Retraite

Pourquoi FO ne signera pas l’accord sur les retraites complémentaires

, Françoise Lambert

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Philippe Pihet (2e à partir de la gauche) a conduit la délégation FO tout au long des négociations sur les retraites.
F. Blanc / FO Hebdo - CC BY-NC 2.0

Fait exceptionnel pour une organisation syndicale très attachée au paritarisme : c’est seulement la deuxième fois en l’espace de cinquante-quatre ans que Force Ouvrière ne donnera pas son aval à un accord sur les retraites complémentaires. C’est aussi la première fois qu’un tel texte ouvre la porte à un report de l’âge de la retraite.

Car l’accord de principe trouvé entre le patronat et une partie des syndicats (CFDT, CFTC, CGC) inflige à tous les salariés qui remplissent les conditions d’un départ à la retraite à taux plein au régime de base, quel que soit leur âge, un « coefficient de solidarité », qui se traduit par un abattement de la pension complémentaire. « En pratique, un salarié qui a l’âge légal et le nombre de trimestres requis devra attendre un an de plus s’il ne veut pas subir un abattement de 10 % pendant trois ans », explique Philippe Pihet, le négociateur de FO. Une personne de 62 ans désireuse de partir à la retraite ne pourra le faire qu’à 63 ans en 2019 si elle veut une retraite complète, sans décote. « Nous avons là une mesure politique pour repousser l’âge de la retraite, c’est un changement structurel des retraites complémentaires, fustige Philippe Pihet. Le prétexte économique ne tient pas, la mesure ne rapportera qu’un dixième des 6 milliards d’économies escomptés. »

La porte ouverte à un report de l’âge de la retraite

À titre de comparaison, la proposition de FO d’augmenter les cotisations salariales et patronales pour répartir les efforts de financement entre salariés et employeurs aurait été très productive d’économies : une hausse de un point de cotisation rapporte annuellement 5,9 milliards d’euros, selon les calculs de la confédération.

C’est là le deuxième point noir pour FO : l’accord est loin d’être équilibré. « Il fait peser 90 % des efforts sur les salariés et seulement 10 % sur le patronat », indique Philippe Pihet.

Car le projet d’accord prévoit en outre un décalage au 1er novembre de la hausse des pensions, la poursuite de leur sous-indexation d’un point par rapport à l’inflation, une augmentation du coût d’achat du point et une hausse des cotisations des cadres. Le patronat s’en sort lui à bon compte avec une participation d’environ 600 millions, qui sera de surcroît partiellement compensée par une baisse de la cotisation employeur à la branche des accidents du travail. Le gouvernement s’y est engagé.