Revendications de FO : une liste longue, une détermination forte

InFO militante par  Valérie Forgeront, L’Info Militante

Conférence de presse organisée le 4 juillet 2022 au siège de Force Ouvrière. © F. BLANC

L’objectif était certes de présenter aux médias le nouveau bureau confédéral, élu au CCN qui a suivi le XXVe congrès confédéral de Rouen du 30 mai au 3 juin. Lors de cette conférence de presse organisée le 4 juillet à la confédération, Frédéric Souillot, secrétaire général de FO, a fait le point sur l’actualité sociale et celle à venir, dont les sujets qui fâchent, et rappelé, arguments à l’appui, les revendications de l’organisation. Salaires, paritarisme, services publics, retraites... Tour d’horizon de l’expression de FO sur les principaux éléments de sa plateforme revendicative.

Les salaires c’est maintenant !

 Pour nous l’augmentation des salaires, c’est maintenant ! C’est maintenant que cela doit se faire, et l’argument consistant à dire que d’augmenter les salaires va peser sur la productivité du pays, cela ne tient pas lançait le secrétaire général de la confédération FO, dès l’ouverture de la conférence de presse organisée le 4 juillet à Paris. Et Frédéric Souillot de rappeler que le niveau actuel de l’inflation (5,8% sur un an en juin) n’a jamais été atteint depuis 1985. Il faut donc agir sur les salaires, d’autant que cette hausse de prix fulgurante et qui se confirme depuis plusieurs mois pèse sur les plus modestes, en particulier les Smicards au sein desquels on compte beaucoup de femmes.

 Aujourd’hui, 60% des salariés au Smic sont des femmes. La plupart travaillent dans les services à la personne et ces salariés aux revenus modestes font partie de ceux  dont on a eu particulièrement besoin pendant la pandémie rappelait-il encore.

Cette demande de hausse des salaires, que la confédération a tenu à inscrire sur le fronton du bâtiment de son siège parisien, reste la revendication n°1 de FO, réaffirmée par la commission exécutive du 29 juin. La demande de hausse porte tant sur le secteur privé que sur le public. Elle porte aussi bien sûr sur le Smic.

Dans sa plateforme revendicative éditée il y a déjà quelques mois, FO demandait déjà une revalorisation significative du Smic, soit un salaire minimum à 1 500 euros. Ce chiffre ne doit rien au hasard, encore moins à un contexte politique. Lorsque nous avons publié ce document, nous demandions un Smic à 80% du salaire médian, ce qui fait 1 500 euros. Et ajoutait le secrétaire général  vu l’inflation, il y aura bientôt une nouvelle revalorisation automatique du Smic. Si l’État voulait faire un geste concret, il avancerait cette revalorisation automatique à septembre plutôt qu’elle ait lieu en octobre avec une mise en place début novembre.

La négociation collective, c’est indispensable

La hausse des salaires, dans le privé, passe bien sûr par la négociation collective, au niveau des branches et dans les entreprises. Il y a beaucoup d’entreprises où la clause de revoyure sur les salaires est déclenchée, elle a même été activée avec un temps d’avance soulignait Frédéric Souillot. Reste à définir les éléments de négociations, lesquelles s’avèrent âpres vu les propositions des employeurs.

Quand le Medef, notamment son président M. Geoffroy Roux de Bézieux dit place à la négociation collective, nous, à FO, on l’a toujours dit, et ce n’est pas nouveau, c’est ainsi dès 1948. On le dit d’autant plus actuellement qu’au cours de ces cinq dernières années, entre les lettres de cadrage du gouvernement et les cadeaux aux entreprises, qui tombaient sans même qu’elles le demandent, on n’a pas trop été autour de la table pour négocier ! Même s’il y a eu des négociations sur le télétravail, sur la santé au travail ou sur le paritarisme. Mais sur des accords d’amélioration... des conditions de travail ou des rémunérations, c’est une autre affaire indiquait en substance Frédéric Souillot.

Plutôt qu’une restructuration des branches, remettre en place l’échelle mobile des salaires...

Alors qu’il présente actuellement son projet sur le pouvoir d’achat, largement dévoilé déjà concernant notamment la hausse des minima sociaux et prestations sociales, le gouvernement presse les branches de négocier, en particulier celles dont les grilles comptent des coefficients sous le Smic. Début juillet, Olivier Dussopt, le nouveau ministre du Travail, indiquait ainsi que 110 branches sur 170 étaient dans ce cas. Et, annonçant une réunion de comité de suivi de négociation salariale le 7 juillet avec les interlocuteurs sociaux, il réactivait la menace de restructurations et de fusions des branches qui ne changeraient pas de comportement.

