le congrès a permis de dresser le bilan des cinq années écoulées depuis le congrès d’Arcachon (Gironde) en 2016. Et au fil de leurs interventions à la tribune, les délégués ont apporté une illustration d’un constat partagé dans la quasi-totalité des branches : les conditions de travail et/ou d’emploi, se sont dégradées depuis la crise sanitaire.

Dans les pharmacies d’officine (120 000 salariés dans 23 000 établissements), les salariés n’ont pas bénéficié de l’amélioration globale de la situation économique. Le management s’est durci, le dialogue social de branche s’est tendu. Ce qui se passe en commission paritaire permanente de négociation et d’interprétation (CPPNI) ne ressemble pas à du dialogue social. Les chambres patronales arrivent soit sans mandat soit avec un mandat pour une position figée. Elles n’ont qu’une obsession - assouplir, déréglementer, flexibiliser – avec la masse salariale comme seule variable d’ajustement, a expliqué Olivier Clarhaut, secrétaire de branche, pointant l’opportunisme des employeurs. Ils prennent prétexte de la crise pour appliquer une surdité constante à nos revendications, voire pour imposer des arrangements unilatéraux illicites. Face à la politique de rémunération conventionnelle indigente, FO revendique des niveaux de salaires décents, en rapport avec les responsabilités exercées et la reconnaissance salariale des missions émergentes (tests, vaccination).

Outre le combat contre l’inertie des chambres patronales, FO poursuit sa lutte pour la revalorisation du diplôme de préparateur en pharmacie. Dans le cadre de la réforme, engagée dans une expérimentation de cinq ans, elle milite pour l’unicité du nouveau diplôme, au niveau licence. Depuis la crise, elle est intervenue à plusieurs reprises pour les préparateurs en pharmacie, en première ligne du contact au public. Elle a interpellé le ministère au printemps 2020, lorsqu’il les a oubliés dans ses autorisations pour délivrer les masques et, de nouveau à l’été 2020, pour qu’ils soient référencés afin de bénéficier des dispositifs créés pour les professionnels de santé en période de crise sanitaire.

Répartition : précarisation extrême de l’emploi

Quant à la répartition pharmaceutique, qui regroupe les grossistes achetant les médicaments aux laboratoires pour les revendre aux officines, elle vit la période la plus difficile de son histoire selon Philippe Pannier, secrétaire de la branche. Certes, le secteur a bénéficié d’une bouffée d’oxygène depuis début 2020, en raison des ressources supplémentaires apportées par la distribution de masques, tests antigéniques, vaccins et de l’augmentation de la marge réglementée obtenue auprès de l’exécutif. La rémunération au masque, a été triplée.

Mais pas de quoi, pour le militant, enrayer durablement la tendance baissière du marché. Les volumes traités ne cessent de diminuer, au profit des ventes directes des laboratoires aux officines ou via des plateformes de distribution. Résultat, les répartiteurs, confrontés par ailleurs au regroupement des officines, se sont engagés dans une bataille de remises commerciales irrationnelles au regard de leurs moyens. Elle se fait au détriment de la hausse des salaires et de l’emploi. L’atteste la précarisation extrême de l’emploi depuis cinq ans, alors que les effectifs se sont stabilisés autour de 10 000 salariés en équivalent temps-plein (chiffre 2019) : entre 2015 et 2019, le recours à l’intérim a augmenté de 126% et le recours à la sous-traitance, d’un tiers ! Les contrats à temps partiel concernent 29% des 11.429 salariés, dont les personnels les moins bien rémunérés des services d’exploitation.

FO condamne la nouvelle organisation du travail en développement dans les établissements et reposant sur des contrats à temps partiels de 24-30 heures hebdomadaires (comme dans la Grande distribution) : elle oblige les salariés, voulant travailler à temps plein, à travailler 6 jours par semaine ou à accepter la polyvalence. Baisse de la participation et/ou de l’intéressement, chute des budgets formation : les indicateurs sont aussi au rouge pour les salariés en CDI. FO alerte sur les conséquences des rachats et des regroupements en cours, et le risque de fermeture de site et de suppression d’effectifs.

Laboratoires de biologie médicale : l’urgence salariale

Dans les 400 laboratoires de biologie médicale (près de 50 000 salariés), devenus les principaux acteurs du dépistage du virus, la crise a fait grimper chiffre d’affaires (+ 35% en 2020), bénéfices, valorisations et relancé les fusions-acquisitions avec des montages financiers (rachats d’entreprise par endettement) qui inquiètent. Ils mettent en péril la biologie française, dénonce la branche dans sa motion. La multiplication des fusions-acquisitions fait craindre pour l’emploi à terme. Mais elle a déjà accentué la dégradation des conditions d’emploi. Depuis deux-trois ans, ce ne sont plus les organisations patronales qui élaborent la politique salariale de branche : les grands groupes financiers l’imposent, dénonce Roman Patenotre, secrétaire de branche. La dernière négociation s’est conclue, en juillet 2020, par une hausse de… 1% de la grille de salaire conventionnelle.

