L’Éditorial de Jean-Claude Mailly

On ne gère pas un pays comme une entreprise

, Jean-Claude Mailly

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Le Medef, la semaine dernière, a présenté son livre de couleur jaune : 1 million d’emplois… c’est possible. C’est le catalogue revendicatif patronal tel qu’il avait été amorcé dans une interview de M. Gattaz au Figaro en juillet dernier, et dont les éléments essentiels avaient « fuité » dans Les Échos le 15 septembre.

Je passe sur le programme global d’ici à 2020, qui tend à ce que le Medef se substitue aux pouvoirs publics, son président devenant en quelque sorte Premier ministre. Or, comme nous ne cessons de le répéter, on ne gère pas un pays comme une entreprise, l’entreprise étant un élément de la société mais pas LA société. En matière sociale, le Medef, visiblement bercé par la logique anglo-saxonne version Margaret Thatcher, aligne ce qui peut apparaître aux salariés comme une succession de provocations :

- suppression de deux jours fériés et accolement de certains de ces jours à des week-ends pour éviter les ponts ;

- remise en cause de la durée légale du travail, qui serait majorée par accord majoritaire dans les entreprises ;

- embauche en dessous du Smic de chômeurs de longue durée, l’État compensant les pertes de salaires ;

- extension du travail le dimanche ;

- remise en cause des seuils sociaux ;

- recul de l’âge de la retraite. Le tout assorti de promesses d’emplois qui, comme le démontrent plusieurs économistes, relèvent de la fantaisie.

Le Medef sait bien que ses « propositions » ne sont pas négociables. Mais il veut marquer le terrain en s’adressant (comme un parti politique !) aux citoyens.

Qui plus est, en toile de fond il y a la volonté de parachever l’inversion de la hiérarchie des normes, c’est-à-dire donner la priorité à l’entreprise comme niveau de négociation au détriment de la branche et de l’interprofessionnel, là où l’on fait de l’égalité de droits et où l’on régule la concurrence.

Au passage, tout en réclamant une baisse des dépenses publiques et sociales, le Medef n’oublie pas de demander de nouvelles aides à l’État.

Par de telles prises de position, il tend les relations sociales, confond le rôle des uns et des autres en termes de démocratie et s’éloigne de la République. Cela fait beaucoup !

Aux syndicats FO de déposer leurs revendications.

Jean-claude mailly, Secrétaire général
@jcmailly sur Twitter

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18 juillet 1863

Naissance de Georges Yvetot
Naissance de Georges Yvetot, syndicaliste révolutionnaire, une des figures représentatives de la confédération générale du travail, avant la première guerre mondiale. Ouvrier typographe, il milita d’abord dans le mouvement coopératif, puis sous l’influence de Pelloutier, il devient un des animateurs les (...)

Naissance de Georges Yvetot, syndicaliste révolutionnaire, une des figures représentatives de la confédération générale du travail, avant la première guerre mondiale. Ouvrier typographe, il milita d’abord dans le mouvement coopératif, puis sous l’influence de Pelloutier, il devient un des animateurs les plus passionnés et les plus résolus du syndicalisme libertaire. Après la mort de Fernand Pelloutier, il dirigea la Fédération des Bourses, dans la conception révolutionnaire de son maître. Dans ses articles virulents de La Voix du Peuple, et dans ses brochures, intitulées : L’ABC syndicaliste et Manuel du Soldat, Yvetot préconisa la grève générale t l’action directe pour une révolution sociale qui abolit radicalement la propriété individuelle et le système capitaliste de la production. Au Congrès de Bourges de 1904, il défendit l’indépendance syndicale et combattit la collaboration avec les partis politiques. Pour sa propagande antimilitariste acharnée et irréductible, il fut souvent poursuivi par les gouvernements et emprisonné à la Santé et à Clairvaux. Pour son intransigeance doctrinale et pour sa réputation de vouloir « mordre » ses ennemis, on l’avait surnommé le « bouledogue » de la CGT. Yvetot fut un exemple de courage, de désintéressement, de modestie et de loyauté et comme disait Marcel Sembat, lors d’un procès d’Yvetot à Nantes, lorsqu’il fut condamné à quatre ans de prison pour agitation antimilitariste, « c’est un militant ardent et sincère, d’une grande droiture d’âme, au langage vif et châtié ».