 Je ne suis pas sûr que ça arrange les choses analyse le secrétaire général de la confédération FO. Je réponds au ministre du Travail qu’il faudrait remettre en place l’échelle mobile des salaires (système créé en 1952 et supprimé en 1982 consistant à tenir compte de la hausse des prix pour une augmentation automatique de tous les salaires, Ndlr) et avec une proportion d’écart entre chaque coefficient. Car si tous ces coefficients remontent au niveau du Smic, on va écraser le reste de la grille et il n’y aura plus de proportionnalité entre chaque coefficient. Par ailleurs rappelait-il  beaucoup de branches ont déjà fusionné et ce n’est pas pour autant..., que le domaine salarial s’est grandement amélioré. FO, qui n’a jamais été favorable aux restructurations/fusions de branches, met aussi en garde.

 Prenons l’exemple des branches  Ports de plaisance et Ports et docks, expliquait Frédéric Souillot. La première est une toute petite branche où il y a des négociations, sur des augmentations de salaires, les primes... Par contre, dans la branche Ports et docks, la convention collective évolue moins vite. Si l’on faisait fusionner Port et docks, avec ses 10 000 salariés, avec Port de plaisance, avec ses 2 500 salariés, en termes de poids, je ne suis pas sûr que ça fasse bouger positivement les choses ! 

Pour la secrétaire confédérale Karen Gounay, ce que le gouvernement propose  c’est d’utiliser un critère déjà mobilisable, celui de l’atonie conventionnelle. Mais si on se contente d’élargir un tel critère, encore faut-il que d’autres critères soient actionnés. Et de rajouter :  c’est de la com’ plutôt qu’un vrai effet incitatif ! S’il faut sanctionner toutes les branches dont les minima sont en dessous du Smic, la restructuration des branches n’est pas la solution, ni la réponse appropriée.

... et donner un coup de pouce au Smic !

Par ailleurs relevait Frédéric Souillot le gouvernement essaye d’inciter les branches à négocier, mais sans lui-même donner de signe. Ainsi en est-il sur le Smic qui n’a reçu aucun coup de pouce, ou encore sur le point d’indice, la base de calcul des salaires des agents publics, (fonctionnaires et contractuels). Alors que les agents estiment la perte de pouvoir d’achat de leur salaire indiciaire à 25% depuis 2000, dont 8% depuis 2017, ainsi que le souligne l’Union interfédérale FO de la Fonction publique, le dégel annoncé et qui prend effet au 1er juillet, est assorti d’une revalorisation de 3,5%.  Il dégèle peu résume Frédéric Souillot.

Aides publiques : les supprimer aux entreprises et branches qui refusent des négociations salariales

Plus largement, la question de la politique salariale dans le privé est, pour FO, indissociable de la problématique portant sur les aides publiques aux entreprises. Depuis des années, FO demande des contrôles et contreparties concernant ces aides (aides par crédits d’impôt, exonérations de cotisations sociales employeurs...) et quand il le faut des sanctions. Or, ce n’est toujours pas le cas. La confédération a donc de nouveau fait part de sa demande à l’exécutif.

Récemment, indiquait Frédéric Souillot,  M. Darmanin estimait lui-même que le niveau des aides publiques aux entreprises était de 142 à 143 milliards d’euros. Et ces aides sont donc sans aucune contreparties. Pour FO, ce n’est pas admissible. Et de rappeler, qu’en revanche, les aides fiscales accordées aux particuliers font, elles, en toute logique, l’objet d’un contrôle. Lorsque vous bénéficiez d’un crédit d’impôt parce que vous avez fait des travaux dans votre maison, la contrepartie c’est que vous ayez réalisé les travaux et payé la facture. Quand vous êtes une entreprise, eh bien il n’y a rien à prouver en retour. Nous demandons que les contreparties portent sur un maintien de l’emploi en France, l’amélioration des conditions de travail et l’amélioration du salaire.

Et précise le secrétaire général de FO s’il y a des branches ou entreprises qui ne veulent pas négocier sur les salaires, nous serions favorables à la suppression des aides publiques qu’elles reçoivent.

