Pimkie : une reprise sur fond de prochain plan social

InFO militante par Chloé Bouvier, L’Info Militante

©Romain BEURRIER/REA

La marque d’habillement féminin nordiste sort du giron des Mulliez, reprise par un consortium de trois investisseurs. Le 3 novembre, lors d’une réunion du CSE, les repreneurs sont restés flous sur le devenir de la marque. Il y aura un plan social en 2023 mais ils n’ont pas répondu à nos questions concernant les magasins et le nombre d’emplois concernés , souligne Maley Upravan, déléguée FO.

Pour les salariés de Pimkie, l’avenir des emplois au sein de l’enseigne se conjugue de plus en plus sur le mode de l’inquiétude. Le 26 octobre, la marque d’habillement féminin, mise en vente par l’association familiale Mulliez en mai dernier, a été reprise par un consortium. Trois acteurs sont associés : la marque de jean Lee Cooper (70% du capital), le fabricant de chaussettes Kindy (15%) et le groupe turc Ibislet Tekstil (15%) qui fournissait déjà la marque nordiste. La cession sera effective en janvier prochain, précise Maley Upravan, déléguée FO chez Pimkie. D’ici là, les négociations se poursuivent. Une prochaine réunion de CSE est prévue le 15 novembre.

Une semaine après l’annonce de cette reprise, les syndicats ont vu leurs espoirs douchés au terme du premier comité social et économique (CSE) organisé le 3 novembre. Nous nous sommes retrouvés face à deux des représentants du consortium qui semblaient ne pas connaître la marque. Ils n’ont pas du tout répondu à nos questions. L’absence de réponse porte notamment sur le plan social qui semble hélas se profiler au sein de cette enseigne qui compte 1300 salariés. Il y aura un plan social au premier trimestre 2023, précise Maley Upravan. Mais nous ignorons combien des 311 magasins seront concernés. L’expert avait évoqué le chiffre de 70, mais je crains que cela soit revu à la hausse par les nouveaux actionnaires.

Nous ne sommes pas à l’abri d’un scénario à la Camaïeu

Une seule donnée a été mise sur la table lors du CSE : les actionnaires s’engagent à investir 25 millions d’euros pour éponger une dette… de plus de 200 millions. C’est à peine 10% des dettes de la société, rappelle la déléguée syndicale. On se demande s’ils réalisent bien l’échelle de grandeur de l’enseigne. Par ailleurs, aucun business plan n’a été présenté, pour les trois prochaines années. Donc, on s’interroge : comment comptent-ils réussir là où les autres ont échoué.

Alors que l’association familiale Mulliez s’est engagée à accompagner financièrement cette cession, l’ombre de Camaïeu, ancienne enseigne du groupe dont la liquidation a été prononcée fin septembre, plane sur les salariés de Pimkie. Les Mulliez s’achètent une bonne conscience en disant qu’ils ont trouvé un repreneur, mais ils veulent surtout éviter la mauvaise publicité d’un troisième plan social chez Pimkie. Nous ne sommes pas à l’abri d’un scénario à la Camaïeu , déplore Maley Upravan. Comme plusieurs enseignes du secteur de l’habillement, Pimkie connaît des difficultés depuis 2018. En 2021, les filiales belges et suisses sont déclarées en faillite. En janvier 2022, Philippe Favre, spécialiste de la gestion d’entreprises en difficulté, avait été nommé directeur général, quelques mois avant la mise en vente de la marque.

Vers un 3e PSE

Elle et les autres salariés ont en mémoire le plan de sauvegarde de 2018 qui avait débouché sur la fermeture de 37 magasins et la suppression de 208 emplois. Un autre PSE avait suivi en 2021. Nous avions obtenu le double des indemnités prévues par le minimum légal, ainsi qu’un congé de reclassement de 12 mois. Sur la question des indemnisations de licenciement, dans le cadre d’un PSE à venir, nous espérons avoir autant qu’en 2021 , indique la déléguée syndicale. Une attention particulière sera portée sur les salariés qui ont plus de 20 ou 30 ans d’ancienneté au sein de Pimkie. Il faudra leur permettre l’accès à la formation. À leur âge, pouvoir se repositionner sur le marché du travail est particulièrement difficile. ?

Le syndicat a le plein soutien de la section fédérale commerce et VRP de la FEC-FO. Il faut que les camarades restent attentifs quant aux prochains CSE, et bataillent pour préserver un maximum d’emploi, souligne David Malzieu, secrétaire adjoint de la section. Mais, pour l’instant, sans connaître les réelles intentions des repreneurs, il est difficile de mettre en place une stratégie.

Démissions et turn-over dans un contexte angoissant

Chez les salariés, il y a beaucoup d’angoisse, témoigne Malay Upravan. Un premier droit d’alerte lancé en janvier 2021 montrait qu’ils craignaient pour leur emploi. Depuis quelque temps, je constate que beaucoup sont dépités et parlent de partir d’eux-mêmes, lassés de l’incertitude et des conditions de travail qui se sont dégradées .

Conséquence, le nombre d’arrêt maladie et de départ est en hausse. On compte 55 démissions rien qu’au sein du siège, à Lille, depuis mars, illustre la déléguée syndicale. Le turn-over est si fort que l’on voit parfois des employées affichant seulement six mois d’ancienneté se retrouver à la tête de magasins . Et dans les boutiques, les salariées, et notamment celles sous contrats précaires, s’inquiètent et craignent de perdre leur travail.

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