Pharmacie mutualiste de Cholet : FO appelle au rassemblement le 2 juin contre la fermeture

Emploi et Salaires par Elie Hiesse, journaliste L’inFO militante

Opposée à la logique financière qui motive la décision de fermer l’une des plus anciennes pharmacies mutualistes de France, FO appelle à la grève et au rassemblement ce mardi 2 juin. L’arrêt de l’activité est reprogrammé au 30 septembre.

Evidemment, le rassemblement sera organisé « dans le strict respect des gestes barrières ». Pour protester contre la fermeture de la pharmacie mutualiste de Cholet (Maine-et-Loire), que le groupe Vyv 3 a reprogrammée d’ici trois mois, ses salariés interrompront leur activité ce mardi 2 juin à 14 heures et se regrouperont à l’extérieur. L’appel est lancé par FO, ultra-majoritaire.

Le syndicat appelle l’ensemble du personnel à se mobiliser pour le maintien des emplois. A cet effet, il a déposé un préavis de grève valable pour l’ensemble de la filiale à laquelle appartient la pharmacie, à savoir l’Union de services des biens médicaux des Pays de la Loire (USBMPLD).

De nombreux clients aussi ont averti qu’ils seront présents. Personne ne peut nier l’utilité sociale de la pharmacie ni le professionnalisme de ses salariés qui ont continué à travailler pendant la crise sanitaire pour maintenir un service de qualité, que ce soit au comptoir ou en livraison à domicile, martèle Vincent Lanche, délégué FO chez Vyv 3 Pays de la Loire.

Plus de 670 signatures sur la pétition de soutien

S’il ne fallait qu’une preuve de l’émoi suscité par la fermeture dans la population, le succès de la pétition lancée par FO suffit. En sus des 400 signatures recueillies sur le papier avant le week-end, la pétition en ligne comptabilisait lundi 1er juin (à 17h) 278 signatures appelant le groupe à revenir sur sa décision.

On le comprend, tant la pharmacie mutualiste de Cholet, à l’angle des rues Saint-Pierre et Salbérie, est une institution. Créée en 1903, elle a été l’interlocutrice de générations de Choletais. Si elle compte parmi les plus anciennes officines mutualistes de France, elle reste aussi la dernière du groupe ouverte en Pays de la Loire.

Le fait qu’elle appartienne à Vyv, premier groupe mutualiste français, formé en 2017 autour d’Harmonie Mutuelle et de la MGEN, ajoute au malaise. Pour être précis, ce géant de l’assurance-santé détient la pharmacie, via sa branche dédiée à l’offre de soins et de services (Vyv 3).

Une fermeture reprogrammée pendant le confinement

En interne, la volonté de Vyv 3 de définir un calendrier de fermeture dès le mois d’avril, autrement dit en plein confinement national et alors que les salariés étaient en première ligne pour maintenir le service aux adhérents, a été mal vécue. Dans une lettre ouverte à la direction, 18 des 21 salariés font part de leur indignation. Nous sommes venus travailler tous les jours avec la peur au ventre, sans aucune considération de la hiérarchie, mais avec toujours à l’esprit notre licenciement programmé, expliquent-ils dans ce document que les délégués FO ont lu, le 25 mai, en Comité social et économique.

L’équipe de la pharmacie vit avec ce couperet depuis le 13 décembre dernier, date à laquelle la décision a été annoncée. A la demande de FO, les négociations portant sur le Plan de sauvegarde de l’emploi (PSE) avaient été suspendues au début de la crise sanitaire.

Une absence de considération proche du « mépris »

Pour le syndicat, la pandémie a révélé un manque de considération proche du mépris pour les salariés de l’officine. Pendant la crise, la pharmacie de Cholet est le seul établissement du pôle « Produits et services » (magasins d’optique, centres d’audioprothèse, cabinets dentaires, ndlr), qui est resté ouvert en Pays de la Loire. Or, à aucun moment, l’investissement des salariés n’a été reconnu par la direction, dénonce Vincent Lanche.

Lorsque celle-ci a salué la détermination des personnels devant le défi du Covid-19, dans un message à l’ensemble du groupe, jamais elle n’a mentionné l’équipe de la pharmacie. Seuls les salariés des Ehpad, des centres médicaux, des SSIAD (services de soins infirmiers à domicile) ou des services ambulanciers ont été mis en avant.

Pis, pendant la pandémie, les salariés de la pharmacie ont été contraints de s’organiser seuls. Les procédures pour sécuriser les lieux, et leur permettre de se protéger des risques de contamination, leur ont été envoyées… le 28 avril, soit 42 jours après le début du confinement national.

Nous n’avions ni masques, ni gants, ni plexiglas, ni sens de la circulation pour la patientèle, soulignent les salariés dans leur lettre ouverte. Photo à l’appui, ils y rappellent un détail choquant : le seul matériel à leur disposition, depuis le 17 mars, pour indiquer le sens de la circulation sur le sol est un adhésif portant l’inscription en rouge à détruire ! En deux mois, la direction n’a trouvé ni le temps ni les moyens pour en changer, souligne Vincent Lanche.

FO dénonce une stricte logique financière

En clair, tout se passe comme si Vyv 3 avait déjà tiré un trait sur la pharmacie choletaise. Il y a un changement stratégique depuis la création du groupe. Avant, il était toléré qu’un établissement soit déficitaire s’il répondait à un besoin social de la population. Aujourd’hui, tous doivent être bénéficiaires, a minimum à l’équilibre, s’indigne le militant qui déplore cette absence nouvelle de solidarité intragroupe. La pharmacie de Cholet, rappelle-t-il, a contribué à monter les réseaux d’opticiens, d’audioprothésistes et de chirurgiens-dentistes qui font aujourd’hui Vyv !

Autre déconvenue pour les salariés de la pharmacie : les moyens alloués au PSE, actuellement négocié, sont bien inférieurs à ce qui a pu être précédemment obtenu. Ils sont calibrés par la filiale USBMPLD et ne correspondent donc pas aux moyens mobilisables par le groupe Vyv. Cela donne peu d’espoir aux salariés, dont la moyenne d’âge est de 52 ans, de partir dans des conditions acceptables, explique Vincent Lanche.

En 2018, le groupe Vyv a réalisé un chiffre d’affaires de 10 milliards d’euros (dont 1,7 milliard dans les activités de soins et services) et un résultat net d’environ 70 millions d’euros. Tout l’enjeu du rassemblement de ce mardi 2 juin est de faire basculer la balance en faveur des salariés de la pharmacie mutualiste de Cholet, qui doit fermer ses portes le 30 septembre.