Pour nos droits, construire une mobilisation interprofessionnelle

InFO militante par  Valérie Forgeront, L’Info Militante

© F. BLANC

Le CCN qui se tenait les 21 et 22 septembre était le premier depuis le congrès confédéral de Rouen. Le parlement de FO a réaffirmé sa détermination à soutenir les salariés dans leurs revendications de hausses de salaires. Il a redit aussi toute sa combativité à lutter contre les projets gouvernementaux destructeurs de droits, dont en particulier celui de la réforme des retraites. Ainsi, le CCN dans sa résolution massivement adoptée, mandate le bureau confédéral pour proposer aux organisations syndicales l’organisation en commun d’une mobilisation interprofessionnelle, c’est-à-dire de la grève, comme en 2019, pour obtenir du gouvernement qu’il renonce à toutes ses contre-réformes.

Enough is enough lançait, au cours du comité confédéral national de FO, Philippe Mano pour l’UD de la Gironde. Ce trop c’est trop face aux annonces et projets gouvernementaux résumerait à lui tout seul l’humeur des délégués lors de leurs interventions (une cinquantaine) à la tribune du CCN qui se tenait les 21 et 22 septembre au siège de la confédération à Paris. Car en cette rentrée, tandis que les salariés, chômeurs et retraités sont aux prises avec des dépenses contraintes qui s’alourdissent, notamment celles inhérentes aux énergie (gaz, électricité, fioul, essence), les salaires ne sont pas assez augmentés, quand ils le sont, les minima sociaux et les pensions ne sont pas assez revalorisés. Et pour tous, les hausses sont loin du niveau de l’inflation (5,9% en août sur un an).

Et d’autres paramètres interviennent en cette rentrée : non seulement les plus modestes doivent faire face à ces difficultés mais les attaques pleuvent sur le monde du travail. En cause, les réformes que le gouvernement s’entête à vouloir mener, entre autres, celle de l’assurance chômage et celle des retraites. Le gouvernement prétend faire vivre le dialogue social mais il continue sur le même axe qu’auparavant s’indignait Frédéric Souillot, le secrétaire général de FO.

Repousser l’âge de départ en retraite, augmenter la durée de la cotisation ... Toutes les organisations sont contre. FO a dit son opposition et on tiendra ! Alors qu’à 55 ans, 44% des salariés ne sont plus en emploi, 50% à 62 ans, l’enjeu c’est d’avoir plus de cotisants. Et c’est de revoir l’aménagement des fins de carrières martelait-il devant le CCN. Des propos largement relayés.

Rien ne légitime la réforme des retraites

Le gouvernement serait assez fou pour appuyer sur le bouton des retraites quand le pays est à feu et à sang et ne peut plus se chauffer ? lançait ainsi Franck Bergamini (UD des Bouches-du-Rhône) inquiet de la volonté du gouvernement de diviser les travailleurs. Appelant à donner des perspectives de mobilisation, le militant invitait à chercher des dates [pour la mobilisation, NDLR] pour obtenir satisfaction.

Concernant la réforme des retraites, le président de la République estime que c’est urgent et ça se fera dans l’urgence. Il s’agit d’afficher à l’Union européenne le retour [de la France, NDLR] sous les 3% de déficit public en 2027, indiquait pour les cadres FO Éric Péres (UCI). Le problème des retraites n’est pas la productivité mais le taux d’emploi, la création de richesse. Et cela a à voir aussi avec l’espérance de vie insistait-il condamnant la finalité de la réforme qui porte aussi le risque d’un démantèlement de la protection sociale.

Réforme de l’assurance chômage : Non à la double peine

Le rapport du COR nous conforte dans notre analyse : rien ne légitime la réforme des retraites ! résumait Valentin Rodriguez (FO Métaux) évoquant aussi la réforme voulue par le gouvernement sur l’assurance chômage. Un salarié subirait une perte d’emploi, donc de rémunérations puis une perte d’allocations chômage ? Ce serait la double peine ! s’indignait-il. Signe de la tension sociale, y compris pendant la période estivale il n’y a pas eu de trêve remarquait-il. Le secrétaire général de FO confirmera, illustrant ses propos en citant les 51 circulaires et les 23 communiqués de presse rédigés par la Confédération au cours de l’été.

