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Quand l’utilité sociale dope la motivation des agents publics

, Valérie Forgeront

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La satisfaction des salariés au travail recouvre plusieurs facteurs, notamment l’utilité sociale ou encore l’intérêt des tâches à accomplir. © Denis ALLARD / REA

Ce qui motive les salariés du privé dans leur travail n’est pas tout à fait identique à ce qui enthousiasme les agents de la fonction publique. Ces derniers sont en effet particulièrement sensibles à la notion d’utilité sociale de leur mission. Ils tirent même une satisfaction non dissimulée de cet aspect de leur travail, constate une étude du Centre de recherches politiques de Sciences Po.

Le jugement de satisfaction au travail s’appuie-t-il sur les mêmes critères pour un salarié du secteur privé que pour un agent public ? Pas tout à fait, estime une récente étude du Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof). Si dans les secteurs privé et public, la satisfaction éprouvée à l’égard de son emploi dépend bien plus des modes de gestion que de facteurs extrinsèques comme la rémunération et son individualisation, il existe toutefois une différence essentielle entre les deux secteurs quant à la notion de satisfaction dans son travail. Cette différence se situe sur le terrain de la motivation au travail, liée à l’idée d’utilité sociale. Cela vient confirmer l’existence d’une motivation de service public, indique l’étude. Dans le secteur public, cette motivation est un facteur important de satisfaction pour les agents. Elle constitue un lien entre les cadres (catégorie A) et les agents (catégorie C). Plus largement, si en moyenne 58 % des salariés (privé et public) se disent satisfaits de leur emploi, on compte 63 % de satisfaits parmi les agents publics (56 % dans le privé et 57 % dans les entreprises publiques). Par ailleurs, la différence (de satisfaction, NDLR) entre les cadres A de la fonction publique et les agents de catégorie C est moindre que celle qui sépare les cadres du privé des employés du privé.

Les hospitaliers sont les moins satisfaits

Pour mesurer le degré de satisfaction au travail, l’auteur a élaboré six facteurs. Parmi ceux-là : le degré de satisfaction vis-à-vis de la possibilité pour le supérieur d’évaluer l’investissement personnel, celui relatif au fait d’avoir de bonnes perspectives de carrière, au fait d’être reconnu pour son investissement dans le travail, ou encore au fait que la rémunération dépende de l’effort fourni au travail. Ce dernier paramètre mesure la satisfaction vis-à-vis de l’individualisation de la rémunération. Or, si 26 % de salariés du privé se disent satisfaits de cette individualisation, ils ne sont que 12 % parmi les agents publics et seulement 8 % parmi les enseignants. En matière de carrière, si en moyenne un quart des salariés du privé estiment que leurs perspectives sont satisfaisantes, seuls 19 % des employés ont cette opinion. Dans le public en revanche, 25 % des agents de catégorie C se disent satisfaits, 30 % parmi les agents de la catégorie B et 25 % parmi ceux de la catégorie A. L’environnement de travail est bien meilleur pour les cadres du privé que pour les cadres A de la fonction publique et surtout pour les enseignants. Inversement, les employés du privé connaissent une situation globalement plus médiocre que les fonctionnaires de catégorie C. Par ailleurs, parmi les trois versants de la fonction publique, la fonction publique hospitalière (FPH) est la moins bien lotie, souligne l’étude. Ses agents sont les moins satisfaits, notamment sur le plan de la carrière, de la reconnaissance de l’investissement au travail ou encore de l’individualisation de la rémunération. 

 

Zoom : Détruire le cadre statutaire n’aurait aucun sens
Si rémunération ou perspective de carrière constituent des facteurs de motivation dont le poids varie selon que l’on questionne le secteur public ou le privé, ces deux facteurs restent des motivations assez peu mentionnées en premier, constate l’étude. Et ce constat est d’importance. Cela vient sérieusement limiter l’idée selon laquelle la privatisation serait un outil puissant pour réformer les catégories les plus modestes de la fonction publique, censées être moins efficaces que dans le privé.

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Valérie Forgeront

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