Pôle emploi : la grève, pour les salaires et les conditions de travail, massivement suivie

InFO militante par Fanny Darcillon, L’Info Militante

Malgré l’année difficile que les agents de Pôle emploi ont dû affronter, assurant notamment la mise en œuvre de plusieurs plans, et sans même parler de la réforme de l’Assurance chômage, la direction ne leur a proposé qu’une faible augmentation générale des salaires, lesquels sont en stagnation depuis des années. Au menu de la grève, le 1er février, les agents ont inscrit notamment la revendication salariale et celle sur les conditions de travail, hélas toujours plus d’actualité.

En cette période d’inflation due notamment à la forte hausse des prix de l’énergie, les revendications salariales se multiplient. A Pôle emploi par exemple. Mardi 1er février, près d’un quart des personnels était en grève, ou en débrayage, pour protester contre la faible évolution des salaires et contre des conditions de travail de moins en moins tenables. Hors les grèves interprofessionnelles et quelques mouvements locaux, les agents ne s’étaient pas engagés dans un mouvement national pour leurs droits.

Dès décembre, nous avons émis une déclaration commune sur la perte de sens au travail, la manie du chiffre et des indicateurs, les plans d’action qui se chevauchent et dont on ne voit pas le bout, expose Philippe Rocheteau, délégué syndical central suppléant pour FO, qui représente les agents de droit privé. On a alerté la direction en temps et en heure, avant de passer à un mouvement plus dur, faute d’avoir été entendus.

Lors de la dernière négociation annuelle obligatoire (NAO), une augmentation générale des salaires de 1%, seulement, a été proposée par la direction de Pôle emploi, ainsi qu’une prime d’intéressement à percevoir en mai. Notre dernière augmentation générale remonte à 2017 : 0,5%. fulmine Philippe Rocheteau.

Le mille-feuille des réformes successives

Ce 1% d’augmentation est loin d’être suffisant, d’autant au regard de la hausse du coût de la vie et, surtout, des efforts consentis par les conseillers depuis deux ans. Réforme de l’Assurance chômage, convocation de tous les demandeurs d’emploi de longue durée en l’espace de trois semaines en décembre, et bientôt mise en place du Contrat d’engagement jeunes : l’intersyndicale, à laquelle participe FO, dénonce un empilement des plans et des réformes. Avec tous ces plans d’action qu’on nous soumet comme un millefeuille, à force d’avoir autant de choses à mener de front en même temps et sans reconnaissance autre que des félicitations de la direction, notre travail perd de son sens, estime Sabrina Pautte, secrétaire générale du syndicat national FO-PPPE (personnels publics de Pôle emploi), qui représente les 10% d’agents ayant choisi de rester sous statut de fonctionnaires après la fusion, en 2008, de l’Agence nationale pour l’emploi (ANPE) et de l’Assédic (Association pour l’emploi dans l’industrie et le commerce).

Une « prime Covid » a bien été accordée en 2021, mais à « un salarié sur cinq seulement », indique Philippe Rocheteau, qui pointe une prime de la discorde. Celle-ci était à la main de l’encadrement, selon l’implication et le présentéisme, avec toutes les marges d’arbitraire que cela implique. Et d’autant plus que les absents n’avaient pas vraiment choisi de l’être, entre employés à risque, ceux contaminés par le Covid ou encore ceux obligés de garder leurs enfants lorsque la classe avait dû fermer.

Nous ne sommes pas dans une situation sereine

On nous demande tout au même moment, et dans la rapidité, tance Philippe Rocheteau. Or, on voit bien que cela engendre du stress, des arrêts, des burn-out. Le dernier trimestre 2021 a été très difficile pour les collègues. Le délégué dénonce un hiatus entre les valeurs qu’on nous demande de porter et la réalité du terrain, ce qui est source majeure de souffrance au travail. La réforme de l’Assurance chômage y est pour beaucoup selon Sylvie Szeferowicz, , secrétaire générale de l’UD-FO de la Marne et agente à Pôle emploi , fustigeant cette contre-réforme. Au lieu d’être synonyme de progrès, elle est synonyme de régression, en touchant en plus les personnes les plus fragiles. D’un côté, vous percevez moins, et de l’autre le coût de la vie augmente. On est en train de plonger les gens dans des difficultés financières sans nom, c’est une catastrophe.

Ces changements engendrent en outre leur lot de tension avec les demandeurs d’emploi. Ils ne comprennent pas, viennent demander des explications, et parfois se montrent menaçants, témoigne Sabrina Pautte, qui exerce en Île-de-France. Les agents ont en tête le meurtre de Patricia Pasquion, conseillère Pôle emploi, sur son lieu de travail à Valence il y a tout juste un an, ou encore le coup de feu tiré sur l’agence de Saint-Herblain, près de Nantes, en mars 2020. Nous ne sommes pas dans une situation sereine, appuie Philippe Rocheteau. D’où l’inquiétude autour de la mise en place du « conseiller référent indemnitaire », chargé d’appliquer ou de liquider les droits, et dont le demandeur d’emploi connaîtrait l’identité. On nous dit qu’il faut personnaliser le service, raconte Sylvie Szeferowicz. Bien sûr, on se sent mieux écouté lorsqu’on a le nom de l’interlocuteur, mais un pseudo ferait le même effet. » Et permettrait du même coup de protéger les agents.

Le service public que les gens attendent n’est pas là

Ces difficultés ne sont pourtant pas tout à fait propres à Pôle emploi : C’est un peu comme à l’hôpital ou à l’école, il y a de la tension parce que le service public que les gens attendent n’est pas là. Si la dégradation de nos conditions de travail étaient un cas isolé, on se dirait que c’est dû à l’établissement, mais non. Et plus largement, cette situation dégradée est à l’image de l’ensemble des services publics, ce qui notamment explique notre engagement très fort dans la grève interprofessionnelle du 27 janvier.

L’attachement au service public reste fort chez les agents de Pôle emploi et il se constate au quotidien. Et ce quotidien, ils continuent de le mener à bien, revendique Sabrina Pautte, mais c’est difficile de sortir la tête de l’eau souligne la militante. Et plus encore que la complexité des réformes c’est La surcharge de travail qui nous épuise.

La direction fait valoir l’embauche entre 2019 et 2022 de 3 400 agents supplémentaires, dont 1 400 en CDI, pour mener à bien les nouvelles tâches. La proportion de contrats précaires est loin d’être satisfaisante pour Philippe Rocheteau : Qu’un organisme comme le nôtre, censé proposer des offres d’emploi, mette lui-même en place de la précarité, c’est fort de café. Et c’est une source supplémentaire de souffrance au travail, ajoute Sylvie Szeferowicz : On vit très difficilement de former des collègues, avec qui on tisse des liens, puis qu’on laisse repartir sans rien pouvoir faire pour eux.

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