Pour le CCN, il faut préparer le rapport de force et la grève

Sur une réforme de l’assurance chômage portant une modulation de l’allocation en fonction de la conjoncture ? Aucune organisation syndicale n’est pour ce contrat cyclicité (modulation de l’allocation en fonction de la conjoncture, Ndlr) et la diminution des droits des chômeurs. Tous les logos syndicaux étaient d’ailleurs sur le communiqué intersyndical du 9 septembre. Et FO a voté contre partout où nous avons été sollicités ! Un contrat cyclicité fonctionnerait pour les chômeurs et pas pour les entreprises ?! lançait Frédéric Souillot dans son discours exposant le rapport d’activité de la Confédération.

Autant dire que ce premier CCN depuis le congrès confédéral de Rouen en juin dernier a montré une organisation FO unie et déterminée à s’opposer fermement à ces réformes destructrices de droits.

Massivement adoptée, la résolution du CCN mandate le bureau confédéral pour proposer aux organisations syndicales l’organisation en commun d’une mobilisation interprofessionnelle, c’est-à-dire de la grève, comme en 2019, pour obtenir du gouvernement qu’il renonce à toutes ses contre-réformes. Afin de préparer le rapport de force et la grève, le CCN propose à toutes les structures (fédérations, unions départementales, syndicats) une grande campagne de réunions et assemblées avec les syndiqués et les salariés.

Donner des perspectives

Il faut défendre la République sociale appuyait au cours du CCN, Éric Le Courtois (UD des Côtes d’Armor). On doit dénoncer la volonté de prise en main par l’État de l’assurance chômage, la destruction des droits des chômeurs, la territorialisation. Demain, ce sera au tour de l’assurance maladie ? Puis de toute la protection sociale ? appuyait Alexandre Tott (Moselle).

L’UCR-FO est en ordre de marche, pour une mobilisation indiquait Paul Barbier pour les retraités FO. Et de rappeler que depuis 2014, le recul de pouvoir d’achat des retraités équivaut à la perte deux mois et demi de pension et de trois mois et demi pour ceux qui ont subi la hausse de la CSG. Et le militant de rappeler par ailleurs la situation désastreuse des Carsat dont 1 000 postes ont été supprimés en quelques années. 30 000 dossiers retraite étaient en souffrance, en attente de traitement en 2021. Par cette situation beaucoup de retraités se retrouvent sans rien. L’UCR a décidé de s’adresser au directeur de la Cnav.

A la tribune du CCN, nombre de délégués appelleront à donner des perspectives, à construire un rapport de force pour appeler à une mobilisation. C’est à ceux qui n’ont rien qu’on va demander de faire des efforts ? fulminait Sébastien Busiris (FEC-FO), listant des actions de grèves chez Stokomani, au Crédit Mutuel, chez Worldline, etc. La mobilisation est déjà en marche, assurait-il.

Pour une initiative dans l’unité la plus large

Ce CCN est important. Ce que nous avons fait en 2010 et 2019 [sur les retraites, NDLR], nous saurons le refaire lançait de son côté Frédéric Bochard (UD du Puy-de-Dôme). Il nous faut une initiative dans l’unité la plus large possible indiquait Philippe Grasset (FO-Finances) évoquant aussi comme beaucoup de militants les élections de décembre (du 1er au 8) dans la Fonction publique. Évoquant aussi les réformes/restructurations des services lesquelles suppriment des emplois. Quelque 10 000 en quatre ans indiquait-il rappelant la demande de FO d’un Bercy des finances. Les élections sont aussi un moyen de rappeler notre attachement au Code des pensions civiles et militaires précisait Clément Poullet (Fnec-FO fustigeant la réforme du lycée professionnel qui livrerait ces établissements aux objectifs du patronat, entraînerait une casse des diplômes et du cadre collectif de l’école publique, laïque et républicaine.

Il s’agit de construire un rapport de force et dans l’unité la plus large possible indiquait Frédéric Homez (FO Métaux) pointant l’attitude présidentielle qui dans le premier quinquennat a écarté les syndicats et dans le 2e écarte le Parlement !, référence au Conseil national de la refondation/CNR, lancé le 8 septembre par l’exécutif, visant à trouver des diagnostics et consensus partagés sur de grands sujets, y compris les réformes. Autant dire la recherche de leur co-construction avec les syndicats, cela assorti d’un contournement à la fois du Parlement dans son rôle de législateur mais aussi des prérogatives du CESE. Ce CNR a été largement boycotté, notamment par des syndicats, à commencer par FO.