Sans compter bien sûr aussi que ces aides accordées aux entreprises ont des incidences sur les comptes sociaux, en termes de manque à gagner, énormes.  Vu le projet sur le pouvoir d’achat, la protection sociale (ses comptes) va être malmenée puisque les allègements de cotisations ne sont pas compensés... On nous reparlera donc du déficit des comptes sociaux incessamment sous peu ironisait Frédéric Souillot.

Ce n’est pas une aumône que les salariés demandent !

Alors que l’inflation est de 5,8% sur un an en juin, le projet sur le pouvoir d’achat que présente cette semaine le gouvernement contient différentes mesures, telle, à hauteur de 4%, une revalorisation des retraites de base et d’une série de prestations sociales. Ou encore la création d’un chèque alimentaire, la poursuite et revalorisation de la prime d’activité, le triplement de la prime PEPA, l’élargissement du dispositif d’intéressement, à destination des PME, en en « simplifiant » sa mise en place....

FO prend acte des mesures mais rappelle que celles-ci ne procèdent pas d’une hausse des salaires. Le chèque alimentaire reste ainsi une aide alimentaire. Et cela même s’il est versé, non via un bon à faire valoir en magasin, donc à la vue des autres clients, mais par virement sur le compte des bénéficiaires, modalité que FO avait fait valoir lors des discussions avec l’exécutif. Les salariés ne font pas l’aumône appuyait Frédéric Souillot. Quant à l’inflation sur les prix des énergies et la poursuite de bouclier tarifaire décidée par le gouvernement, le sujet renvoie non seulement à la perte d’indépendance énergétique nationale insistait le secrétaire général de FO, mais aussi et encore à la nécessité d’augmenter les salaires, ce qui permettrait à chacun de pouvoir faire face à ces hausses de prix.

Primes : par leur octroi hypothétique et leur montant variable, ce n’est pas du salaire !

Face au projet gouvernemental d’un développement de l’intéressement dans les entreprises, Frédéric Souillot remettait ainsi les pendules à l’heure. On nous parle de dividende salariés, d’intéressement, de participation... Mais tout cela est hypothétique. Or, c’est avec son salaire qu’on dispose d’un pouvoir d’achat et qu’on organise sa vie. Et de prendre en exemple la prime PEPA.  Hypothétiquement, vous recevrez peut-être 3 000 ou 6 000 euros. Mais si vous rencontrez un problème avec votre véhicule, que vous devez le réparer ou en changer, la banque vous prêtera de l’argent par rapport à ce que vous gagnez, non pas par rapport à un hypothétique intéressement ou participation aux bénéfices !

A noter que cette prime exceptionnelle de pouvoir d’achat, autrement appelée « prime Macron » —défiscalisée, exonérée de cotisations sociales et facultative— a été versée en 2021 à seulement un salarié sur cinq et qu’elle affiche un montant moyen de 506 euros... Loin des 3 000 ou 6 000 euros annoncés, donc.

Pour FO, qu’il y ait des accords sur des primes dans les entreprises, cela s’entend bien évidemment. Il n’y a pas de sujet de débat indiquait Frédéric Souillot. Mais avant tout, l’amélioration de la feuille de paye, doit passer par le salaire au risque sinon de maintenir notamment les salariés dans une sorte d’enfermement administratif, leur salaire réel pris en compte, par les banques notamment, étant inférieur à ce que l’ajout d’une prime ponctuellement perçue pourrait faire croire.

Privilégier l’intéressement en entreprise en cherchant à le faire passer pour un réel apport salarial ne peut être admis. Dans le cadre des discussions sur de telles mesures sur l’intéressement, s’il n’y a pas d’accord, cela mène à une décision unilatérale de l’employeur. En effet sa stratégie peut être de laisser traîner la discussion et, en l’absence d’accord, de donner ce qu’il a envie de donner, soit le moins possible.  Cela ne s’appelle pas de la négociation et c’est un détournement des instances représentatives des personnels, et des organisations syndicales en particulier martèle le secrétaire général de FO.

