Revue de presse

Question de « pognon »

, Michel Pourcelot

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La phrase du président de la république sur le pognon de dingue mis dans les minimas sociaux, prononcée dans une vidéo publiée mardi 12 juin, a fait ruisseler beaucoup d’encre dans les médias, d’autant qu’elle intervenait après plusieurs déclarations émanant de l’exécutif évoquant des refontes, voire des coupes, dans des aides sociales qui ne marchent pas. Aperçus.

Le Point
Les voltigeurs avaient d’abord distribué quelques coups à la volée : Celui de l’Économie, Bruno Le Maire, a dégainé le premier en jugeant légitime de réduire la politique sociale sur l’emploi. Son collègue des Comptes publics, Gérald Darmanin, a renchéri en estimant qu’il y avait trop d’aides sociales, dénonçant au passage certaines trappes à inactivité. Nécessairement, le chef d’escadron a appuyé les coups en sortant son marteau à brèves de comptoir.

Libération
Dans son bureau de l’Elysée, [...] le président dit : La politique sociale, regardez : on met un pognon de dingue dans des minima sociaux, les gens ils sont quand même pauvres. On n’en sort pas. Les gens qui naissent pauvres, ils restent pauvres. Ceux qui tombent pauvres, ils restent pauvres. On doit avoir un truc qui permette aux gens de s’en sortir. Les minima sociaux sont les aides versées par l’État qui visent à assurer un revenu minimal à une personne, ou à sa famille, vivant en situation de précarité. Or, CheckNews a contacté la Drees, la cellule statistique du ministère de la Santé et de la solidarité. Qui nous a communiqué ses chiffres les plus récents. Ils datent de 2016. Les dépenses d’allocation des minima sociaux atteignaient, cette année-là, 26,2 milliards d’euros (pour 4 149 300 personnes). [...] L’ensemble des prestations sociales s’élevaient, quant à elle, à 700 milliards d’euros par an en 2015. Soir un peu plus de 3%. Dingue !

Le Dauphiné Libéré
En 2015, les principaux minima sociaux (RSA [Revenu de solidarité active], allocation adultes handicapés, allocation de solidarité spécifique, minimum vieillesse, allocation supplémentaire d’invalidité...), qui sont en partie dans le viseur du gouvernement, ne représentaient que 25,4 milliards d’euros de ces 714 milliards. Cela équivaut à 1,2 % du PIB. À titre de comparaison, les dépenses liées à l’éducation représentaient 6,7 % du PIB en 2016. Celles liées à la défense représentaient 1,79 %. Qui les paye ? Les aides sociales sont financées via plusieurs biais : les cotisations (pour les retraites ou la maladie, par exemple), les impôts, les taxes et les dotations aux collectivités (allocation personnes âgées).

Marianne
Dès le lendemain de sa saillie harpagonesque, le chef de l’exécutif a, au congrès de la Mutualité française à Montpellier ce mercredi 13 juin, enfoncé un nouveau clou d’argent : Parmi ces dépenses sociales nocives pour les finances de l’État, il a particulièrement montré le RSA du doigt. Cette allocation, dédiée aux personnes sans ressource âgées de plus de 25 ans, dont le coût aurait augmenté de 80% sur dix ans alors que les dépenses d’accompagnement ont baissé de 40% selon le président, nécessiterait quelques aménagements. Le but étant, encore et toujours, de le rendre plus efficace. Pour, pourquoi pas, voir diminuer le montant des versements à moyen terme. Nous avons aujourd’hui 50% de celles et ceux qui sont au RSA qui, après quatre années, sont toujours au RSA, s’est désolé Emmanuel Macron. Ce système ne leur permet pas de s’en sortir, ni de sortir de leur situation. Ou est-ce son grand système totémique qui ne marche pas, pardon, qui n’est pas efficient ?

L’Obs
Résumons cette pensée complexe : si vous êtes pauvres, soyez responsables et si vous voulez sortir de la pauvreté, soyez... responsables. La déclaration d’Emmanuel Macron sur le pognon de dingue dépensé dans les minima sociaux est caricaturale et provocatrice, a estimé jeudi le secrétaire général de Force ouvrière, Pascal Pavageau, considérant qu’on a besoin de parler de répartition et de solidarité. [...] On sous-entend que celui qui perd son emploi est un peu responsable de la situation et on va jusqu’à sous-entendre que celui qui est dans une situation d’extrême pauvreté en est un peu responsable. Cela n’est pas acceptable, a dénoncé le patron de FO.

L’Express
Et quand M. Macron affirme que la solution n’est pas de dépenser toujours plus d’argent, certains redoutent de futures coupes budgétaires. Il y a une volonté de faire des économies, affirme Mme Perret [CGT], pour qui c’est impossible parce qu’il y a aujourd’hui trop de personnes qui sont en dessous du seuil de pauvreté. Sans les minima sociaux, le taux de pauvreté passerait de 14% à 22% de la population, met en garde M. Pavageau, avant de lancer : Plutôt que de parler de pognon, parlons de redistribution. Un mot d’ordre proche du point de vue de M. Berger, qui prévient qu’on n’aura pas de politique de lutte contre la pauvreté si on n’assume pas un haut niveau de solidarité dans notre pays.