Le CNR de 2022 : une insulte à l’histoire

Les organisations qui n’ont pas siégé à ce CNR pèsent 55,4% précisait Frédéric Souillot. Sylvie Szeferowicz (UD de la Marne) se félicitait de l’échec du funeste CNR, bidule intégrationniste et contre toutes les conquêtes de la classe ouvrière. Que le CNR reste le Conseil national de la résistance, c’est ce qui nous a construit !. Ce conseil lancé en septembre est une insulte à l’histoire, aux résistants et à l’objectif du vrai CNR, d’un monde meilleur martelait Gilles Goulm (FO-Défense). Sans compter qu’il s’assoit sur le CESE !.

Michel Le Roch’ (UD de Nantes), comme quelques autres, à la tribune soulignera : Si Macron veut la guerre, il aura la grève. Et le militant de revenir sur les la hausse des prix, entre autres, de l’alimentaire et de l’énergie, aux conséquences dramatiques pour les salariés et les chômeurs. La responsabilité syndicale dans l’engagement d’une action de mobilisation est d’autant plus grande. Perdre une journée de salaire, dans le contexte, attention indiquait Myriam Barnel (UD du Var), Pascal Samouth appelant à se souvenir du CPE (contrat de première embauche, projet gouvernemental mort-né en 2006 face aux grèves). Il y a eu victoire sur le retrait du CPE car on a maintenu l’unité. Pour Sébastien Vacher (UD du Jura) seul le rapport de force peut inverser la vapeur.

L’activation essentielle des clauses de revoyure

Au cours de ce CCN seront évoquées aussi les déclarations du chef de l’État, annonçant cet été la fin de l’abondance et de l’insouciance. Ce sont des propos qui ont fait plus qu’heurter les travailleurs que nous représentons appuyait le secrétaire général de FO. Quant aux mesures pour le pouvoir d’achat le compte n’y est pas. Ce n’est pas avec cela [primes, chèques ponctuels, NDLR] qu’on peut se projeter. Et Frédéric Souillot d’ironiser : La corne d’abondance, ça semble marcher pour les dividendes, pas pour les salaires, référence à l’absence de coup de pouce au Smic lequel n’a reçu depuis un an que les revalorisations légales liées à l’inflation. Référence aussi aux négociations insuffisantes sur les salaires. Il appelait ainsi à l’activation des clauses de revoyure dans les entreprises et dans les branches mais aussi à l’application d’une hausse des salaires indiciaires, a minima au niveau de l’inflation, dans le public.

Signe parmi d’autres de l’impatience légitime des salariés à obtenir la hausse des salaires, les projets de débrayages, annoncés lors de ce CCN, les 23 et 24 septembre chez Carrefour, à l’initiative de FO, premier syndicat dans l’entreprise. Cela a contraint l’enseigne a accepté de réouvrir des négociations salariales. Laurent Rescanières et Angélique Bruneau de la FGTA-FO évoquaient largement ce conflit pour les salaires dans cette enseigne où des grèves étaient prévues dans les entrepôts de logistique et dans les magasins. Le mouvement sera suspendu à l’annonce le 22 septembre de l’ouverture de négociations. Une première victoire. Le secrétaire général de la Fédération évoquera l’importante de l’activation des clauses de revoyure. A l’Adepale (fédération regroupant des entreprises de produits alimentaires élaborés) grâce à la clause, nous avons négocié à deux reprises. Idem dans le secteur laitier.

L’attractivité d’un métier passe par son salaire

Car les hausses de salaires et l’amélioration des conditions de travail sont actuellement en tête de liste des revendications des salariés. Et quels que soient les secteurs. Du côté de la SNCF, il y a 1 200 postes vacants. Du côté des transports en commun, on manque de chauffeurs, la faute notamment aux renégociations de contrats de délégations qui font perdre aux copains tous leurs accords portant les acquis sociaux. Et pour tous, il y a un manque d’attractivité des salaires résumait Christophe Le Comte (UD de l’Essonne). Propos que relayait Patrice Clos pour la fédération des transports et de la Logistique FO UNCP. Dans les transports, ça craque de partout par la pénurie. Jusqu’à ne plus pouvoir assurer les délégations de services publics. Mais il y a du grain à moudre. La fédération appelle à une mobilisation sur les salaires, des 17 au 23 octobre indiquait le militant.