FO déplore l’absence d’anticipation sur la perte de pouvoir d’achat

Que penser, par ailleurs du niveau annoncé pour les revalorisations dans le cadre du plan sur le pouvoir d’achat Sur les quantum, nous sommes critiques car décider de hausses de 4% alors que l’Insee prévoir une inflation à 6,5 et 7% d’inflation à la fin de l’année... Les hausses de 4% ou celle de 2,9% pour l’allocation d’assurance chômage, cela veut dire qu’on répare le pouvoir d’achat perdu et que l’on n’anticipe jamais. Ce que l’on aurait souhaité de la part du gouvernement et du patronat, c’est qu’il y ait une anticipation de la perte de pouvoir d’achat d’ici à la fin de l’année insistait Michel Beaugas, le secrétaire confédéral en charge des secteurs de l’Emploi et des Retraites.

Concernant l’assurance chômage, expliquait-il encore, dans le cadre des discussions au sein de l’Unedic, les employeurs proposaient initialement 1,8% de hausse de l’allocation de base, nous, nous souhaitions a minima une revalorisation au niveau du taux d’inflation de ce mois-ci, donc 5,8%. L’allocation minimale passe à 30,42 euros par jour, contre 29,56 euros actuellement, cette revalorisation concerne quelque 2,1 millions de demandeurs d’emploi indemnisés. Considérant le taux de revalorisation, modique, FO s’est abstenue.

Signe qu’y compris, face à l’inflation actuelle, les revalorisations ne vont pas de soi..., les employeurs ont une vraie hantise de la hausse des salaires constatait le secrétaire confédéral. S’il était accordé aux demandeurs d’emploi une revalorisation de 4% de l’allocation de base, cela voulait dire que dans les entreprises, il fallait aussi accorder au minimum 4% ! Alors qu’actuellement, le patronat traîne les pieds pour accorder des augmentations substantielles de salaires. Et Michel Beaugas de craindre qu’il y ait les mêmes difficultés dans le cadre des discussions sur la revalorisation des retraites complémentaires. Et que le chiffre de 2,9% ne ressurgisse...

Assurance chômage : FO demande une renégociation de la convention et le respect du paritarisme 

Si, en toute logique, elles ne sont pas un long fleuve tranquille, les discussions dans le cadre du paritarisme doivent prendre toute leur place souligne la confédération. Et cela s’applique à maints domaines. Ainsi sur l’assurance chômage soulignait le secrétaire confédéral, Michel Beaugas. Ce qu’on demande depuis longtemps, c’est qu’on (l’État, ndlr) relâche la main des partenaires sociaux, donc de la négociation. La réforme de l’assurance chômage pleinement entrée en application en décembre dernier a été contestée par les syndicats et notamment par FO qui l’a combattue, y compris en justice devant le conseil d’État rappelait-il. Ce que nous souhaitons c’est renégocier une convention d’assurance chômage.

Alors que le décret de carence de la convention se termine au 31 octobre et que la loi de 2018 prévoit —une fois la lettre de cadrage du gouvernement reçue— quatre mois de discussion entre les interlocuteurs sociaux avant la signature d’une nouvelle convention, ce document de cadrage, qui aurait dû arriver avant le 30 juin, ne leur est pas parvenu.

 Nous n’aurons pas de lettre de cadrage indiquait Michel Beaugas, précisant que si initialement le gouvernement prévoyait d’insérer au projet de loi sur le pouvoir d’achat un article permettant de proroger le décret de carence, cela n’a pas été le cas. Je gouvernement pourrait donc procéder par décret pour cette prorogation, ce qui ce n’est pas ce que prévoit la loi !, concernant l’assurance chômage insistait-il. Normalement on devrait renégocier la convention indique le secrétaire confédéral. Et d’évoquer la possibilité pour les interlocuteurs sociaux, de mettre en quelque sorte à profit ce temps de latence.  Nous pourrions proposer aux autres organisations, syndicales et patronales, de prendre les devants, car rien ne nous empêche de négocier de notre propre chef et d’avoir une convention toute prête à proposer au gouvernement. D’autant que celui-ci ne semble pas manquer d’idées concernant l’assurance chômage...

Ce qui est souhaité par le gouvernement, c’est que nous puissions nous concerter à l’automne sur une nouvelle gouvernance de l’assurance chômage indiquait ainsi Michel Beaugas.  Il semble que le gouvernement veuille créer un Haut conseil sur le style du COR, le Conseil d’orientation des retraites. Il analyserait les finances de l’assurance chômage d’un point de vue macro-économique, il donnerait son avis... et l’on serait un peu obligé de le suivre ironisait le secrétaire confédéral, pointant les conséquences dangereuses de la création d’une telle structure qui compterait les interlocuteurs sociaux, les politiques et serait présidée par un ministre.  Le paritarisme serait un peu noyé ! Dans ce cadre, ça serait la fin du paritarisme et pour nous, c’est absolument impensable ! Rappelons que le premier président de l’Unedic était André Bergeron.

