Quelle voie suit Alstom ?

Revue de presse par  Michel Pourcelot

Manifestation contre la loi Travail à Belfort.

La fermeture de l’usine d’Alstom à Belfort annoncée le 7 septembre n’a cessé depuis d’occuper la presse, alimentée par des informations contradictoires. Aperçus.

L’Est Républicain
Victime d’un bras de fer ? « Les salariés de l’usine d’Alstom de Belfort ont été soumis au régime de la douche écossaise, hier matin (13 septembre). Après les engagements du président de la République de la veille, ils ont découvert sur leur boîte mail professionnelle un message de leur P-DG leur expliquant pourquoi il allait fermer les services conception et production d’Alstom à Belfort. [...] "Une erreur de communication" précisa, plus tard dans la journée, le P-DG Henri Poupart-Lafarge [...]. Les syndicats restent toutefois circonspects sur ce mail qu’ils voient comme une "provocation", ou plutôt un moyen peu soucieux des salariés de mettre la pression sur le gouvernement dans ce qui apparaît de plus en plus comme un bras de fer entre Alstom et les pouvoirs publics. Damien Meslot, le maire de Belfort, n’a pas apprécié et a annoncé l’organisation d’une opération "ville morte", le 24 septembre, en soutien des Alstom. Une première manifestation, organisée par l’intersyndicale, aura lieu à Belfort dès jeudi ».

L’Obs
Cette quasi-fermeture de l’usine Alstom à Belfort est « un raté de plus. Je ne peux pas croire que les pouvoirs publics n’étaient pas au courant de ce qui se profilait. Cela fait des années que la Fédération FO de la Métallurgie attire leur attention sur ce dossier. Ils se réveillent aujourd’hui parce qu’il y a les élections dans huit mois », estime le secrétaire général FO Jean-Claude Mailly.

Le Monde
Car c’était hier : « Fin 2015, la branche énergie d’Alstom a été rachetée par l’américain General Electric. Pas la branche transport, qui, subitement, n’a plus été adossée à un grand groupe industriel doté d’une grande puissance de feu capitalistique. En 2004, l’État français avait volé au secours du groupe alors en bien fâcheuse posture. Avec succès. "Votre activité a une importance stratégique pour la France et sera donc défendue", avait déclaré Emmanuel Macron, l’ancien ministre de l’économie, en mai 2015, lors de sa visite de l’usine belfortaine. Pour les salariés et leurs familles, ces paroles ont aujourd’hui un goût particulièrement amer. Les syndicats, qui devaient se réunir au cours de la matinée de jeudi 8 septembre, ont d’ores et déjà annoncé préparer la riposte ».

L’Aisne Nouvelle
« Une semaine après l’annonce par la direction du transfert de l’activité ferroviaire en Alsace d’ici à 2018, à Belfort le défilé contre la loi travail s’est transformé en manifestation des "Alsthommes". [...] En tenue de travail pour certains, casquette vissée sur la tête et veste rouge et grise aux couleurs du constructeur ferroviaire, les manifestants hésitaient entre peur et espoir. [...] "On nous utilise pour faire un bras de fer avec le gouvernement afin d’avoir des commandes pour Alstom, ce qui n’empêchera pas la fermeture de Belfort", estime pessimiste, Gilles, employé au bureau d’études. Comme lui, beaucoup se sentent pris en otages par ces négociations médiatiques et organisées dans l’urgence, alors que "le gouvernement n’a pas eu de politique industrielle depuis plusieurs années", dénonce Francis Kronenberger, 37 ans chez Alstom ».

L’Usine Nouvelle
Résultat : à Belfort, tout le monde descend. « Il n’y resterait que 50 salariés travaillant dans la maintenance tandis que l’ingénierie et la production, qui emploient 400 personnes, seraient transférées sur le site de Reichshoffen (Bas-Rhin), à 200 kilomètres ».

Libération
« A l’usine Alstom de Belfort, affirme le groupe, pas de licenciements. Les 450 salariés dont l’emploi va disparaître se verront proposer des postes dans d’autres sites, dont l’usine de Reichshoffen (Bas-Rhin). A première vue, cela peut ressembler à un bon deal car à l’échelle mondiale, qui est celle de cette entreprise, Reichshoffen, par rapport à Belfort, c’est la porte à côté. Mais les dirigeants d’Alstom, qui peuvent consulter ViaMichelin comme tout le monde, savent aussi qu’entre les deux, il y a 200 kilomètres tout rond. Et que cette distance fait ressembler le reclassement proposé à un marché de dupes. Cela ne va pas être évident dans cette entreprise où nombre de salariés frisent la cinquantaine, ont souvent femmes et enfants et peut-être toute leur famille sur place. [...] Alstom sait bien ce qu’il va se passer : nombre de salariés ne pourront pas accepter et quitteront la société. Sur un simple plan matériel, concret, pratique, ils n’auront pas le choix. Tout ce que l’on peut maintenant leur souhaiter, c’est que leur soit épargné le couplet qui leur reprocherait d’être allergiques à la mobilité ».

 Michel Pourcelot Journaliste à L’inFO militante

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