Sémantique

Quand les mobilités remplacent les transports

, Evelyne Salamero

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RSCT [CC BY-SA 3.0], via Wikimedia Commons

Depuis le début de ce 21e siècle, le terme « mobilités » supplante de plus en plus celui de « transports ». Un projet de « loi d’orientation des mobilités » a ainsi été présenté en novembre 2018 par le ministre de l’Écologie, François de Rugy, et la ministre des Transports, Élisabeth Borne. Que recouvre ce glissement sémantique ?

Le covoiturage c’est le moyen de transport des zones peu denses, déclarait récemment la ministre des Transports Élisabeth Borne sur BFM. Au même moment, d’autres médias se faisaient l’écho de menaces de fermeture de 56 gares et 120 lignes de train dans les zones rurales. La SNCF s’en défend : les lignes seraient seulement suspendues. Mais la ministre a bien chargé le préfet François Philizot d’établir, en lien avec les Autorités organisatrices du transport (AOT), à savoir les régions, un état des lieux des petites lignes afin d’examiner les besoins eu égard aux enjeux de desserte, de contraintes techniques et de financement. Les propositions qui en découleront sont attendues d’ici à la fin avril. Elles nourriront le rapport qui sera remis au Parlement avant la fin juin sur l’état des petites lignes. Cela, conformément à ce que prévoit la dernière réforme ferroviaire de 2018, réforme largement inspirée par le rapport Spinetta, qui déjà chiffrait lui à deux cents les lignes peu fréquentées et héritées d’un temps révolu, et donc bonnes à fermer.

Ce temps révolu serait celui où le service public garantissait d’avoir accès dans l’ensemble du pays à des transports collectifs à l’heure, avec les mêmes temps de trajet et tarifs pour tous. Dans le nouveau monde des mobilités, terme qui supplante de plus en plus celui de transports dans la bouche et les écrits des élites dirigeantes, l’individu, plus consommateur qu’usager, doit se débrouiller pour trouver les meilleurs prix via Internet et de multiples applications (quand il y a accès) et espérer que la voiture co-utilisée ou l’autocar ne soient pas ralentis par les embouteillages.

Des trottinettes aux navires

Sémantiquement, au début du 18e siècle, elle [la mobilité, NDLR]était synonyme d’inconstance, d’instabilité. Et il n’est pas impossible que son emploi flatteur d’aujourd’hui masque une sorte de retour à sa signification d’autrefois, commente Laurent Kestel, docteur en sciences politiques et auteur.

Le projet de loi sur l’orientation des mobilités, présenté en novembre 2018, remplace donc le droit au transport par le droit à la mobilité, et le système des transports par l’organisation des mobilités sur l’ensemble des territoires. Il confirme et précise le rôle de chef de file des régions en la matière. Il accentue la concurrence entre différents modes de transport, en particulier entre la RATP et la SNCF en Île-de-France. L’exposé des motifs vante la mobilité comme premier facteur d’émancipation individuelle, de cohésion sociale et territoriale... La recherche de l’émancipation individuelle peut visiblement mener loin. En effet, outre le développement du covoiturage et des nouvelles mobilités (scooters électriques, vélos, trottinettes, gyropodes, rollers…), le projet de loi va jusqu’à s’intéresser aux navires. Il est ainsi notamment prévu que le contrôle des bateaux de moins de 24 mètres soit désormais effectué par leur propre propriétaire et non plus par des inspecteurs fonctionnaires de l’État. Cet autocontrôle concernerait environ 10 000 navires, en majorité des bateaux de pêche, sachant qu’il s’agit du secteur maritime où se produisent le plus d’accidents en France.

Les revendications de FO

Le dernier congrès confédéral (avril 2018), dans résolution générale, « s’oppose à toute privatisation en cours et à venir et dénonce la vision capitaliste prédominante qui soumet le Service Public à des impératifs comptables. Il condamne l’ensemble des réformes successives (…) qui ont fait voler en éclat le droit de chaque citoyen d’accéder à ces services (publics ndlr), au profit de la possibilité de consommer ou non en tant qu’usager devenu client, engendrant de facto une inégalité généralisée. »

Outre une augmentation générale des salaires, la Confédération FO revendique la généralisation de la prime transport via les négociations de branche.

La Feets-FO revendique l’abandon de la privatisation d’Aéroports de Paris. Elle dénonce le transfert de mandat de la France à la Commission européenne pour négocier des accords de ciel ouvert avec d’autres pays. Dans le secteur de l’assistance en escale, ou la directive européenne de 1996 a entraîné filialisations et sous-traitances en cascade, elle revendique la reprise à 100% des personnels et le maintien de leurs acquis, quelle que soit la convention collective de l’entreprise entrante.

FO Cheminots revendique le retour au monopole public du transport ferroviaire et l’abrogation des contre-réformes de 2014 et 2018.

La fédération FO des transports routiers et de la logistique, secteur exclu du champ d’application de la directive européenne sur le détachement des travailleurs alors que la généralisation du cabotage le soumet à un dumping social extrême, revendique que les engagements des organisations patronales et du gouvernement de maintenir le taux de majoration des heures supplémentaires (25% et 50%) soient inscrits dans la Loi sur l’orientation des mobilités actuellement en débat.