Transition énergétique : La préoccupation sociale est un impératif

Alors que FO a apposé sa signature, en juin dernier, après le congrès confédéral, au texte sur la modernisation du paritarisme, texte qui a fait l’objet de longs mois de discussions entre le patronat et les syndicats représentatifs, cela dans le cadre de l’agenda autonome (série de thèmes de négociations) proposé en 2021 par le Medef, d’autres sujets de discussions sont inscrits dans cet agenda. A l’instar de celui sur la transition énergétique, où FO réaffirme ses revendications, à commencer par celle d’une prise en compte des préoccupations sociales, sous-entendu de l’emploi.

Beatrice Clicq, secrétaire confédérale en charge de ce dossier dans le cadre des discussions avec le patronat, soulignait ainsi : FO attend de voir déjà l’état d’esprit du patronat et sur quoi on peut tomber d’accord comme sujet de discussions ! et précisait-elle nous souhaitons que ces discussions ne se situent pas dans une vision de sobriété ou de décroissance mais dans une vision de transition climatique socialement juste. Ainsi, la prise en compte de l’émission des gaz à effet de serre dans les entreprises va être un sujet important mais il y a, plus largement à aborder, toute la question de l’emploi, les évolutions du marché de l’emploi, les reconversions pour des emplois de qualité, les anticipations à mettre en œuvre.... A l’issue de cette réunion, le 8 juillet, peut-être y aura-t-il des éléments pouvant faire l’objet de recommandations, relevant de priorités, à transmettre au gouvernement et à l’assemblée nationale indiquait le secrétaire général de FO.

Et alors que la « sobriété » dans la consommation des énergies fossiles semble devenir un mot à la mode —le gouvernement appelant, y compris les ménages, à une baisse de 10% de leur consommation d’ici deux ans—, FO là encore remet les pendules à l’heure. Dans un premier groupe de travail sur la « sobriété énergétique » intitulé « entreprises et organisation du travail », qui s’est tenu le 1er juillet avec la ministre Agnès Panier-Runacher, on a entendu parler de la sobriété sur la consommation, la chasse au gaspi énergétique, mais un certain nombre de ménages n’arrive déjà pas à se chauffer ! rappelait Frédéric Souillot soulignant qu’unanimement, pour tous autour de la table, le terme sobriété n’était pas jugé être le bon terme. Parallèlement à ces discussions, et alors que s’ouvrent donc les discussions sur la transition énergétiques dans le cadre de l’agenda autonome, cela en vu de la négociation d’un accord national interprofessionnel, le ministère a annoncé qu’il sollicite des cabinets publics d’expertises afin qu’ils apportent des documents utiles aux débats entre les interlocuteurs sociaux.

Santé et sécurité au travail : l’affirmation des revendications face au patronat

Dans le cadre de l’agenda autonome encore, la question de la santé et la sécurité au travail est aussi en discussion en ce début d’été. Ainsi, le sujet des ATMP (accidents du travail et maladies professionnelles) dont la négociation s’ouvre le 11 juillet Nous sommes d’accord pour discuter, pour améliorer les choses indiquait Eric Gautron, nouveau secrétaire confédéral chargé du Secteur de la Protection sociale collective.  L’idée est de donner une certaine autonomie à la branche ATMP qui n’est aujourd’hui qu’une commission de la branche Assurance maladie. Le but est de savoir comment utiliser au mieux les bénéfices de ce secteur et cela bien sûr dans l’intérêt des salariés et de l’amélioration de leur sécurité. Ce qui est essentiel pour nous, c’est la prévention. Et il faut faire attention à ce qu’il n’y ait pas une bascule de responsabilité sur les salariés mais qu’il y ait toujours une responsabilité de l’employeur concernant la sécurité. Et le secrétaire général de FO de souligner :  plus il y a d’accidents de travail dans une entreprise, plus celle-ci doit cotiser. Et le sujet de la prévention renvoie à un autre, celui des aides publiques... Ainsi lançait Frédéric Souillot :  il y a tout un tas d’aides publiques pour les entreprises qui veulent bien qu’on les aide, pour autant on ne voit pas baisser le nombre d’accidents du travail !. Le sujet des maladies professionnelles nécessite aussi d’être regardé de près, et en changeant de prisme. Depuis 30 ans, on nous sert les mêmes arguments, entre parenthèses les mêmes que ceux concernant les retraites ! Il s’agirait de travailler sur l’emploi des jeunes, la formation professionnelle, la formation tout au long de la vie, les fins de carrières.... Or il y a des métiers plus exposés que d’autres. Comment fait-on alors pour améliorer les choses ? Il faut mettre la prévention en avant, prendre en compte davantage la pénibilité, travailler sur l’aménagement de fin de carrière... Et que tout cela ne soit pas financé que par la Sécurité sociale ! Il faut que chacun mette la main à la poche, dont ceux qui exposent les autres. En d’autres termes, les entreprises.

