Pacte productif : relancer, relocaliser, reverdir ?

Article inFO militante par Michel Pourcelot, journaliste L’inFO militante

Xavier POPY/REA

Doté de louables intentions, soit relocaliser et relancer l’industrie tout en passant ses cadrans au vert, le « pacte productif » a été confirmé par l’exécutif le 14 juin. Reste à définir les moyens pour tendre vers ces objectifs.

Devant être présenté en avril dernier, le Pacte productif (ex-Pacte productif 2025 pour le plein emploi), ne le sera réellement qu’en septembre et dans une version tenant compte de la crise sanitaire, qualifiée d’occasion historique de repenser le modèle économique français, par Bruno Le Maire, alors ministre de l’Economie, le 30 avril. En attendant, le chef de l’État l’a annoncé dans ses grandes lignes, le 14 juin. Relié au plan de relance de l’économie qui devrait être présenté à l’automne, ce pacte misera sur la recherche, la consolidation des filières, l’attractivité et les relocalisations lorsque cela se justifie...

Les relocalisations ne concerneraient a priori que quelques filières stratégiques, dont la santé, l’automobile, l’aéronautique et les entreprises technologiques. De plus, relocaliser ne veut pas dire forcément en France. Cela peut être aussi en Europe comme l’avait expliqué la secrétaire d’État auprès du ministre de l’économie et des finances, Agnès Pannier-Runacher, le 24 mai dernier, lors d’un débat au Sénat, sur le thème : La crise du Covid‑19 : relocalisation des productions stratégiques pour assurer notre souveraineté. Lesquelles, où, comment ?.

Tout comme le chef de l’État le 14 juin, la secrétaire d’État avait évoqué le besoin d’attractivité. Un besoin qui pourrait entraîner une recherche de davantage de compétitivité, un maître-mot déjà mis en exergue dans la version précédente du pacte. D’où, dans l’allocution présidentielle du 14 juin, l’évocation de la nécessité de travailler et de produire davantage, ce qui constituerait pour l’exécutif un des leviers de reconquête de la souveraineté industrielle et sanitaire. Alors que les média traduisaient les propos présidentiels par travailler plus pour produire plus, ce qui rappelait le travailler plus pour gagner plus, expression chère à un ancien président de la République, le secrétaire général de la Confédération, Yves Veyrier, interrogé sur Franceinfo, mettait en garde. Je ne sais pas ce qu’on entend par travailler plus. S’il s’agit de faire travailler plus ceux qui ont du travail aujourd’hui en rognant sur les congés, les jours de repos, ou en dérogeant au temps de travail comme on a déjà pu l’entendre, cela n’ira pas. S’il s’agit par contre de relocaliser de l’activité, de relancer l’économie pour pouvoir offrir du travail à tous ceux qui en manquent aujourd’hui, c’est mieux.

La compétitivité, oui mais...

La compétitivité est vue comme une clef du pacte productif. Pour l’obtenir, le gouvernement ‒ et ô combien aussi le patronat ‒ insistent sur la baisse des charges, en particulier des impôts de production. Or, ils bénéficient surtout aux collectivités territoriales, qui refusent une modification de la fiscalité locale. Mais le gouvernement n’en démord pas : en mai, lors de la dernière réunion du comité exécutif du Conseil national de l’industrie (CNI), engagé dans l’élaboration du pacte productif, une réforme ambitieuse de la fiscalité de production a été une nouvelle fois préconisée.

Améliorer la compétitivité, surtout face à l’étranger, on n’est pas contre, mais concernant les impôts de production, il faut que l’État compense, indiquait encore récemment le secrétaire général de FO Métaux, Frédéric Homez, qui siège au comité exécutif du CNI, dont il est membre avec la secrétaire confédérale Nathalie Homand. Il avait aussi précisé qu’il avait dû, à plusieurs reprises, rappeler que la compétitivité, ce n’est pas seulement le coût du travail, contrairement à ce que serine l’antienne patronale.

Relocalisations : le rôle des comités stratégiques de filières

Les relocalisations du pacte ne devraient concerner que des projets industriels répondant à plusieurs critères : faisabilité socio-économique, externalités environnementales et sociales, et éligibilité aux mesures de soutien nationales et européennes.
Les projets doivent être recensés par les comités stratégiques de filières (CSF) qui élaboreront un plan d’actions. Les CSF ont été créés dans le cadre du Conseil national de l’industrie (CNI), présenté comme aujourd’hui l’un des principaux outils de la reconquête industrielle en France. Chaque CSF détermine r les enjeux clés de sa filière. On compte actuellement dix-huit filières : santé, numérique, BTP, aéronautique, automobile… Les CSF doivent définir aussi les moyens de répondre à ces enjeux. Leur rôle est encore de coordonner et animer la stratégie industrielle, cela par un dialogue concret, performant et régulier entre l’État, les entreprises et les représentants des salariés, FO notamment.

