Covid-19 : le gouvernement dégaine 45 milliards

Coronavirus / Covid19 par Michel Pourcelot, journaliste L’inFO militante

Article publié dans le Dossier Coronavirus / Covid19
Bruno Le Maire, ministre de l’Économie. © Ludovic Marin/POOL/REA

Pour parer à l’effondrement de l’activité économique, le gouvernement, via le ministre de l’Économie, a annoncé, notamment, un plan d’aide de l’État de 45 milliards d’euros. Sur ce montant, deux milliards sont alloués à la santé. La Fédération FO des personnels des services publics et des personnels de santé (SPS-FO), demande, elle, les moyens nécessaires pour les personnels.

La valse des milliards ! Les vannes sont ouvertes par un gouvernement souhaitant éviter une débâcle économique à la suite de la propagation de l’épidémie de Covid-19. Le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, a annoncé, mardi 17 mars, un plan d’aide de l’État de 45 milliards d’euros pour les entreprises et les salariés. Il est essentiellement constitué, pour quelque 32 milliards d’euros, de reports (ou annulations) de versements fiscaux et de cotisations sociales dus par les entreprises. Par ailleurs, 8,5 milliards d’euros sur deux mois doivent être consacrés au financement des dispositions de chômage partiel pour les salariés contraints de cesser leur travail. Également, deux milliards d’euros devront aller à un fonds de solidarité créé pour les plus petites entreprises, les micro-entrepreneurs, pour les indépendants qui ont moins d’un million de chiffre d’affaires, et qui ont perdu, entre mars 2019 et mars 2020, 70 % de leur chiffre d’affaires. Cependant, le ministre de l’Économie a précisé que l’État ne prendra pas en charge les pertes d’exploitation et que des discussions étaient en cours avec les assureurs à propos de ces dernières.

Pour FO, les moyens d’abord

Dans ce même plan de 45 milliards d’euros, deux autres milliards seront consacrés au financement des arrêts maladie, masques et à la rémunération des personnels soignants [financement des heures supplémentaires, NDLR], a annoncé le ministre de l’Action et des Comptes publics, Gérald Darmanin, lors de la présentation du projet de loi de finances rectificative (PLFR), le 18 mars. Projet de loi adopté le 19 mars et lié bien sûr à la crise sanitaire. Pour nous, la polémique sur la question du nombre de milliards d’euros engagés n’est pas notre préoccupation, ce qui importe c’est de peser pour obtenir les moyens pour les personnels et ce afin de faire face à la crise sanitaire, a réagi Didier Birig, le secrétaire général de la Fédération FO des personnels des services publics et des personnels de santé (SPS-FO). Et après cette séquence de crise, il faudra notamment, insiste-t-il, revoir les grilles indiciaires des personnels et changer le modèle de l’hôpital. Ce que nous demandons depuis vingt ans.

Exit le mode comptable ?

Prévoyant un déficit pour l’instant de 3,9 % sur 2020, déficit qui peut-être va s’aggraver encore, le ministre a pris soin de préciser : Je ne suis pas en position de comptable, mais de financeur de l’effort de guerre, filant lui aussi la métaphore guerrière. Ces deux milliards pour la santé constituent une provision supplémentaire, ce qui participe à rehausser l’Ondam, l’Objectif national des dépenses d’Assurance maladie, lequel est contraint depuis des années et toujours en recul.

L’Ondam nuit à la santé

Le projet de loi sur le financement de la Sécurité sociale (PLFSS), présenté le 30 septembre 2019, avait imposé un Ondam à 2,3 % pour 2020 contre 2,5 % en 2019. Une baisse qui induisait 4,2 milliards d’euros d’économies, dont un milliard (1,045) devait être obtenu par une prétendue meilleure organisation des soins, notamment dans le domaine de la chirurgie ambulatoire et des achats… Or, c’est une hausse de 5 % de l’évolution des dépenses qui est nécessaire pour fonctionner et faire face aux tendances naturelles des dépenses, avait aussitôt réagi, le 1er octobre 2019, la fédération FO-SPS. Cette dernière avait alors estimé que l’Ondam présenté est en complète contradiction avec les besoins financiers indispensables à l’ensemble des secteurs le composant (soins de ville, hôpitaux, psychiatrie, personnes âgées, handicap)Pour inverser cette politique d’austérité, la fédération FO-SPS avait alors appelé à amplifier, soutenir, généraliser, les mouvements, les grèves en cours et à venir. Fin novembre 2019, le gouvernement avait concédé que l’Ondam soit relevé pour l’hôpital de 2,1 % à 2,4 %, dans le cadre du budget de la Sécu pour 2020.

Insuffisant, réagissaient les professionnels de santé, les hospitaliers notamment, inscrits, avec FO, depuis de longs mois dans un mouvement de grève visant à obtenir davantage de moyens. Le 14 janvier dernier, plus de 1 000 médecins hospitaliers, dont quelque 600 chefs de service, avaient même annoncé leur démission collective pour protester contre la cure d’austérité appliquée à l’hôpital. Introuvables jusque-là, aujourd’hui des milliards d’euros sont exhumés, les lois de la « guerre économique et financière » menée contre le Covid-19 ont tout chamboulé. Un recul de 1 % au moins, et pour l’instant, du produit intérieur brut (PIB) est attendu selon le ministre de l’Économie, lequel est même contraint d’envisager des nationalisations.

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