Formation professionnelle

Première mobilisation contre le massacre de l’AFPA

, Evelyne Salamero

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Photographies : F. Blanc (CC BY-NC 2.0)

Plus de 1500 postes supprimés d’ici moins de deux ans, des dizaines de centres fermés. L’Agence nationale pour la formation professionnelle des Adultes est confrontée à une restructuration sans précédent. FO, qui demande le retrait pur et simple du projet de la direction, et trois autres organisations (CFDT, CGT, Sud) ont appelé à un rassemblement devant le siège de l’Afpa à Montreuil, le 7 novembre, jour de lancement du processus d’information et de consultation du plan dit de sauvegarde de l’emploi. Alors que dans certains centres, 100% des agents étaient en grève, quelque 150 élus des instances représentatives du personnel (IRP) accompagnés des salariés du siège, ont pénétré dans le calme dans l’enceinte du Comité central d’entreprise pour exprimer leur opposition au projet.

C’est le 19 octobre, que la direction de l’Afpa (Agence nationale pour la formation professionnelle des adultes) a annoncé la fermeture de 38 de ses centres d’ici 2020, avec 1541 suppressions de postes en équivalent temps plein et la modification de 454 autres, dans le cadre de son « projet de réorganisation ».

La quasi-totalité des organisations , dont FO, a immédiatement condamné le projet de la direction, laquelle a tenté d’atténuer le choc produit par son annonce en mettant en avant la création de 603 emplois.

« Ce qui est sûr c’est que 38 centres vont fermer ! Ce que la direction appelle des créations d’emplois seraient en fait des redéploiements -d’une partie- des postes vers les centres épargnés », indiquait Nathalie Tondolo, secrétaire générale de la section fédérale formation professionnelle des adultes de le Fnec-FP FO (Enseignement, culture et formation professionnelle).

FO demande le retrait du projet de la direction

Très vite, en l’espace de quelques jours, sans même attendre le déclenchement du processus d’information et de consultation du CCE fixé au 7 novembre, de nombreux salariés ont été convoqués par leur direction locale pour s’entendre dire que leur poste allait être supprimé.

Des méthodes, d’une rare brutalité, que les salariés qui ont pénétré dans l’enceinte du CCE ce 7 novembre dans le cadre de la mobilisation initiée par FO et trois autres organisations, ont demandé à la directrice générale de faire cesser. Celle-ci, reconnaissant le caractère effectivement anormal de tels procédés, a répondu qu’elle allait « réfléchir » à la façon d’y mettre un terme…

A la question de FO, « allez-vous retirer votre plan ? », la réponse a été : « ce n’est qu’un projet, nous avons quatre mois pour le négocier ».

« Faire mourir l’Afpa c’est détruire la formation professionnelle »

Pour FO, la réponse n’est pas satisfaisante. « Nous allons continuer à mobiliser, nous allons multiplier les réunions d’information auprès du personnel, nous n’écartons pas la possibilité d’une mobilisation de plus grande ampleur », explique Nathalie Tondolo, qui souligne que par-delà la défense de l’emploi et des conditions de travail des agents de l’Afpa, l’enjeu est celui de la défense de tout le système de formation professionnelle.

Dès l’annonce du plan le 19 octobre, la confédération FO a ainsi condamné dans un communiqué ce qu’elle a qualifié de « massacre », expliquant : « FO en appelle aujourd’hui à l’État afin qu’il prenne les responsabilités qui sont les siennes pour que l’AFPA retrouve toutes ses capacités à former les demandeurs d’emplois, les salariés en reconversion pour leur intégration pérenne dans l’emploi. La formation professionnelle est un droit. Faire mourir l’AFPA c’est détruire la formation professionnelle au moment même où le gouvernement ne cesse de communiquer hypocritement sur (son) importance.


La confédération FO, dont une délégation composée de Nathalie Homand et Cyrille Lama est venue soutenir les agents lors du rassemblement du 7 novembre, a également rappelé qu’elle demande l’abrogation de la loi dite « Pour la liberté de choisir son avenir professionnel » qui, a, entre autres choses, supprimé le Congé individuel de formation (CIF).

La diminution brutale des moyens et de l’activité de l’Afpa, l’acteur historique de la formation professionnelle dans le pays, vient en effet s’inscrire dans cette remise en cause générale du système paritaire de formation professionnelle.

L’aboutissement d’un processus

En 1946, la formation professionnelle est placée sous la responsabilité de l’État et inscrite dans la Constitution. Un décret fédère les différents centres de formation professionnelle. En 1949, l’ANIFRMO (Association nationale interprofessionnelle pour la formation rationnelle de la main-d’œuvre) est créée. Elle deviendra l’AFPA en 1966. Dans les années 2000, la décentralisation entraîne le transfert du financement public de la formation aux régions et en parallèle la régionalisation des structures de l’AFPA. Les régions, à la recherche du moindre coût, mettent en concurrence les organismes de formation par des appels d’offre. L’AFPA entre alors dans une logique de réduction des coûts pour être choisie. En 2017, elle a été transformée en Epic (Etablissement public à caractère industriel et commercial) et ne s’appelle plus « association » mais « agence ».