Sanofi : la colère des syndicats

Secteur encore plus sensible depuis la pandémie, la santé, a été évidemment placée en tête de gondole au rayon relocalisations. Le 18 juin, Olivier Véran, alors ministre des Solidarités et de la Santé, et Agnès Pannier-Runacher, alors secrétaire d’État auprès du ministre de l’Économie et des Finances, ont présenté, un plan d’action pour la relocalisation en France de projets de recherche et de sites de production de produits de santé.

Lors de sa visite d’une usine du fleuron pharmaceutique français Sanofi, à Marcy-l’Étoile (Rhône), le 16 juin dernier, le chef de l’État a annoncé la mise en place d’un mécanisme de planification de la production française dans le domaine de la santé, ainsi qu’une enveloppe de 200 millions d’euros pour financer des infrastructures de production. Dans la foulée, le groupe a déclaré qu’il allait investir près d’un demi-milliard d’euros dans une nouvelle usine à Neuville-sur-Saône, en région lyonnaise.

Mais, dix jours après, Sanofi créait la surprise, le 26 juin, par son projet de réorganisation 2020 portant la suppression de 1.700 emplois en Europe, alors même que le chiffre d’affaires du groupe a largement profité de la crise sanitaire. En France, les suppressions seraient de l’ordre du millier, sur trois ans et exclusivement basées sur le volontariat. Elles concernent des postes en CDI pour la plupart et notamment des fonctions support, commerciales et des plateformes liées à la recherche, a précisé la direction.

De quoi provoquer la colère de nombre de syndicats : le groupe, connu pour sa générosité sans cesse croissante dans le versement de dividendes (près de quatre milliards en 2020), bénéficie depuis des années des aides de l’État, notamment à travers le crédit impôt recherche. De plus, il sort tout juste d’un plan social qui doit se terminer au 30 juin et qui a conduit à 1 200 suppressions de postes, dont 600 dans les fonctions support, s’est indigné le délégué syndical central FO de Sanofi, Pascal Lopez. Si aucune fermeture n’est prévue parmi les 18 usines françaises, des sites tertiaires sont menacés, dont le siège social parisien, le campus Val-de-Bièvre et le centre de recherche de Strasbourg.

Des délocalisations qui coûtent cher

La fermeture de sites tertiaires et non de production peut-elle étonner ? Pas vraiment. Ces dernières années, un mouvement de relocalisation des productions a été engagé par des entreprises. Mais pas forcément dans un esprit philanthropique. En effet, les coûts de production industrielle à l’étranger ont augmenté, notamment en Chine. D’autre part, qualité et productivité sont loin d’être toujours au-rendez-vous.

En ce qui concerne le secteur tertiaire, où les délocalisations se poursuivent. En 2013, déjà, la Direction générale des entreprises (DGE) avait identifié quatre raisons qui devaient motiver la relocalisation : l’automatisation de la production, les problèmes liés à la demande, la hausse des coûts de transport et la hausse des coûts salariaux dans les pays émergents à croissance rapide. Pour elle, l’hypermondialisation arrivait à son terme en remettant en cause de manière paradoxale les facteurs mêmes qui l’ont stimulée : la baisse des coûts de transport et les différences internationales de coûts salariaux.

Airbus : pour FO, un plan totalement inacceptable

Filière stratégique, l’aéronautique a particulièrement souffert de la crise sanitaire. Nous décrétons l’état d’urgence pour sauver notre industrie aéronautique pour lui permettre d’être plus compétitive, déclarait, le 7 juin dernier, Bruno Le Maire, alors ministre de l’Économie, en dévoilant un plan de soutien à cette filière, soit un effort total de 15 milliards d’euros de la nation dont 7 déjà accordés à Air France et 1,5 milliard consacré à la recherche vers un avion décarboné en 2035, un avion vert.

Moins d’un mois après, le 30 juin, Airbus, fleuron aéronautique hexagonal a annoncé, en réponse à la crise du COVID-19, un plan social historique : 15 000 suppressions de postes d’ici l’été 2021, dont un tiers en France. Actionnaire de l’avionneur, l’État a demandé à Airbus, bénéficiant d’aides publiques, de faire en sorte qu’il y ait le moins de départs contraints, le moins de licenciements secs possible.

La crise est conjoncturelle, mais le plan est structurel, souligne, indigné, Jean-François Knepper, délégué syndical central de FO, premier syndicat chez Airbus, s’élevant contre ce plan excessif et disproportionné. Pour FO Métaux, qui n’accepte pas des suppressions de postes guidées par la seule logique financière le plan est totalement inacceptable. La fédération indique que ce nombre de suppressions de postes ne protège que les intérêts financiers à court terme d’Airbus. Ce chiffre doit être revu à la baisse, c’est un enjeu pour l’avenir d’Airbus comme pour l’ensemble de nos bassins d’emplois et de la filière.

La fédération a souligné que Airbus commercial dispose encore à ce jour d’un carnet de commande de presque 10 ans, ce qui démontre que cette crise est bien conjoncturelle. Pour FO Métaux, il faut coûte que coûte maintenir les emplois et les compétences pour la reprise qui se rapproche un peu plus chaque jour. Et l’on sait le lien entre compétitivité et compétence.

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