Congrès

Métiers de la pharmacie, laboratoires de biologie médicale, cuirs et habillement : le développement syndical au coeur de l’action

, Clarisse Josselin

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Photographie : C. Josselin / FO Hebdo (CC BY-NC 2.0)

Près de 130 délégués ont participé au XXXXIe congrès de la fédération FO des métiers de la pharmacie, laboratoires de biologie médicale, cuirs et habillement, qui s’est tenu les 22 et 23 octobre à Arcachon (Gironde). Tous les intervenants ont insisté sur la nécessité de développer l’organisation. Une cellule dédiée va être mise en place.

Les délégués FO des pharmacies d’officine ne bénéficiant pas d’heures de délégation, c’est un week-end que s’est déroulé ce congrès, en présence de Jean-Claude Mailly. Il a rassemblé près de 130 congressistes, ainsi que plusieurs secrétaires confédéraux et secrétaires généraux d’unions départementales et de fédérations.

Le congrès a été l’occasion de dresser le bilan des cinq dernières années, qui se sont déroulées dans un contexte difficile, mais notre détermination reste intacte, a résumé Jacques Techer, le secrétaire général réélu pour un troisième mandat.

Une quinzaine de délégués sont montés à la tribune. La branche de l’industrie pharmaceutique, où se situent de grands groupes comme Sanofi, engrange toujours des bénéfices au seul profit de ses actionnaires. Dans ce secteur, plus de 100 plans sociaux ont été mis en place depuis 2008, supprimant 14 000 emplois, malgré la « santé financière indécente » de certains groupes.

Attitude inadmissible des employeurs de l’industrie pharmaceutique

Les employeurs affichent une moyenne de 18 % de marge nette mais détruisent des emplois avec l’aval du gouvernement, a détaillé Jacques Techer à la tribune. Ils bénéficient de commandes publiques, du CICE et du crédit impôt recherche, sans qu’aucun retour ne leur soit demandé. L’augmentation des dividendes peut atteindre 50 % mais les hausses collectives de salaire ne dépassent pas 0,5 %.

Brahim Aniba, secrétaire général de la branche, a évoqué des négociations catastrophiques et qui ne servent à rien. Il a demandé à la fédération d’envoyer un courrier aux employeurs et au gouvernement pour dénoncer cette attitude « inadmissible ».

Il a aussi alerté sur l’avenir de la recherche dans la branche. Concernant sur la santé et le big data, les Américains sont en pointe sur le dépôt de brevets, a-t-il expliqué. La France est à la traîne. En cinq ans, on a déjà perdu une grande partie des chercheurs, il faut un sursaut, sinon on ne deviendra plus que des prestataires de service.

Objectif élections TPE dans les officines

A l’autre bout de la chaîne, dans les pharmacies d’officine, ce sont les élections TPE qui sont au coeur de l’actualité. La branche compte 120 000 salariés, dont la grande majorité seront appelés aux urnes du 28 novembre au 12 décembre 2016.

Il faut se retrousser les manches, en Indre-et-Loire, en 2011, il n’y a eu que 12 % de participation, a précisé Arielle Bonnefoy, préparatrice en pharmacie et secrétaire générale du syndicat dans le Loir-et-Cher et en Indre-et-Loire. Elle a appelé les délégués à démarcher les officines, à contacter les médias locaux.

Même si on milite sur notre temps personnel, faute d’heures de délégations, on doit se donner les moyens de faire péter les scores, a encouragé David Brousseau, préparateur en pharmacie et secrétaire général du syndicat dans le Morbihan et le Finistère.

Le secrétaire général de la branche, Olivier Clarhaut, était absent mais avait fait parvenir son intervention. FO est la seule structure syndicale dédiée aux activités de la pharmacie, ça doit se retrouver en matière de représentativité, a-t-il ajouté.

D’autres combats mobilisent toujours la branche. Olivier Clarhaut a dénoncé l’inertie des chambres patronales qui repoussent les négociations à l’avantage des salariés. L’inquiétant taux de chômage des pharmaciens adjoints atteint désormais 13 %. FO milite aussi pour une revalorisation du diplôme de préparateur en pharmacie, dont le référentiel est obsolète et la rémunération peu attractive. La fédération et Jean-Claude Mailly ont alerté la ministre de la santé sur cette question.

Répartition : les effectifs tombés à 10 000 salariés équivalent temps plein

Toujours dans le domaine pharmaceutique, le secteur de la répartition est « sinistré » selon Philippe Pannier, secrétaire général de la branche. Ces grossistes achètent des médicaments aux laboratoires, les stockent et les revendent aux officines en fonction de leurs besoins. Les résultats étaient négatifs en 2015.

Les volumes traités ne cessent de diminuer au profit des ventes directes entre les laboratoires et les pharmacies, de plateformes de distribution ou suite à des déremboursements. Les conditions de rémunération fixées par les pouvoirs publics sont aussi en baisse. On trinque chaque année, dans une logique comptable, dénonce Philippe Pannier. Un rapport de l’IGAS pointe le coût élevé de la répartition et préconise de réduire le nombre de tournées quotidiennes et d’établissements. L’application de ce rapport mettrait en péril le modèle actuel et serait très lourd de conséquences pour les salariés, s’inquiète-t-il.