Suite à la revalorisation automatique du Smic en octobre, les huit premiers coefficients de la grille sont désormais sous le niveau du salaire minimum légal. Principaux concernés : les aides-laboratoires (débutants ou expérimentés), les chauffeurs-coursiers. Plus largement, environ 45% des salariés de la branche sont bloqués au niveau du Smic, précise Roman Patrenotre.

Face au comportement jugé déloyal des employeurs, FO a initié deux mobilisations nationales, en septembre 2020 et en mai dernier. Elle a demandé la mise en place rapide d’une commission mixte paritaire, sous l’égide du ministère. Nous avons eu des mois super difficiles. Le mot surcharge de travail est faible. Et on ne voit toujours rien venir en matière de revalorisation de salaire ou de reconnaissance. On n’arrive pas à négocier dans les laboratoires, les grands groupes financiers ont pris la main, a témoigné lors du congrès Peggy Recchia, technicienne de laboratoire chez BioAlliance.

Industrie pharmaceutique : trop peu d’investissements

Dans l’industrie pharmaceutique (environ 98 000 salariés), la stratégie des grands groupes continue d’inquiéter. Alors que la pandémie a révélé leur dépendance vis-à-vis des pays asiatiques, notamment sur les principes actifs, la question des investissements (garants du maintien de l’industrie et donc d’une indépendance sanitaire de la France dans le domaine sanitaire) est au cœur des préoccupations.

L’industrie pharmaceutique ferme des sites de production, mais aussi des centres de R&D (recherche et développement) partout sur le territoire. Les cessions aux façonniers de pans entiers d’unités de production sont nombreuses, notamment sur les produits matures, dénonce la motion de la branche. En effet, les grands groupes préfèrent l’achat de start-ups, souvent étrangères, qui permet l’acquisition de molécules en développement au détriment de la R&D en France. Egalement symptomatique, le choix du groupe Sanofi, engagé dans une réorganisation depuis fin 2019, avec 1 000 suppressions de postes, pour se recentrer sur les activités rentables : il compte externaliser dès 2021 la fabrication de principes actifs pharmaceutiques dans une société autonome (API), dont il ne veut posséder à terme que 30% des actions.

Dans sa motion, la branche appelle les politiques publiques à accompagner et piloter les transformations du secteur. Trop d’entreprises se contentent de stratégies à court terme, sans une réelle vision de leur responsabilité sociale, sociétale et environnementale. Elle rappelle que la responsabilité en matière de reconversion des salariés (…) incombe aux entreprises du médicament et aux pouvoirs publics.

Cuir et habillement : pour une vraie relocalisation industrielle

Le sujet de la relocalisation est aussi d’actualité dans la branche des cuirs et de l’habillement, qui vivait son deuxième congrès, depuis son rattachement à la fédération de la pharmacie en 2011.

Attention aux aides financières accordées dans le cadre du « quoi qu’il en coûte », avertit-elle, dans sa motion : Parfois elles profitent à des grands groupes qui, sous couvert d’un affichage made in France (…), montent des projets dont la pérennité n’est pas démontrée. Combative, la branche revendique une vraie relocalisation de la production et non pas uniquement une réindustrialisation sur le bassin Euromed ou dans les pays de l’Est.

Atteindre 20% de représentativité moyenne

Comme l’a rappelé Jacques Techer, face à la dégradation des conditions de travail, les militants n’ont eu d’autre choix que de lutter par le développement et la syndicalisation. C’est le moyen éprouvé pour se faire entendre des employeurs. Les résultats sont là, et reflètent la mobilisation des militants lors des élections TPE début 2021 : la représentativité moyenne de la fédération est passée de 15,18% en 2017 à 16,69% en 2021.

Dans les pharmacies d’officine, FO a consolidé sa première place, en augmentant de surcroît son audience de plus de 5 points (à 29,67% en poids relatif). La progression de FO est notable aussi dans les laboratoires de biologie médicale : avec plus de 4 points d’audience gagnés, FO en deuxième place atteint 25,64% (toujours en poids relatif).

Et ce n’est pas fini. Le congrès s’est fixé, comme objectif, d’atteindre les 20% de représentativité moyenne lors de la prochaine mesure d’audience. Pour cela, la fédération s’est engagée à fournir des outils innovants, pour aider les militants à revendiquer et à communiquer. L’accent sera aussi mis sur la formation syndicale, déjà renforcée depuis 2017 (avec 111 jours de formation et 1 548 journées stagiaires). La nouvelle secrétaire Sylvia Veitl, qui porte ce défi immense, avec le bureau fédéral et les militants, a déjà dressé la feuille de route pour le réaliser : attirer les jeunes, faire entrer plus de femmes dans nos instances, convaincre les cadres de nous rejoindre.

Congrès Pharmacie01

Elie Hiesse Journaliste à L’inFO militante

L'Info Militante

Sur le même sujet

En tout lieu, nos revendications pour convaincre

InFO militante par  Valérie Forgeront, L'Info Militante

Crise ou pas, FO porte ses revendications, toutes, en tout lieu et sans faillir. Elle l’a fait lors de la récente réunion multilatérale organisée par le gouvernement. Elle le fait aussi dans le cadre de la relance engagée d’un dialogue social paritaire entre organisations syndicales et patronales. (...)