Par sa méthode, la grève chez RAGT conduit à une victoire salariale éclatante

InFO militante par Fanny Darcillon, L’Info Militante

Pour la première fois depuis 19 ans, une centaine de salariés du groupe semencier RAGT se sont mis en grève. En bloquant un seul site, mais le plus rentable pour l’entreprise, ils ont obtenu une hausse de salaire conséquente pour tous les travailleurs.

Parfois, la clé d’une grève réussie, c’est l’organisation. En prévision de la grève du 8 septembre, rien n’avait été laissé au hasard chez RAGT, où FO est le seul syndicat représentatif des 1 400 salariés du groupe de commerce de semences. « Sur l’ensemble du groupe, le pourcentage de grévistes était ridicule, à peine 7%, admet volontiers Gilles Sérieys, délégué FO. Mais on a bloqué un site important de production de semences, Les Molinières, celui qui rapporte le plus d’argent au groupe. Et là-bas, on était à 90% de grévistes, même 100% à la production. Le militant se réjouit de la manœuvre : A 100 personnes, on a gagné pour 1 400. Quand on négocie, c’est pour tout le groupe.

De même que le lieu, le moment a été minutieusement choisi : une période de pleine production, où les salariés font les 3x8 et travaillent les samedis. En lançant la grève un jeudi et en poursuivant le vendredi, les travailleurs ont mis la pression sur leur direction : si la situation ne se débloquait pas avant le week-end, d’ici au lundi, les semences stockées auraient moisi. Une grosse perte économique pour le groupe, résume Gilles Sérieys. Et il ne pouvait pas se le permettre.

83 euros brut par mois en plus pour les plus petits salaires

En deux jours, la grève a permis de négocier une importante augmentation : 5% pour les salaires en-dessous de 30 000 euros brut annuels, 4% pour ceux entre 30 000 et 40 000 euros, et 3% pour les plus hauts salaires au-dessus de cette tranche. Le plus bas salaire touchera ainsi 83 euros brut de plus par mois. Si le taux d’inflation en glissement annuel, reste supérieur à 5%, il est prévu aussi que les salariés reçoivent un complément d’augmentation à compter du 1er janvier 2023.

En amont de la grève, la direction était pourtant prévenue. Après avoir fait le tour des sites du groupe au printemps, le délégué FO a laissé entendre dès le début de l’été qu’une grève pourrait survenir à la rentrée si la hiérarchie n’acceptait pas d’entamer de nouvelles discussions sur les salaires sans attendre les prochaines négociations annuelles obligatoires (NAO), étant donné la progression de l’inflation. Depuis juin, Gilles Sérieys a distribué des exemplaires d’un guide des droits des salariés spécifique au secteur d’activité de l’entreprise. Une entreprise dans laquelle la dernière grève remontait à 2003, s’était déroulée sur le même site et avait porté ses fruits au bout d’une seule journée.

Pour le militant, que l’entreprise accorde une hausse de salaire relève de la cohérence : Les chiffres sont excellents depuis quelques années. Au 30 juin 2022, le résultat courant du groupe avant impôt s’établissait entre 29 et 30 millions d’euros. La direction se vante d’avoir des ratios d’endettement extrêmement bas, et ils ont répercuté la hausse des coûts sur les prix de vente. Donc c’est mécanique : si on n’augmente pas les salaires, on augmente les bénéfices.

Un rapport de force rétabli

Avant la grève, la direction a malgré tout choisi de faire la sourde oreille concernant la hausse demandée. Pour nous couper l’herbe sous le pied, elle a annoncé fin juillet en CSE qu’elle allait nous donner une prime de partage de la valeur, raconte Gilles Sérieys. On ne s’est pas laissé démonter : on n’a pas contesté la prime, mais on avait besoin de salaire pour contrer l’inflation. Lorsque le délégué FO a alerté la presse, le bras de fer s’est durci : Ça, le groupe RAGT n’aime pas : tout doit rester en famille.

Peu coutumière du rapport de force, la hiérarchie n’a pas pris l’alerte au sérieux : Ils pensaient que ce serait un coup d’épée dans l’eau, qu’on n’était pas assez fort pour mener une grève comme ça, estime Gilles Sérieys. Ils se sont trompés. Une direction sourde aux revendications et qui prend les gens de haut, ça passait peut-être à une époque, mais ça ne passe plus. Car le climat social s’est détérioré ces derniers temps, avec une moindre reconnaissance du travail et un turn-over grandissant. C’était un dialogue social sur le mode du chat et de la souris, illustre le délégué FO. Ça faisait un petit moment qu’on se cherchait. Je pense qu’ils ont voulu nous jauger, voir jusqu’où on pouvait aller. On a donc rétabli le rapport de force : ils savent qu’on pourra le refaire !

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