Monuments : au péril de l’austérité

Patrimoine par Michel Pourcelot

© Gilles ROLLE/REA

Y a pas le feu… Quoique… Beaucoup de chefs d’œuvre sont en péril au point que certains menacent ruines. Il aura fallu que le toit de Notre-Dame de Paris parte en fumée pour qu’apparaissent les dégâts d’une politique publique qui ne sacrifient qu’aux dieux de l’austérité.

Notre-Dame de la Sainte Communication aura donné lieu à un miracle : celui de la multiplication des dons au beau milieu du désert de l’austérité. Alors que depuis des lustres, à travers le pays, chaque mois une demi-douzaine d’édifice religieux voient leurs pierres chuter ou même leurs murs menacer de s’écrouler, comme le relève l’observatoire du patrimoine religieux... Partout les resserrements de crédits ne permettent plus de un entretien a minima. Notamment ceux appartenant à des communes déjà asphyxiées par les baisses de dotation. Ce sont majoritairement des églises, leur propriété ayant été dévolue aux communes lors de la séparation de l’Eglise et de l’État en 1905, les cathédrales allant à l’État, mais aussi des sites préhistoriques ou même modernes. Pour l’historien de l’art, Alexandre Gady : L’état du patrimoine n’est pas du tout à la hauteur du niveau d’un grand pays. On a rogné sur les budgets, cherché des pis-aller, jusqu’au dernier, le loto du patrimoine. Tout ça est bien sympathique mais le patrimoine, c’est une charge régalienne, c’est l’image de la France, c’est notre histoire ! A force de faire des petits bouts de trucs à droite et à gauche, on finit par le mettre en danger. Il y a péril en la demeure historique.

Changer le plomb en or

Nous disons depuis des années que le budget des monuments historiques est trop faible, qu’on en fait une variable d’ajustement mais à un moment, ça devient des problèmes de sécurité graves, s’est d’ailleurs indigné Alexandre Gady, après l’incendie ayant détruit la toiture de Notre-Dame de Paris le 15 avril dernier. Un monument qui, en juin 2018, pour sa conservation, peinait à lever 150 misérables millions d’euros de mécénat (l’ISF ayant été supprimé, la générosité a ses limites…). Notre Dame de Paris se trouvait pourtant à un stade si avancé de détérioration que même les structures ne jouent plus leur rôle et menacent la stabilité de tout ce chef-d’œuvre, selon une conservatrice du Patrimoine, Jeanne Villeneuve. A ce jour, le milliard d’euros est désormais dépassé, quelque dix fois le budget annuel du Centre des Monuments nationaux (CMN), « chargé de la conservation, de la mise en valeur et de l’ouverture au public » de près de cent monuments nationaux, dont Notre-Dame de Paris, où l’incendie a permis de tirer les marrons du feu. C’est la collectivité publique qui va prendre l’essentiel en charge. Sur près de 700 millions d’euros [au 16 avril], environ 420 millions seront financés par l’État, au titre du budget 2020, a expliqué au journal Le Monde le rapporteur du programme patrimoine pour la commission des finances de l’Assemblée nationale. Même sans le profit de la défiscalisation, les dons à Notre-Dame de Paris sont du pain béni pour la com’ et ce à peu de frais : rapporté à un revenu de 1 200 euros net mensuel, l’effort des milliardaires, au patrimoine lui florissant, équivaut à 1,8 euros à 5,5 euros, selon les calculs. Un tel retour d’investissement culturel équivaut à transformer le plomb en or.

Le patrimoine, « machine à culture » ou à cash ?

Le Loto du Patrimoine, avec environ 53 millions récoltés à la fin février, parait bien moins flamboyant. L’idée prend sa source au Royaume-Uni (notamment la taxe sur les jeux) avec le National Lottery Heritage Fund, confié à l’opérateur Camelot Group. Malgré les fonds en baisse, on pouvait entendre, lors du lancement de ce loto en septembre dernier, s’enthousiasmer le président du CMN, l’énarque Philippe Bélaval : Avoir une démarche entrepreneuriale, comprendre que tourisme et culture peuvent participer du même combat, ne sont plus tabous. Il y a peu, le même s’était montré tout feu tout flamme devant les projets pharaoniques d’implantation de boutiques sous le parvis de Notre-Dame et d’une galerie commerciale dans le Grand Palais. Ce dernier devrait muter en véritable machine à culture traversée de propositions multiples et variées, et sera par ailleurs pensé comme un lieu de vie et de services offerts aux visiteurs. La note : près de 500 millions d’euros, si ce n’est plus, dont plus de la moitié financée par l’État… Monuments ou musées la même logique de commercialisation et de privatisation prévaut. Un patrimoine ravalé au rang de marchandise et les musées publics gérés comme des entreprises privées était déjà dénoncé en 2003 par la représentante de FO à la Réunion des musées nationaux (RMN). Pionnier à l’époque, un rapport préconisait d’adapter les missions et les modes de fonctionnement de la RMN pour qu’elle soit progressivement soumise aux règles de la concurrence pour la partie commerciale de ses activités. Que la marchandisation est belle, surtout quand c’est une belle église. Dans la start-up nation, les monuments, qu’ils appartiennent à la préhistoire ou à l’époque actuelle, se doivent de communier à l’idéologie économique dominante ces dernières années : soit évoluer en Disneyland pour récolter des fonds, soit dépérir.

Michel Pourcelot Journaliste

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