Ordonnances Travail : Pour FO, des abrogations s’imposent...

Parmi les nombreuses revendications de FO réaffirmées en ce début d’été par la confédération, figurent celles relatives aux ordonnances travail, que FO a combattues. Ainsi en est-il de la fusion/restructuration des instances représentatives des personnels (IRP) entrée en vigueur en 2017. Cette réforme, portant suppression des CHSCT, et la création du CSE en lieu et place des autres instances disparaissant ainsi, a montré pour le moins les conséquences néfastes pour les salariés que génère cette nouvelle organisation. Organisation à revoir réaffirme FO. Que l’on souhaite revenir sur les ordonnances qui fixent les IRP, toutes les organisations syndicales le souhaitent. D’autant plus qu’elles ont fait l’expérience de la pandémie avec l’absence de CHSCT, de délégués de proximité... indiquait Frédéric Souillot.

Et de souligner Il y a différents moyens d’abroger ! Ainsi, expliquait-il  Il faut revoir les ordonnances sur les IRP. Nous avons dit au ministre du Travail qu’il faut revenir sur la limitation du nombre de mandats successifs (actuellement limités à trois, Ndlr), qu’il faut une remise en place du CHSCT, revenir aussi à la désignation du délégué syndical par les organisations syndicales....

Services publics : la cohésion sociale passe par leur maintien et leur développement

Parmi les multiples thèmes évoqués par la confédération, celui des élections dans la Fonction publique qui se tiendront des 1er au 8 décembre prochains. Si, en interne, FO prépare déjà ces élections, la campagne sera lancée en septembre annonçait le secrétaire général de la confédération rappelant la nécessité de défendre les services publics.

FO a ainsi choisi le symbole républicain de Marianne pour ses affiches de campagne, et ce n’est pas par hasard. Quand on évoque la cohésion sociale et la reconnaissance des institutions, quelles qu’elles soient, dans le pays, dans notre république Une et indivisible, cela passe par le service public appuyait Frédéric Souillot. Or,  beaucoup de citoyens, notamment dans les communes rurales se sentent éloignés de l’État et cet éloignement est lié au fait qu’il y a de moins en moins de services publics. Ce démaillage porte un danger. Quand il n’y a plus de services publics, il n’y a plus la reconnaissance de l’État, et ce qui nuit à la cohésion sociale. Nous pensons aussi que cela contribue à l’abstention lors des élections politiques. Abstention que nous n’avons pas à de tels niveaux pour les élections professionnelles ! Les salariés dans les entreprises se sentent encore concernés.

Hôpital public : pour le soigner, l’urgence, c’est de stopper la vision comptable !

Actualité phare de ce début juillet, la situation dégradée de l’hôpital public qui fait craindre des problèmes de fonctionnement cet été. Le 28 juin, la « mission flash » sur les urgences, décidée en mai par l’exécutif et confiée à l’urgentiste François Braun, nommé ce 4 juillet ministre de la Santé, a rendu ses conclusions en 41 propositions. La mission présente ses solutions pour désengorger les urgences, entre autres une hausse des tarifs des primes de nuit, la majoration de tarif pour les médecins libéraux qui prendraient en charge de nouveau patients, le conseil de privilégier l’appel au Samu plutôt que de se rendre à l’hôpital, le transfert de missions médicales entre autres aux pharmaciens et kinésithérapeutes... Pour FO, cette mission flash n’était pas un cadre pour apporter des solutions, et d’ailleurs, elle n’en apporte pas.

