Pétrole : les grandes « majors » s’enfoncent dans la crise

Article inFO militante par Elie Hiesse, journaliste L’inFO militante

Laurent GRANDGUILLOT/REA

Après l’américain Chevron, le groupe britannique BP a annoncé 10.000 suppressions d’emplois dans le monde et Hutchinson, filiale de Total, 3.000 réductions de postes dont mille en France. Sans compter les intérimaires.

Conséquence de la chute brutale de consommation pendant la crise sanitaire, puis de la guerre des prix lancée par les grands pays producteurs d’or noir, le secteur pétrolier s’enfonce dans la crise. Après l’Américain Chevron, qui avait prévu dès le mois d’avril le départ de 6.000 salariés, le groupe britannique BP a annoncé, début juin, qu’il allait supprimer 10.000 emplois dans le monde, soit environ 15% de ses effectifs.

La France ne sera pas touchée par ce plan drastique de réduction d’emploi. BP s’est retiré de la France en 1997. Actuellement, il y emploie 367 salariés, rappelle Jean-François Vapillon, secrétaire fédéral FO chargé de la branche pétrole qui représente 35.000 salariés dans l’Hexagone.

Actuellement, tous les regards y sont tournés vers Total (33.000 salariés). Si le groupe n’a pas annoncé de licenciements, par contre sa filiale spécialisée dans la transformation du caoutchouc Hutchinson a confirmé, le 5 juin, qu’elle prévoyait un plan de départs volontaires d’environ un millier de salariés sur un total de 8.500 personnes en France. Soit déjà l’équivalent de 8% des effectifs. Et ce, sans compter le personnel intérimaire. Au total, les suppressions de postes pourraient concerner 3.000 salariés (sur l’effectif mondial d’environ 47.000 personnes) et également 6.000 intérimaires.

Réunion de tous les délégués FO d’Hutchinson

La filiale du groupe Total, qui compte parmi ses principaux clients l’industrie automobile et l’aéronautique (deux secteurs durement affectés par la crise sanitaire), motive sa décision par l’effondrement des résultats. Sa direction a annoncé que les résultats du mois de mars étaient inférieurs de 60% à ceux de 2019. Et ceux du mois de mai seraient plus mauvais encore. Pour l’heure, l’industriel n’a pas précisé quels sites pourraient être concernés par les suppressions de postes. Il en compte 25 dans l’Hexagone.

Hutchinson France veut ouvrir des négociations rapidement, pour que le plan puisse être lancé dès septembre et se terminer en janvier 2021. La direction a déjà identifié quelque 800 salariés susceptibles d’être intéressés par un départ en retraite anticipée, qu’elle envisage dans le cadre d’une rupture conventionnelle collective (RCC).

Face à l’urgence de la situation, l’ensemble des délégués syndicaux FO des différents sites d’Hutchinson France doivent se retrouver mardi 23 juin à la fédération de la Chimie. Nous n’avons qu’un objectif : sauver le maximum d’emplois, appuie Jean-François Vapillon. FO bénéficie d’une représentativité de 35% chez ce spécialiste des élastomères.

Malgré la crise, le maintien des dividendes aux actionnaires

Pour le secrétaire fédéral, le plan de suppressions d’emploi annoncé chez Hutchinson interroge le rôle de Total, un actionnaire qui bénéficie d’une forte stabilité financière.

Même s’il n’est pas épargné par cette crise née de circonstances exceptionnelles. Le géant français a annoncé, au premier trimestre 2020, un bénéfice net effondré de presque 100%, à 34 millions d’euros contre 3,1 milliards de dollars (2,76 milliards d’euros) au premier trimestre 2019. Reste que, sur la totalité de l’année 2019, il avait enregistré un bénéfice net de 11,27 milliards de dollars (10,036 milliards d’euros).

Malgré la crise, le groupe pétro-gazier a maintenu les dividendes à ses actionnaires, compte tenu de la solidité des fondamentaux de Total, expliquait alors sa direction. En conséquence, pendant la crise, elle a fait le choix de ne pas recourir au dispositif de chômage partiel. Total va reverser près de 7 milliards d’euros de dividendes en 2020 à ses actionnaires. En dépit de la crise, il leur garantit une rentabilité de 6% cette année et annonce même une rentabilité de 6,5% en 2021, précise le secrétaire fédéral Jean-François Vapillon.

Autant dire que cette stratégie passe mal auprès des salariés auxquels la direction a annoncé, quelques jours après le début du confinement national, une cure d’austérité. En mai, elle a déjà été renforcée. Au total, entre la réduction des investissements et le programme de baisse des coûts en interne, le major français compte économiser plus de 7,5 milliards d’euros...

Le choix de Total de geler les 400 millions d’investissements prévus fragilise la confiance des salariés dans la pérennité des sites. La grogne monte parmi le personnel, qui n’adhère pas à cette préférence affichée pour les actionnaires, met en garde Jean-François Vapillon.

L’annonce d’un gel des recrutements en 2020 est l’autre mauvaise nouvelle. Elle est tout sauf anodine, le groupe Total représentant près de 80% des emplois de la branche française du pétrole.

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