Éditoriaux du Secrétaire général de FO

Pascal Pavageau : « Il n’est de pauvreté que de mépriser »

, Pascal Pavageau

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Photographie : F. Blanc (CC BY-NC 2.0)

Oui, il y a de quoi s’offusquer du pognon de dingue mis dans ces mesures qui n’ont pas fait la preuve de leur efficacité. À elles seules, les niches et aides fiscales et sociales au bénéfice des entreprises, dont le CICE et le pacte dit de responsabilité, représentent un manque à gagner de 150 milliards d’euros : un cadeau annuel sans contrôle ni contrepartie !

En s’attaquant aux minima sociaux, le président de la République se trompe de cible : avec 25 milliards d’euros, soit à peine plus de 1 % de la richesse produite dans notre pays, ils sont un puissant levier de lutte contre la pauvreté et les inégalités. Sans cette redistribution, la France compterait 5 millions de personnes pauvres supplémentaires, passant de 14 % à 22 % de la population.

Force Ouvrière juge inacceptable cette nouvelle offensive car elle contribue à instiller l’idée selon laquelle les aides seraient trop nombreuses, trop coûteuses et finalement peu efficaces. C’est oublier qu’elles permettent tout simplement de vivre lorsqu’elles représentent jusqu’à la moitié du revenu des ménages les plus modestes. C’est stigmatiser notre politique de redistribution et ceux qui en bénéficient, en oubliant combien le taux de non-recours est important.

L’émancipation par le travail nous est vantée comme solution à la pauvreté, renvoyant à chacun la responsabilité de sa propre « employabilité ». C’est ignorer que la France compte pas moins de 2 millions de travailleurs pauvres et que deux tiers des adultes en situation de pauvreté ont un emploi ou en recherchent activement.

On peut voir derrière ces propos au mieux une méconnaissance de la réalité, au pire un mépris certain pour ceux qui, paraît-il, ne sont rien. Pourquoi serait-ce une économie nécessaire que d’enlever aux personnes déjà pauvres et un investissement que de donner aux déjà riches ? La question est bien moins celle de l’efficacité de la dépense publique que celle de la réduction des budgets sociaux, par un discours de responsabilisation pour plus d’individualisation. Avec cette logique, on passe de la théorie absurde du ruissellement à une mise en œuvre d’évaporation !

Prendre les inégalités à la racine, ce n’est pas prôner une méritocratie illusoire en faisant croire qu’il suffit de s’en donner les moyens pour s’en sortir seul, c’est reconnaître la responsabilité de la puissance publique dans son rôle de redistribution des richesses. La lutte contre la pauvreté ne doit pas relever de la charité mais de la solidarité nationale et républicaine, pour détruire les trappes à pauvreté, assurer une réelle justice sociale et l’émancipation de tous. La pauvreté des biens est facile à guérir ; la pauvreté de conscience n’a aucun remède.

A propos de cet article

Sur l’auteur

Pascal Pavageau

SECRETARIAT GENERAL


Marche générale de la Confédération Générale du Travail Force Ouvrière
Organisation dont les Outre-mer
Représentation de la Confédération et expression publique
Relations internationales
Responsable du dialogue social, des relations avec le personnel de la Confédération et des Ressources Humaines
Union Confédérale des Retraités (UCR)


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Éphéméride

18 juillet 1863

Naissance de Georges Yvetot
Naissance de Georges Yvetot, syndicaliste révolutionnaire, une des figures représentatives de la confédération générale du travail, avant la première guerre mondiale. Ouvrier typographe, il milita d’abord dans le mouvement coopératif, puis sous l’influence de Pelloutier, il devient un des animateurs les (...)

Naissance de Georges Yvetot, syndicaliste révolutionnaire, une des figures représentatives de la confédération générale du travail, avant la première guerre mondiale. Ouvrier typographe, il milita d’abord dans le mouvement coopératif, puis sous l’influence de Pelloutier, il devient un des animateurs les plus passionnés et les plus résolus du syndicalisme libertaire. Après la mort de Fernand Pelloutier, il dirigea la Fédération des Bourses, dans la conception révolutionnaire de son maître. Dans ses articles virulents de La Voix du Peuple, et dans ses brochures, intitulées : L’ABC syndicaliste et Manuel du Soldat, Yvetot préconisa la grève générale t l’action directe pour une révolution sociale qui abolit radicalement la propriété individuelle et le système capitaliste de la production. Au Congrès de Bourges de 1904, il défendit l’indépendance syndicale et combattit la collaboration avec les partis politiques. Pour sa propagande antimilitariste acharnée et irréductible, il fut souvent poursuivi par les gouvernements et emprisonné à la Santé et à Clairvaux. Pour son intransigeance doctrinale et pour sa réputation de vouloir « mordre » ses ennemis, on l’avait surnommé le « bouledogue » de la CGT. Yvetot fut un exemple de courage, de désintéressement, de modestie et de loyauté et comme disait Marcel Sembat, lors d’un procès d’Yvetot à Nantes, lorsqu’il fut condamné à quatre ans de prison pour agitation antimilitariste, « c’est un militant ardent et sincère, d’une grande droiture d’âme, au langage vif et châtié ».