A Tours, on avait demandé pour les agents de la mairie 120 euros net d’augmentation des salaires. Ça a fait tâche d’huile dans les services se félicitait Grégoire Hamelin (UD Indre-et-Loire) évoquant toutefois par ailleurs son inquiétude quant aux capacités des salariés face au paiement de la cotisation syndicale dans ce contexte de pression sur le pouvoir d’achat. Si l’UD se réjouit de nouvelles adhésions, la situation reste fragile car aujourd’hui les camarades arbitrent leurs dépenses. Certains ne peuvent plus payer la cotisation.

Les grèves pour les salaires de plus en plus nombreuses

Zaïnil Nizaraly (FEETS-FO) listait quant à lui les récents débrayages pour les salaires dans le périmètre de la fédération. Quand nous étions en congrès à Rouen, des salariés du nettoyage étaient en grève. Dans le transport aérien, beaucoup de salariés de sont mobilisés cet été dans les low cost. Et faire grève dans ces compagnies, c’est quelque chose ! Et ils ont gagné. Bientôt ce seront les inspecteurs du permis de conduire qui seront en grève.

Cette rentrée n’est pas comme les autres analysait François Trinquet (UD des Hauts de Seine) évoquant les tensions sociales, vives. Construction d’une grève sur le port de Gennevilliers, grèves chez GRT-Gaz... Les camarades sont à la manœuvre, partout ça s’organise indiquait-il. Alors que, dans ces jours de CCN, des négociations salariales avec les employeurs étaient toujours en cours dans les IEG (industries électriques et gazières), et piétinaient, Serge Gianorsi pour FO Energie et Mines pointait la recapitalisation d’EDF, faite pour la désintégrer. Un projet Hercule bis ! Quant à la vraie raison de la hausse du prix de l’énergie, elle est due à la déréglementation des marchés de l’énergie depuis 1986 indiquait-il précisant que la fédération demande un bilan de cet échec retentissant et appelle à créer un pôle public de l’énergie.

De nombreux militants citerons des réformes ou décisions attaquant le service public et les conditions de travail des personnels, le service rendu aux usagers. La Poste supprime ainsi le timbre rouge (courrier livré à J+1), alors que le service public n’a pas à être rentable ! déclarait Christine Bessayre (FO Com) évoquant par ailleurs la situation sociale désastreuse chez Orange. Le secteur social, s’indignait de son côté Pascal Corbex (FNAS-FO), est devenu un laboratoire de toutes les expérimentations et de toutes les attaques contre les conventions collectives. Et dans ce secteur, les grilles débutent toutes sous le Smic !. A l’hôpital public, le manque d’investissements pendant des années laisse exsangue des services. Les personnels croulent toujours sous une charge de travail qui augmente, toujours due au manque d’effectifs, lui-même dû au manque d’attractivité des carrières et aux mauvaises conditions de travail. Avec FO notamment, les agents sont en grève ce 27 septembre rappelait Didier Birig (SPS-FO).

Réitérées ou nouvelles : les demandes de FO

Il faut redonner sa place à la négociation collective insistait plus largement Frédéric Souillot rappelant par ailleurs que FO demande toujours la suppression de la mesure (née des ordonnances travail en vigueur depuis 2017) édictant un plafond de trois mandats successifs possibles pour les délégués des IRP. FO demande aussi la remise en place des CHSCT, supprimés dans le cadre des mêmes ordonnances.

Et alors que la crise énergétique fait envisager à certains chefs d’entreprises des fermetures de sites et/ou un réaménagement du temps de travail des salariés, ce qui revient à faire supporter à ces derniers un surplus de facture énergétique, FO demande le maintien de la rémunération en cas d’activité partielle insistait Frédéric Souillot rappelant que pour les entreprises l’abondance n’a pas cessé, citant les 147 milliards d’aides publiques par an, et sans contreparties et l’absence de conditionnalité que FO conteste. Or, si les entreprises reçoivent des aides massives, cela n’empêche pas certaines de délocaliser, tel Sanofi s’indignait le secrétaire général.

La confédération, annonçait-il, va écrire au ministre de l’Industrie pour demander que le géant de l’industrie pharmaceutique rembourse les aides reçues. FO va faire aussi dix propositions dans le cadre de la transition énergétique, laquelle, pour FO, doit tenir compte, de l’aspect social. Autrement dit des travailleurs.

 Valérie Forgeront Journaliste à L’inFO militante

L’Info Militante

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