La moitié de la répartition française est désormais entre les mains de gros groupes américains. Suite à des restructurations et des fermetures ou des regroupements de sites, les effectifs de la branche sont tombés à 10 000 salariés en équivalent temps plein. La précarité explose. Un tiers des salariés est à temps partiel subi et les CDD et missions d’intérim se développe au détriment des CDI. Nous sommes très inquiets sur l’avenir de la branche, a alerté Philippe Pannier. Il s’est aussi engagé à oeuvrer pour que la convention collective s’applique dans sa totalité outremer.

Laboratoires : obtenir des propositions plus avantageuses pour les salariés

Le secteur des laboratoires de biologie médicale est pour sa part en pleine réforme, avec la création d’une accréditation obligatoire. Une première phase devait entrer en vigueur au 1er novembre 2016, avec la mise en place de la numérisation des résultats et d’une messagerie sécurisée entre laboratoires. L’échéance pourrait être repoussée à fin 2017.

 Il n’y a pas assez d’évaluateurs pour délivrer ces accréditations dans les délais impartis, a expliqué Marie-Reine Zimmerman, secrétaire générale du syndicat FO du Var. Et la moitié des laboratoires doivent changer de matériel, pour un coût moyen de 500 000 euros. Que vont devenir les salariés des laboratoires non accrédités ? 

La branche est aussi menacée par la baisse des nomenclatures. Un accord triennal a été passé en 2013 entre les biologistes et l’État pour la mise en place d’une enveloppe financière stable. FO espère que cette visibilité permettra d’obtenir des employeurs des propositions plus avantageuses pour les salariés.

La branche des produits prête à entrer en résistance

La branche des produits pharmaceutiques, parapharmaceutiques et vétérinaires comprend près de 30 000 salariés, répartis sur 1 320 entreprises. Parmi ces dernières, 65 % ont moins de 9 salariés. Dans sa résolution concernant cette branche, le congrès revendique une réelle augmentation de salaire au niveau de la branche, de nombreux salariés ne bénéficiant pas de véritables augmentation lors des négociations d’entreprise. Et si résister est, dans notre branche, la seule forme de négociation possible, dans ce cas nous rentrerons en résistance, prévient la résolution.

Cuirs et habillement : la fabrication se tourne vers le haut de gamme

La branche des cuirs et de l’habillement, rattaché à la fédération de la pharmacie depuis 2011, vivait son premier congrès. L’emploi est en déclin dans le secteur depuis 30 ans, notamment dans l’habillement. On compte désormais 70 000 salariés pour 2 500 entreprises.

Dans l’habillement, le coup de grâce a été porté en 2005 avec la mise en place de quotas d’importation, rappelle Christophe Rohart, secrétaire général de la branche. Dans le Nord-Pas de Calais, on est passé de 150 000 à 15 000 emplois. La situation semble désormais stabilisée. Les départs en retraite sont remplacés et le taux de recours à l’intérim bat des records. La fabrication française se tourne résolument vers le haut de gamme.

Par ailleurs, un rapprochement va être opéré entre certaines branches de la filière. Le congrès veillera à l’harmonisation des conventions collectives et au maintien des droits des salariés relevant de ces branches.

Une cellule dédiée au développement de la fédération

Pour la fédération, la feuille de route des quatre prochaines années sera basée sur le développement, les nouvelles implantations et la syndicalisation, « point primordial », selon Jacques Techer. Une cellule dédiée devait être créé dès l’issue du congrès. Elle sera animée par Sylvia Veitl, élue secrétaire adjointe de la branche cuirs et habillement et membre de la commission exécutive.

Jean-Claude Mailly a rappelé lors du dernier CCN que nous avions un déficit d’implantation en entreprise de 15% d’implantation par rapport aux deux autres organisations syndicales, a poursuivi Jacques Techer. Nous avons un réservoir dans notre fédération. Ce n’est pas facile de faire des adhésions, mais on doit se faire violence pour un avenir serein et solide, il n’y a pas d’autre alternative. 

Anticiper la restructuration des branches

Pour Manuel Goncalves, secrétaire général de la branche des produits, les entreprises sans délégué syndical représentent « de la terre vierge à cultiver ». L’implantation sera compliquée, mais ce sera plus dur si une autre organisation s’implante avant nous, on n’a pas le choix, on doit être les premiers à prospecter. 

A la tribune, Michael Aouizerat, de FO Jeunes, a encouragé les délégués à adapter leur discours pour toucher ce public spécifique, particulièrement préoccupé par des problèmes de logement ou de précarité.

Jacques Techer a aussi appelé à anticiper la restructuration des branches, qui passeront de 700 à 100. Les branches de moins de 5 000 salariés pourraient être regroupées, a-t-il ajouté. Si on ne se développe pas, on ne sera peut-être plus dans ces branches après la restructuration, il nous faut au moins 8 % des voix partout, pour préserver notre représentativité partout.