On disposait de quatre semaines pour discuter, or, on a perdu quatre semaines et on est début juillet. On va fermer des urgences et on ferme toujours des lits !, réagissait le secrétaire général de FO. C’est comme tout, lorsque l’on se contente de placer des rustines sur les choses et dans l’urgence, on ne travaille pas structurellement sur les choses. Bilan : s’il y des craintes importantes concernant un fonctionnement normal des hôpitaux cet été, et particulièrement des services d’urgences ces craintes sont justifiées soulignait-il encore. Et pour cause. Des générations spontanées d’urgentistes, on n’en aura pas pendant l’été ! Et de rappeler que les problèmes existaient déjà au moment des discussions sur le protocole Ségur, lequel ne portait pas que sur 183 euros, mais aussi sur l’organisation de l’hôpital public, les évolutions professionnelles... Or, au cœur du problème actuel de l’hôpital se trouve toujours celui de l’attractivité » des carrières insiste FO.

 Avant, les gens allaient vers les métiers de la Santé par vocation mais l’attractivité n’existe plus. Aujourd’hui on n’arrive déjà plus à retenir les hospitaliers ! soulignait Frédéric Souillot pointant les fausses solutions. On accorde 15 euros à ceux qui vont faire la nuit ? Non seulement cela créé des inégalités mais ce n’est pas ça le Statut !.

Quant à la dette de l’hôpital public,  elle est de 30 milliards d’euros dont 10 reprises par l’État. Pour le reste de cette dette, on fait quoi ? On ferme encore des lits ? On loue comme à Chinon le bloc opératoire à une clinique privée ? Pour le secrétaire général de FO, non seulement il faut supprimer cette dette mais il est largement temps de regarder les choses sur le fond. L’hôpital public, c’est notre hôpital à tous, le sujet concerne tous les citoyens, or pour l’instant on n’a regardé les choses que sur le plan économique.

Cette vision comptable qui perdure depuis des années et a conduit à restreindre toujours plus les moyens de l’hôpital a aujourd’hui des conséquences lourdes. Tout cela conduit à ce que beaucoup de gens ne se fassent plus soigner. Cet éloignement des citoyens des structures hospitalières fait peser des risques sur leur santé soulignait Frédéric Souillot, faisant référence aux réformes/restructurations hospitalières qui depuis des années, au nom d’une  réduction des coûts en matière de santé, ont supprimé des établissements et/ou les ont fusionnés. Et, alors que le pouvoir d’achat est en berne face à l’inflation, ce qui pèse particulièrement sur les plus modestes, c’est sans parler du coût financier des transports qu’induit pour l’usager cet éloignement des structures hospitalières publiques.

Retraite : le recul de l’âge de départ, c’est toujours Non

Les travailleurs se sentent particulièrement concernés aussi par le risque de voir réapparaître un projet de réforme des retraites, cela après avoir mené le combat en 2019-2020 contre le projet de régime universel à points. Depuis ces derniers mois, sans toutefois annoncer d’agenda ni de plan précis, l’exécutif a signifié qu’il n’abandonnait pas le projet d’une réforme, évoquant d’ores et déjà une mesure de recul à 64 ou 65 ans de l’âge légal de départ en retraite. Ce 6 juillet, dans son discours de politique générale devant les députés, la Première ministre déclarait d’ailleurs, nous devrons travailler progressivement un peu plus longtemps...

Une intersyndicale le 11 juillet

FO a d’ores et déjà dit son refus d’une telle régression sociale. Et précisait Frédéric Souillot, toutes les organisations, dont les cinq confédérations, sont contre un projet sur les retraites.  Elles disent : aucun recul de l’âge de départ et pas d’augmentation de la durée de cotisation résumait-il, indiquant la tenue d’une nouvelle intersyndicale le 11 juillet. Lors de la première réunion de cette intersyndicale, la semaine dernière  toutes les organisations étaient présentes. Et toutes pensent qu’il faut que l’on arrive à mobiliser le plus largement possible sur le sujet des retraites, indiquait le secrétaire général. Et de noter, Ça n’est pas arrivé depuis très longtemps que la totalité des organisations syndicales française se retrouvent autour d’une table pour discuter.

 

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 Valérie Forgeront Journaliste à L’inFO militante

L’Info Militante

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