Pendant que l’on fait salon à l’agriculture...

Revue de presse par Michel Pourcelot

Le salon de l’agriculture de Paris en 2011. Photo de Thesupermat (Own work) [CC BY-SA 3.0]

Le Salon de l’Agriculture tenant son édition 2017 à Paris du 25 février au 5 mars 2017, la presse n’a pas manqué d’en faire une nouvelle fois tout un foin. Pas seulement à cause du passage plus ou moins obligé d’hommes politiques, mais parce que les petites entreprises agricoles n’en finissent pas de connaître la crise.

Le Progrès
Beaucoup de paysans galèrent et ont perdu le sens, l’envie du métier, à cause d’un manque de reconnaissance, d’un manque de revenu. Pour Laurent Pinatel, paysan dans la Loire et porte-parole de la Confédération Paysanne, la situation du monde agricole est critique. En France, il y a deux pôles : l’agriculture de qualité, avec les AOC, les circuits cours, le bio, qui résiste à la crise, et l’agriculture de masse, qui est sur un secteur très concurrentiel, comme le lait, qui prend de plein fouet l’absence de politique européenne. Le salon de l’Agriculture 2017 ? C’est le salon d’une agriculture qui est toujours en crise. Crise laitière, crise bovine… Les aides qui n’arrivent pas, la grippe aviaire qui fait des ravages. Et puis il y a eu la semaine dernière, le vote Ceta… Le Canada va pouvoir nous envoyer, sans droit de douane, beaucoup de viande bovine. Et là, ce sera une catastrophe. Et nous, en contrepartie, on va leur envoyer du lait.... Beaucoup boiront la tasse, sans le petit lait.

Les Échos
Les campagnes ne sont plus pavoisées. Le découragement pointe même chez les agriculteurs exposants du salon, qui sont pourtant parmi les plus compétitifs et les mieux organisés du pays. Ce gouvernement a mené une PAC [politique agricole commune, Ndlr] pas à la hauteur. Ils ne se rendent pas compte du malaise. Tant qu’on ne gagne rien avec ce qu’on produit, on ne pourra pas avancer, lance Pierre Besancenot, 58 ans, exploitant de Montbéliardes en Haute-Saône.

Le Parisien
Les drames, eux, croissent et se multiplient : Céline, une femme de 47 ans, mère de deux enfants, qui produisait du lait avec son mari et un associé dans un GAEC [Groupement agricole d’exploitation en commun Ndlr], à Plumieux (Côtes-d’Armor), a été retrouvée par ce dernier pendue à une poutre jeudi (23 février) à 07h00, a indiqué la gendarmerie des Côtes-d’Armor. En difficultés financières, elle a laissé un message disant qu’elle était désolée mais qu’elle ne supportait plus la situation, a précisé l’officier de permanence. Selon son mari, elle était fatiguée de devoir travailler beaucoup et de ne réussir simplement qu’à payer les factures, a-t-il ajouté. Selon son voisin, Sébastien, le choix de se suicider dans la salle de traite n’est pas un hasard. Pendant ce temps la pression pour de plus bas prix se poursuit, écrasant tout. Selon des chiffres de l’Insee publiés en décembre, le revenu moyen d’un chef d’exploitation agricole a diminué de 26,1% en 2016 par rapport à 2015. Les filières les plus touchées sont la production de céréales et celle de lait, qui a subi de plein fouet la concurrence européenne après l’abandon des quotas laitiers européens en 2015.

La Tribune
La concurrence passe et l’herbe n’est plus aussi verte : Le revenu des agriculteurs n’a jamais été aussi faible, plus d’un tiers des agriculteurs a touché moins de 350 euros par mois en 2015. Et les problèmes de l’agriculture ne sont pas qu’économiques : la pression sociale, familiale, le retranchement, aggravent leur statut. La France est le plus gros producteur agricole d’Europe, le changement est à concevoir avec nos agriculteurs, avec des alternatives : quel modèle d’agriculture souhaitons-nous ? La paille ou la poutre ?

Le Monde
Ou bien l’avenir est-il dans « l’agriculture 3.0 » ? Soit veaux, vaches, cochons… drones et capteurs hydrométriques. Le Salon de l’agriculture 2017, comme son prédécesseur, fait la part belle aux nouvelles technologies et aux entreprises ayant l’ambition de révolutionner l’agriculture grâce au numérique. En deux mots, le « smart farming », qui ne va pas sans rencontrer quelques réticences face à des agriculteurs pas toujours emballés par cette évolution. Quid de leur pouvoir de décision grignoté par des machines, ou par l’interprétation des données qu’elles fournissent ? De leur connaissance du vivant remise en cause par des algorithmes ? Du partage et de la valorisation des informations récoltées sur leur exploitation ? De leur formation et maîtrise de ces nouveaux outils ?. Pendant que l’on fait salon, qui maitrise qui et avec quoi ?

Michel Pourcelot Journaliste

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