PSE chez Just Eat : FO s’engage contre la casse sociale et pour les droits des travailleurs sans-papiers

InFO militante par Fanny Darcillon, L’Info Militante

© F. BLANC

La plateforme de livraison de repas Just Eat a annoncé licencier près de 400 salariés, et ne conserver que son implantation parisienne. La précarité continue de gagner du terrain dans l’entreprise, où travaillent de nombreux sans-papiers, dont FO entend se faire le porte-voix.

À peine deux ans après avoir annoncé en grande pompe embaucher des livreurs à vélo en tant que salariés et non plus comme auto-entrepreneurs, Just Eat continue sa dégringolade sociale. Mi-juillet, la société de livraison de repas a annoncé un plan social visant la suppression de 350 postes de livreurs et une quarantaine de cadres et d’agents de maîtrise. La plateforme arrêtera ainsi son activité opérée par ses salariés dans 26 des 27 villes dans lesquelles elle était implantée. L’annonce du PSE a été un choc, les salariés ont dû réfléchir précipitamment à des alternatives, raconte Jérémy Graça, délégué FO dans l’entreprise.

Car pour les indemnités et l’aide au retour à l’emploi des salariés licenciés, la direction va pour le moment au moins-disant. On propose le minimum légal à des salariés fragiles, s’insurge Jérémy Graça. Nous avons appelé à la grève car ces propositions sont indignes. Mercredi 5 septembre, les livreurs de la plateforme ont donc manifesté devant le siège parisien de Just Eat. Ces salariés ont pris un risque en travaillant dans des conditions ubérisées malgré l’étiquette du salariat, poursuit le militant. Nous voulons des mesures d’accompagnement social à la hauteur des moyens du groupe. Sans quoi la grève pourrait être reconduite dans les prochaines semaines.

Ne resterait donc que l’antenne parisienne, seule rescapée du plan social visant à liquider des salariés. Mais pour les salariés de la capitale, les conditions de travail vont en s’aggravant. Les distances de livraison peuvent désormais aller jusqu’à 6 km, poussant les coursiers à pédaler jusqu’à 100 km par jour. Dès le départ, Just Eat a dérogé à la convention collective des transports, dénonce Jérémy Graça. Les livreurs utilisent par exemple leur propre vélo, ou doivent en louer un auprès d’un partenaire de Just Eat.

Contre l’avancée de l’auto-entreprenariat

Lors de la conférence de presse organisée en soutien aux salariés, FO a confirmé sa mobilisation dans la lutte. Les salariés des plateformes souffrent de plus en plus et nous nous engagons pour ces populations en difficulté, a affirmé Gabriel Gaudy, secrétaire général de l’union départementale FO de Paris et de l’union régionale FO d’Ile-de-France. Travailleur des plateformes, c’est la nouvelle vision du travail de nos gouvernants, et elle sert à affaiblir et à exploiter, a asséné Frédéric Souillot, Secrétaire général de la confédération FO. Pour nous, il n’y a que deux formes : soit on est salarié, soit on est indépendant, et le Code du travail s’applique à tout le monde.

Pour tous les élus FO présents, la situation chez Just Eat est symbolique d’une vision de la société contre laquelle FO se dresse. Pour la start-up nation qui entoure le Président de la République, le salariat n’est plus le mode de travail privilégié, souligne Frédéric Souillot. Il y a une volonté d’abattre le social en France, appuie Khalid Oughzif, secrétaire fédéral de la fédération des transports et logistiques. La volonté du gouvernement, c’est de libéraliser ces métiers pour créer encore plus de concurrence. Dans la réalité, la frontière est très mince. Avec des actions judiciaires, au moins la moitié de ces travailleurs pourraient être reconnus comme salariés, car il existe des liens de subordination.

Conférence de Presse des salariés de Just Eat lors de leur journée nationale de grève contre le PSE de l’entreprise. Organisé à l’Union départementale de Paris soutenu par la fédération des transports FO, la Fédération de transports du syndicat belge FGTB et de la Confédération Force Ouvrière le 5 octobre 2022 à Paris. Photos : F. Blanc

Sur la question du statut des travailleurs, la décision de Just Eat ressemble en effet à un rétropédalage : l’entreprise a déclaré qu’elle ne se retirait pas de ses villes, mais cherchait à se réorganiser auprès d’un partenaire externe. Notre inquiétude, c’est qu’ils remplacent les salariés par des auto-entrepreneurs, expose Jérémy Graça. Un enjeu qui dépasse le seul cas de Just Eat, estime Matthieu Saintoul, chargé de l’aide au développement à l’UD 75, qui rappelle les révélations contenues dans les Uber Files et souligne la : volonté de casser tout ce que l’on a conquis depuis le XIXe siècle.

Les travailleurs sans-papiers encore plus vulnérables

En réunissant plusieurs fédérations, FO souhaite également donner un coup de projecteur sur la situation de travailleurs bien souvent dans l’ombre. De nombreux salariés de Just Eat sont en effet sans-papiers, et courent donc un risque encore plus grand en cas de licenciement, puisqu’ils ne pourront pas bénéficier du chômage. Frédéric Souillot se veut ferme sur la question : Nous allons prendre les choses en main. Si les syndicats n’interviennent pas, un jour c’est l’expulsion. Ils ont pourtant des bulletins de salaire et le même uniforme que les autres. En cas de travail illégal, ce n’est pas le travailleur qu’il faut expulser, c’est la plateforme qu’il faut condamner.

Les élus FO comptent demander une audience au préfet de Paris et d’Ile-de-France afin de plaider pour la régularisation des salariés sans-papiers de Just Eat, qui sont au moins une centaine. Nous veillerons à ce qu’il n’y ait pas de suites pénalisantes pour ces salariés, précise Gabriel Gaudy de l’UD 75. Mais le problème ne se résume pas au cas par cas, rappelle Khalid Oughzif : Beaucoup de travailleurs sans-papiers travaillent pour des plateformes numériques, qui ne sont pas contrôlées. Il appartient au gouvernement d’avoir la volonté de modifier ce processus, de ne pas créer des zones d’ombre et de la précarité.

Solidarité des travailleurs belges

Contre la montée de l’auto-entreprenariat et de la vision du monde qui va avec, la lutte sera internationale, estime Frédéric Souillot : Avec la Confédération européenne des syndicats, nous allons mener une action commune et saisir l’Organisation internationale du travail (OIT). Venus exprimer leur solidarité avec les salariés de Just Eat, des syndicalistes de la FGTB UBT, qui représente les travailleurs belges des transports, sont eux aussi partisans d’une lutte commune. En Belgique, on voit parfois des mineurs de 14 ans livreurs à vélo avec des contrats à la journée, ou des personnes qui travaillent sept jours sur sept de 10h à 23h pour faire vivre une famille avec 2 000 euros, déplore Sandra Langenus de la FGTB. Pour nous, c’est l’Europe qui doit faire le nécessaire pour qu’il n’y ait pas de troisième statut entre salarié et indépendant.

Malgré la difficile situation au sein de son entreprise, Jérémy Graça voit la forte mobilisation de FO et des syndicalistes belges comme un apport de poids dans la lutte pour le salariat, pour la protection sociale et pour des conditions de travail décentes. Avec l’aide de l’UD 75, il a bâti une section syndicale chez Just Eat de pied en cape et obtenu de premières élections du Comité social et économique en mars dernier – tout juste un mois avant le premier PSE annoncé par la direction. Il y a un an, je me battais tout seul, se souvient-il. On n’aurait jamais cru qu’on obtiendrait tout ce soutien.

05102022Rassemblement-Just Eat-24

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